Derrière l’écran : George Lucas a-t-il pillé Valérian ?

de le 03/08/2017
 
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Bienvenue dans cette nouvelle rubrique de ScreenMania qui décryptera certaines informations sensationnelles pour des faits plus cartésiens. Pour ce premier article : le vieux contentieux entre Star Wars et Valérian.

Avec la sortie du film de Luc Besson, la polémique refait surface des réclamations du dessinateur Jean-Claude Mézières d’avoir cherché à prendre contact avec George Lucas après la découverte du premier Star Wars en 1977. Pour le français, beaucoup d’éléments présents dans le film (puis dans ses suites) lui faisaient plus que penser à son œuvre diffusée dans le magazine Pilote.

Mézières restera sans réponse de la part de Lucas, si tant est que ses lettres aient passé le tri du courrier effectué par les équipes de Lucasfilm à l’époque. Le dessinateur n’était pas non plus complètement amer de cette expérience, du simple fait de découvrir qu’un film visuellement proche de sa bande dessinée puisse prendre aussi bien forme au cinéma et trouver un tel succès à travers le monde.

Il tournera finalement cette page en 1983 avec un trait d’humour dans une illustration rassemblant en miroir Leia, Luke, Valérian et Laureline :

Mais faire un procès d’intention au créateur de Star Wars, c’est bien mal connaître sa façon de travailler son univers.

Par exemple, l’un des points de crispation est le design du Faucon Millenium qui serait formellement reprit de celui du vaisseau XB982 des deux agents spatiotemporels de la bande dessinée.

Tout d’abord, le Faucon Millenium n’avait nullement cette allure au départ. Lorsqu’il n’était appelé encore « Space Pirate Ship » (vaisseau spatial pirate), celui-ci dessiné par Ralph McQuarrie ressemblait à ceci :

Or, comme l’explique très bien Jonathan W. Rinzler dans son superbe livre Making of, Lucas ordonna d’abandonner précipitamment ce design en novembre 1975, alors que la construction de la maquette venait d’être achevée. La raison a cela était que le cinéaste la trouvait trop ressemblante au vaisseau d’une nouvelle série télévisée qui venait d’être diffusée quelques semaines auparavant : Cosmos 1999 (ci-dessous). Pour quelqu’un que l’on accuse de plagia, la décision a de quoi surprendre.

Cependant, pour ne pas perdre bêtement les 25 000 dollars investis dans la première maquette, le premier Space Pirate Ship devint le vaisseau de la Princesse Leia au début du film, mise à part son cockpit modifié.

Il fallait repartir de zéro… et très rapidement. Les décors sur les immenses plateaux des studios anglais d’Elstree en dépendaient et cela menaçait le tournage d’être retardé.

Lucas désirait quelque chose avec plus de personnalité, éloigné des lignes aérodynamiques très épurées du style de McQuarrie, ancien designer chez Boeing. Néanmoins, la trouvaille n’a vraiment rien de très romantique. C’est durant un vol en revenant de Londres que le cinéaste eut une révélation : un hamburger !

C’est à celui qui se chargeait des storyboards, Joe Johnston (qui deviendra plus tard réalisateur à son tour), qu’incomba la tâche de dessiner un nouveau design avec cette forme radiale aux deux soucoupes collées l’une contre l’autre, mais qui devait rompre la symétrie des autres vaisseaux. Ajoutez sur un côté cette condition imposée par George Lucas : la forme particulière du cockpit reprenant celle des bombardiers américains B-29 de la Seconde Guerre mondiale (ci-dessous). Johnston dessina le nouveau vaisseau pirate en moins d’une semaine et le Faucon Millenium, tel qu’on le connaît depuis, était né !

Même s’il déteste cela, Lucas est d’abord un créateur sur le papier, avec quelques images assez vagues en tête. Ce n’est qu’ensuite qu’il propose à ses dessinateurs d’imaginer la forme de ses mots, dont il choisira lui-même laquelle des représentations colle le mieux à sa vision. Ce ne fut que très rarement que le cinéaste força l’aspect de certaines choses, comme avec des dessins sommaires des X-wing et des Tie fighter impériaux.

En ce qui concerne L’Empire contre-attaque, le lien entre le film et la bande dessinée est plus trouble vis-à-vis de la carbonite de Han Solo.

La congélation du personnage interprété par Harrison Ford est apparue dans la seconde mouture du scénario par George Lucas après le décès de Leigh Brackett.

Certes, l’enthousiasme de l’acteur pour son incarnation de contrebandier cynique de l’espace était bien réelle, mais comme l’était aussi son contrat qui ne se limitait qu’à un seul film. Contrairement à Mark Hamill ou Carrie Fisher, Ford fut le seul à ne pas signer un contrat incluant trois films d’office. Un moyen pour l’acteur de renégocier sa participation (à la hausse) si le succès transformait le premier film en saga.

Lucas était conscient de cette réalité et devait faire face à l’éventualité que Han Solo puisse ne pas revenir dans le troisième film, sans que cela affecte le cours de l’histoire.

Des différentes versions imaginées par Ralph McQuarrie, celle en forme de dalle fut préférée à d’autres qui étaient plus cylindriques. Mais cette forme qui laissait deviner le corps et le visage figé de Han Solo n’était pas sans rappeler la prison de plastique d’un certain Valérian.

Aggie Guerard Rodgers fut interrogé pour son costume d’esclave de la Princesse Leia dans Le Retour du Jedi. Toutefois, ce dernier se défendit de tout plagia sur l’un des vêtements de Laureline et avoua s’être plutôt inspiré des illustrations de l’artiste contemporain Frank Frazetta (troisième image ci-dessous). Avec un moindre succès au cinéma, l’adaptation de Flash Gordon présentait également en 1980 l’actrice Ornella Muti dans un costume similaire pour le rôle de la Princesse Aura.

Doug Chiang, le chef du département design de La Menace fantôme n’a jamais caché sa passion pour la bande dessinée Valérian et Laureline. Ainsi, il nous arrive de retrouver des éléments tout aussi forts dans la prélogie, à l’image du personnage de Watto découvert dans l’Épisode I et ressemblant très fortement aux Shingouz de Jean-Claude Mézières. Il est alors difficile de définir une séparation nette entre inspiration inconsciente, plagiat ou hommage volontaires sans questionner directement l’intéressé.

Nous revenons à ce problème d’une société américaine fermée sur elle-même. Car cet épisode n’est pas sans rappeler celui de Steven Spielberg découvrant l’existence de Tintin à l’occasion de la promotion en Europe des Aventuriers de l’arche perdue, où les journalistes (notamment francophones), très familiers de l’univers d’Hergé, avaient supposés que l’œuvre de ce dernier avait influencé celle de Spielberg. Ce n’est qu’ensuite que le cinéaste américain dévorera l’ensemble de la série pour, éventuellement, l’adapter sur le grand écran en 2011.

 

 

 

Star Wars – Le Making of, de Jonathan W. Rinzler
est disponible en version française aux éditions Akileos