Thor (Kenneth Branagh, 2011)

de le 21/04/2011
 
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Un peu shakespearien, surtout très bavard et assez avare en action, Thor n’a rien d’un grand film tragique ou d’un blockbuster pyrotechnique. Il s’agit encore une fois de la présentation d’un personnage en vue de l’exploiter lors de la formation de vengeurs. C’est dommage car à plusieurs reprises on voit apparaître l’immense potentiel dramatique et cinématographique du personnage, réduit au silence par cette lutte pour qu’il cesse d’être un enfant orgueilleux et devienne responsable. On peut y voir une castration divine qui n’annonce rien de bon pour Captain America, si ce n’est le plaisir certain des fans qui n’ont besoin que de quelques clins d’œils à leurs souvenirs de lecteurs pour s’emballer. Sauf que c’est peu pour réussir un grand film de divertissement.

Qu’on le veuille ou non, et les puristes ne voudront sans doute pas voir plus loin que le coin de page de leur comic-book, les meilleurs films tirés de super-héros Marvel ou DC Comics sont ceux qui ont été confiés à des réalisateurs avec une vision de cinéaste. C’est à dire qu’en éliminant de l’équation cinématographique cette notion grotesque de « qualité d’adaptation » si chère aux ayatollahs et qui coincerait l’oeuvre de cinéma dans le carcan forcément réducteur d’une oeuvre littéraire originale, et en ne s’intéressant donc qu’au film en tant que film, et pas en tant que transposition fantasmée d’un medium vers un autre, les meilleurs films tirés de comic-book ne sont pas nécessairement ceux qui sont le plus fidèles aux comic-books. Non, ce sont ceux qui démontrent une vision de réalisateur, et jusqu’à aujourd’hui ces films sont signés Sam Raimi, Guillermo Del Toro, Christopher Nolan, Tim Burton, Bryan Singer (pour l’impulsion X-Men) ou Ang Lee (même s’il est mal aimé). Les autres? De simples yes-men à la solde d’un gros studio ou des talentueux copieurs prenant peu de risques (Robert Rodriguez et Zack Snyder). La grande question au lancement de Thor était de situer Kenneth Branagh. Car si le britannique est un immense metteur en scène de théâtre et un brillant comédien, il n’a que rarement montré au cours de sa carrière un talent exceptionnel pour la réalisation de cinéma, exceptions faites du monumental mais classique Hamlet et de Beaucoup de bruit pour rien. Pourtant, au final, qui mieux que le spécialiste des adaptations de Shakespeare au cinéma pouvait mettre en scène ce qui ressemble à s’y méprendre à une tragédie qui aurait pu couler de la plume du dramaturge? Un bon choix, au milieu d’autres, et de beaucoup moins bons également…

La force de Thor, par rapport à beaucoup de tentatives ratées de faire du comic-book sur grand, écran, vient de l’écriture de ses personnages. Il fallait bien ça pour celui qui est tout de même un dieu parmi les super-humains. Et que ce soit Thor ou ceux qui l’entourent sur Terre comme en Asgard, tous ces personnages montrent un profondeur assez rare. L’intérêt pour un blockbuster? Parler à tous les publics, et sur ce point Thor fonctionne parfaitement : il s’adresse à peu près autant aux fans hardcore qu’aux profanes. Mais paradoxalement c’est dans ses clins d’oeil parfois obscurs et trop appuyés qu’il se perd. Citer Donald Blake et Tony Stark, faire intervenir Oeil de Faucon le temps de 4 plans, se réserver Nick Fury pour la séquence post-générique… on le comprend assez vite, Thor le film n’est qu’une coquille vide, un nouvel épisode d’exposition. Exposition pour Thor 2 déjà annoncé? Certainement pas. Le plan de Marvel est simple, réunir toutes les figures majeures dans le projet global des vengeurs, sous la direction de Joss Whedon. C’est très bien, ambitieux, mais ce n’est pas une raison valable pour servir aux spectateurs introduction sur introduction (celle-ci fait plus de deux heures) en attendant le vrai film dans lequel il va enfin se passer quelque chose!

C’est le gros soucis de Thor, il ne se passe quasiment rien. On nous vend un film épique avec un dieu du tonnerre aux pouvoirs gigantesques (il est capable d’invoquer la foudre le bonhomme!) et il passe les 3/4 du film privé de ses pouvoirs. Ok, il s’agit de présenter le personnage, tel un Hamlet du pauvre, qui va tomber par orgueil et se relever en se découvrant un coeur, qui va entrer dans une spirale d’amour-haine avec son frère adoptif et son père, on l’a très bien compris ça. Mais si on rejette un coup d’oeil à l’affiche ou aux bandes annonces, c’est un gros film qu’on nous a vendu, pas ça. Et Thor, avec ses personnages passionnants, pour un blockbuster de ce calibre, tombe assez vite dans le schéma du film bavard et radin en séquences d’action. Si on ajoute une progression dramatique mal tenue et des égarements foireux dans l’humour, on obtient un film plus pataud qu’autre chose, mais qui reste assez plaisant malgré la tiédeur évidente des scènes terrestres, exception faite du combat assez sympathique contre le Destroyer. Malgré de grosses faiblesses qu’il est nécessaire de souligner, Thor n’est pas ridicule, et se poserait presque comme une réussite. S’il n’était pas si moche évidemment.

Car une partie de ce qu’on pouvait craindre en voyant les premières images est confirmée. Thor bénéficie d’un traitement visuel clairement pas au niveau. Les intérieurs d’Asgard paraissent ultra cheap tant ils sont vides tandis que les extérieurs ne sont que de jolis tableaux en CGI bien propres et un peu grandioses il faut bien l’avouer. Le fait est que ce traitement d’un autre temps, on serait prêt à l’accepter si tout, et absolument tout, n’était pas ruiné par la conversion 3D. Les vingt premières minutes du film, les meilleures en termes de rythme, sont tellement sombres qu’on n’y voit absolument rien, et il en sera ainsi pour chaque scène manquant un peu de lumière. Il est inutile de préciser qu’en plus le relief n’apporte rien. En plus de cela, les rares scènes d’action sont cadrées par un incapable, le même qui doit sévir sur tous ces films à l’action illisible. Par contre Kenneth Branagh livre un travail tout à fait acceptable et possédant même un certain charme old school, s’il n’y avait pas ce recours systématique au dutch angle, procédé qui n’a plus aucun sens quand il devient un automatisme et qui donne l’impression que Thor est un film « penché » en permanence. Concernant les acteurs, il est clair que la plupart sont venus pour payer leurs factures et ne s’attendaient pas à avoir des rôles si bien écrits. Mais dans les personnages principaux, Chris Hemsworth s’impose de façon stupéfiante de naturel dans le rôle, bestial et arrogant (un temps) tandis que face à lui Tom Hiddleston est impeccable dans la peau de celui qui devient peu à peu LE personnage central, Loki. Il y en a des belles choses dans Thor, dommage qu’il ne s’agisse que d’une longue introduction sur une musique imbuvable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au royaume d’Asgard, Thor est un guerrier aussi puissant qu’arrogant dont les actes téméraires déclenchent une guerre ancestrale. Banni et envoyé sur Terre, par son père Odin, il est condamné à vivre parmi les humains. Mais lorsque les forces du mal de son royaume s’apprêtent à se déchaîner sur la Terre, Thor va apprendre à se comporter en véritable héros…