Godzilla: Final Wars (Ryuhei Kitamura, 2004)

de le 02/06/2014
 
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En 2004, Godzilla, le roi des monstres, fêtait ses 50 ans. Pour célébrer ce demi-siècle d’existence tout en mettant un point d’honneur à l’ère Millénium mais également à toute la saga (Godzilla ne réapparaitra sur les écrans que 10 ans plus tard grâce à Gareth Edwards), la Toho a fait appel à l’enfant terrible du cinéma de genre japonais, le maniériste, généreux et bordélique Ryuhei Kitamura qui signe un drôle de film, entre l’hommage, la parodie et le délire pur et dur. Le genre de film qui passe ou casse, excessif et fou, qui s’est pris une sévère dérouillée au box-office.

Godzilla Final Wars 1L’ère Millénium et ses quelques très grands crus, parmi les meilleurs films de toute la saga Godzilla, devait bien s’achever un jour. Et par la même occasion le roi des monstres devait faire ses adieux, une nouvelle fois, comme il le fit déjà à plusieurs reprises par le passé, renaissant toujours ensuite d’une manière ou d’une autre. Mais cette fois c’était pour de bon, le Japon n’ayant plus produit de Godzilla depuis (le film de Gareth Edwards étant une coproduction entre les USA et le Japon). Et pour des adieux dignes de ce nom, la Toho a mis le paquet. Un budget conséquent (à peu près 19,5 millions de dollars, soit le film le plus cher de la saga) et un réalisateur très « hype », Ryuhei Kitamura, qui avait marqué les esprits quelques années plus tôt avec l’excellent Versus, avant de partir un peu dans tous les sens par la suite. La note d’intention du réalisateur fut très simple : proposer du jamais vu tout en livrant un véritable best-of de la saga, et renouer avec un certain esprit de l’ère Showa.

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Et en effet, Godzilla: Final Wars c’est du jamais vu, pour le meilleur comme pour le pire. Le génial y côtoie allègrement le médiocre, dans un ensemble à la fois très respectueux et presque parodique, une sorte de joyeux bordel en guise de feu d’artifice final. Le récit global, avant qu’il ne devienne un scénario remodelé par Ryuhei Kitamura et son collaborateur de toujours, Isao Kiriyama, est signé Wataru Mimura (déjà auteur de 4 films de la saga) et Shogo Tomiyama, habituellement producteur sur de nombreux kaiju-eigas depuis les années 80, de Godzilla vs Biollante à la saga indépendante dédiée à Mothra, en passant par Yamato Takeru et son dragon à huit têtes). Cela fait beaucoup d’intervenants pour aboutir sur un script d’un Godzilla et le résultat ne pouvait finalement qu’être bordélique, la vision des uns se télescopant avec celle des autres. L’hommage est là, permanent, transpirant d’à peu près chaque plan du film, et ce dès l’ouverture qui reprend le vieux logo de la Toho avec les notes immortelles d’Akira Ifukube. Il est également dans le casting concocté pour cet épisode anniversaire et qui rappelle plusieurs légendes de la saga. Kumi Mizuno (disparue de la saga depuis Godzilla, Ebirah et Mothra: Duel dans les mers du sud et réapparue en 2002 dans Godzilla X Mechagodzilla), Akira Takarada (Hideto Ogata dès le Godzilla de 1954), Kenji Sahara (figure récurrente depuis les débuts jusqu’aux années 90, où il interprétait le ministre Takayuki Segawa), Masami Nagasawa et Chihiro Ohtsuka pour incarner les jumelles Shobijin, Akira Nakao et tant d’autres figures intimement liées à la légende cinématographique de Godzilla.

Godzilla Final Wars 3Plus respectueux encore, Ryuhei Kitamura a fait appel aux acteurs habitués pour endosser le costume de Godzilla et des nombreux kaijus qui s’affronteront dans le film, avec ce choix on ne peut plus respectable de ne pas travestir le genre et de ne pas utiliser de CGI pour créer les monstres. Un seul sera en images de synthèse, il s’agit du tristement célèbre « Zilla », le monstre du Godzilla de Roland Emmerich, qui se fait démolir en une poignée de secondes, balayé par LE Godzilla. Quant aux kaijus justement, ils sont à la fête avec pas loin d’une quinzaine de monstres, sans compter les images reprises de stock footage. Godzilla: Final Wars est donc un hommage des plus généreux, même si le problème naturel lié à autant de créatures rassemblées sur deux heures de film n’est pas difficile à saisir. D’autant plus que Ryuhei Kitamura va énormément s’attarder sur une intrigue mettant en scène des personnages humains. C’est d’ailleurs l’essentiel du récit, une classique histoire d’invasion extraterrestre (en rappel d’Invasion Planète X avec les xiliens) dopée aux multiples références cinématographiques et vidéoludiques, de Star Wars à Matrix, aboutissant sur une intrigue pas loin d’être indigeste.

