Boogie (Gustavo Cova, 2009)

de le 03/11/2010
 
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L’affiche rappelle celle de C’est Arrivé près de chez Vous mais Boogie, el aceitoso, littéralement Boogie le visqueux, n’est pas belge. Un beau nom de gangster dans la plus pure tradition du genre mais à l’origine une bande-dessinée totalement inconnue de par chez nous. Il s’agit d’une des oeuvres de l’auteur argentin feu Roberto Fontanarrosa, qui à travers cette bande dessinée de l’extrême livrait son hommage décalé au film noir et à Humphrey Bogart. Nous avions croisé la grosse brute au magnum 44 au marché du film à Cannes, il a ensuite été présenté au Festival d’Annecy et le voilà qui déboule dans salles. Sortie un peu surprise mais qui mérite le déplacement. En effet, Boogie est un film pas comme les autres. De l’animation pour adulte cela va sans dire, car Boogie est un petit concentré de cul, d’injures racistes et misogynes, et de violence barbare. Avec au centre des débats une masse de muscles, un tueur implacable aux méthodes expéditives, un personnage haut en couleurs et terriblement attachant malgré ses traits de caractère détestables. Boogie, premier film argentin en 3D, est une petite surprise certes imparfaite mais assez jouissive car on y retrouve une sorte de mélange de très mauvais goût entre Sin City et quelques unes de nos BDs les plus vulgaires ou anticonformistes françaises. Grossier, irrévérencieux, sous influence du film noir, le cocktail étonne à défaut de passionner.

Le scénario de Boogie ne fait pas vraiment dans la finesse non plus. Le tueur dénommé le visqueux se voit donnée une nouvelle mission qui sera sa dernière, un autre tueur étant à sa poursuite. Considéré comme trop vieux, rouillé, inutile, il fera pourtant tout pour mener à bien cette ultime mission, autant par principe que pour prouver qu’il en a encore sous la pédale. Dans sa première partie, la plus réussie, Boogie nous livre une série de portraits et de petites scènes hyper jouissives. Car le personnage de Boogie est un être odieux. Il bastonne les femmes, n’hésite pas à tuer des enfants ou des animaux, il fume, boit, pète, rote et se gratte les couilles. Le genre d’être patibulaire au possible mais tellement over the top qu’il en devient attachant. Macho à mort, ultra violent, n’obéissant qu’à sa propre ligne de conduite, c’est un peu comme si Marv de Sin City perdait son côté romantique, un surhomme capable du pire mais porté en héros.

La morale pourrait paraître douteuse mais il n’y en a pas vraiment, ni de propos en fait. Et c’est bien là la grosse faiblesse de Boogie, le film ne raconte pas grand chose au final. D’autant plus qu’avant même que ne soit passée la première heure le film s’essouffle déjà, comme s’il tournait à vide. Bien sur il reste en permanence des scènes d’ultra violence, des dialogues bien crus et des séquences décalées mais le côté grosse farce prend rapidement le dessus sur la noirceur. À tel point que Boogie n’impressionne finalement pas, il fait surtout rire. C’est déjà pas mal mais cet aspect comic book a du mal à tenir sur toute la longueur, en particulier dans le dernier tiers qui perd en intensité, n’ayant rien de neuf à apporter en termes narratifs. Cela dit on se prend tout de même au jeu de perversion des genres, du polar au film noir en passant par le western, avec le détournement de toutes les figures originales: le héros est un gros barbare, la femme fatale est grosse et moche, le méchant est un petit teigneux… on ajoute à ça une vision assez drôle de la justice et des médias, et on obtient un cocktail pas forcément mémorable mais amusant et souvent jouissif.

Visuellement on oscille entre le très beau et le très maladroit. Si les partis pris esthétiques au niveau du design des personnages peut séduire ou rebuter selon le spectateur et ses goûts personnels, il faut avouer que les couleurs, la lumière et l’ambiance générale faite de fumée, néons et lumières rougeoyantes ne peine pas à convaincre. Boogie possède un cachet visuel évident. Par contre une fois de plus on peut se poser de sérieuses questions quant à l’utilisation de la 3D. Le film bénéficie de mouvements de caméra complexes, pour la plupart très élégants, mais qui se voient parasités par le relief qui entraîne la désagréable sensation de masquer l’action jusqu’à la rendre parfois illisible. Seules les séquences plus posées héritent d’une véritable profondeur sans que cela ne file la migraine. À côté de ça, Boogie bénéficie d’un travail soigné et d’une forte tendance à la pose avec de jolis ralentis qui soulignent des scènes souvent grand-guignolesque, comme des parodies de John Woo alcoolisées et enfumées. De plus Gustavo Cova s’amuse en brisant les cadres et les formats d’image, pond quelques gunfights plein d’énergie et utilise à merveille un nemesis aussi amusant qu’effrayant, Blackburn.

[box_light]Grossier, vulgaire, hyper violent, Boogie n’est pas un film d’animation correspondant aux canons du genre. En recyclant de façon souvent habile les codes du film noir pour aboutir sur le portrait d’un anti-héros par excellence, grosse brute sanguinaire et misogyne, Gustavo Cova livre un spectacle aussi anticonformiste qu’énervé. Souvent drôle par ses gags bien crades, son humour très noir et ses coups de feu qui font gicler le sang dans tous les sens, Boogie représente l’idéal de divertissement vulgos mais pêche par un sérieux manque d’ambition sur le fond. C’est fun, con, décomplexé, mais ça ne raconte pas grand chose et ça s’essouffle assez vite.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Boogie est le meilleur tueur à gages de la ville. Sonny Calabria, le plus grand chef de la mafia locale, a besoin de se débarrasser d'un témoin clé et délègue le "sale boulot" à Jim Blackburn, le grand rival de Boogie. Blessé dans son orgueil, notre héros décide tout simplement de kidnapper et de séquestrer le témoin pour prouver à tout le monde qu'il est encore le meilleur ! Basé sur le personnage créé par Roberto Fontanarrosa, le film conserve le même ton caustique, noir et satirique que la BD.