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Franchement bordélique, Godzilla: Final Wars part souvent dans tous les sens. C’est pourtant ce qui fait son charme, un côté excessivement jubilatoire s’adressant autant aux amateurs qu’aux novices, la mise en scène spectaculaire et démonstrative de Kitamura se mariant plutôt bien à une approche bien plus classique. Ainsi, ses fameux travellings circulaires dont le seul objectif est d’en mettre plein la vue rencontrent des séquences de combats typiquement « kaiju eiga » dans l’esprit, respectueuses des motifs du genre. Les combats sont évidemment nombreux mais la profusion de créatures ne leur permet pas vraiment d’exister. Ainsi, si les combats sont souvent très spectaculaires, ils sont malheureusement trop brefs, voire carrément expédiés parfois. Ainsi, Godzilla: Final Wars mélange plaisir instantané et frustration, donne beaucoup d’un côté mais en oublie quelques fondamentaux. L’essentiel pour Ryuhei Kitamura étant de rendre hommage à la figure mythologique de Godzilla, il ne rate pas une occasion de le filmer comme une icône, et utilise habilement le rapport d’échelle avec un monstre qui a encore grandi pour ses adieux. En même temps, il perd son temps avec des personnages irritants, et notamment le clone d’Han Solo incarné par l’inénarrable Don Frye, des bad guys grassement caricaturaux et la présence parfois embarrassante de Minilla, même s’il apporte une belle émotion à la scène finale du film.

Godzilla Final Wars 5Godzilla: Final Wars est donc un film un peu spécial, habité de quelques coups de génie, porté par cette générosité totale et ce respect de la légende, mais affaibli par des errances parodiques un peu gênantes, un aspect best-of non maîtrisé à cause d’une gestion calamiteuse d’un trop grand nombre de créatures et personnages, et quelques vilaines baisses de rythme, même si ces dernières ne sont heureusement pas si nombreuses. Pourtant, c’est le plaisir qui prédomine, celui de voir Godzilla osciller entre la menace implacable d’une nature blessée dans sa chair et se personnifiant et l’ultime espoir de l’humanité, celui de le voir si imposant et dévastateur, dans une forme qui n’est pas loin d’être la plus belle de son histoire, celui d’assister à cet affrontement titanesque avec le Monster X qui finira par prendre une forme prestigieuse, mais également celui, paradoxal, de retrouver toutes ces créatures si belles et chargées d’histoire. La force de Godzilla: Final Wars tient également dans l’émotion que véhiculent ces adieux, dans l’apport d’un metteur en scène aussi talentueux, malgré ses fâcheuses tendances à en faire trop pour pas grand chose, et ses idées, ainsi que dans cette volonté casse-gueule de ne s’imposer aucune limite. Le résultat sera pourtant sans appel : Godzilla: Final Wars ne rapportera que 12 millions de dollars pour un budget de 19. Un échec à mettre au crédit d’un genre qui aura fini par lasser, mais également au choix de le sortir face à deux mastodontes : Les Indestructibles et Le Château ambulant. De quoi enterrer le roi des monstres pendant 10 ans.

FICHE FILM
 
Synopsis

Suite à une vague incessante de guerres et à la croissance démesurée de la population, d’énormes monstres font leur apparition. Heureusement pour l’Humanité, l’Armée Mondiale veille pour combattre la nouvelle menace. Lorsque les monstres attaquent simultanément les capitales de la planète, l’Armée se trouve impuissante. Arrivent alors les Xiliens, des extraterrestres, qui stoppent net la menace. Mais les Xiliens ont en fait un tout autre plan pour les humains. Il ne reste alors qu’une solution : libérer Godzilla, prisonnier des glaces du Pôle Sud, pour sauver la planète Terre.