[MAJ] Clean Versions ou quand Sony censure ses propres films !

de le 15/06/2017
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Diplomates, les studios Sony proposent maintenant aux réalisateurs des films concernés de donner leur aval sur ces Clean Versions, tandis que la DGA demande purement et simplement leur suppression.

Suite à la vague d’indignation provoquée à Hollywood, Sony préfère tempérer sur les versions censurées des films de son catalogue. Mat Jin Singh, président de Sony Pictures Home Entertainment, a déclaré hier que leurs “réalisateurs sont d’une importance capitale” pour eux et qu’ils “désiraient préserver leurs bonnes relations au maximum”.  En effet, alors que la DGA (la puissante guilde des réalisateurs) exigeait leur suppression, un compromis semble possible entre les différentes parties. Les studios laisseraient les auteurs respectifs donner leur autorisation pour exploiter ses versions sur le service VOD de Sony, mais les réalisateurs devront le signaler auprès de la DGA. Pas sûr que des auteurs comme Judd Apatow et Seth Rogen s’accordent aussi facilement sur les Clean Versions de leurs long-métrages, dont le ton est particulièrement impertinent avec les codes moraux que Sony a voulu imposer.

[Article posté le 8 juin 2017]

La nouvelle qui est tombée cette semaine ne semble pas émouvoir grand monde, pourtant celle-ci à tout d’une bombe et s’attire déjà les foudres des fans et des cinéphiles sur Internet depuis. Pour son service de VOD (Vidéo à la demande), Sony propose des versions inédites des films du catalogue de la Columbia que la marque possède. Mais ne nous voilons pas la face. Ces versions seront censurées ! Les mots sont durs et la situation est pourtant très claire. Les “Clean Versions” (Versions propres) de ces (parfois) grands classiques se voient débarrassées de tout propos un peu grossier ou séquence potentiellement violente, afin de permettre à toute la famille de découvrir ces films.

Voici comme cela nous est présenté :

“Rassemblez la famille, sortez le pop corn et trouvez votre position préférée sur le canapé.

Les films clean version vous apportent chez vous vos blockbusters plein d’action préférés  avec une version appropriée pour un large public. Soyez plus rassuré en partageant vos films préférés ensemble.”

Ainsi, toute la famille, quel que soit l’âge du spectateur, peut regarder ensemble un film qui, selon la classification américaine, possédait quelques passages ou répliques qui pourraient choquer. Derrière cette intention family friendry, Sony est seul juge pour trafiquer les long-métrages sans demander l’avis de leurs auteurs. Au pays du Copyright que sont les États-Unis, le studio est dans son bon droit, sachant que les versions originales ne sont pas vouées à être remplacées. Mais vider le contenu subversif de films qui étaient clairement destinés à un public adolescent ou adulte est tout bonnement absurde.

Dans la liste des titres déjà disponibles dans ces versions tronquées, on peut compter la trilogie Spider-man de Sam Raimi, ainsi que ceux plus récents de Marc Webb, S.O.S. Fantômes 1 & 2, Tigre et Dragon, Hancock, Captain Philips, White House Down, Le Stratège, Elysium, Copains pour toujours 1 & 2, Ricky Bobby : roi du circuit

De plus, les critères moraux actuels qui déterminent cette censure sont ceux d’aujourd’hui. Ils s’appliquent invariablement sur des long-métrages remontant aux années 1980. Or, les mœurs et les valeurs ont évoluées au cours de ces trente dernières années. L’argument de découvrir ensemble ces films ne tient pas et ces versions édulcorées sont même contre-productives dans la compréhension de l’œuvre dans sa globalité. Il serait aussi logique de partager la vue d’un tableau en partie caché ou un livre dont certaines pages ont été arrachées !

Il est assez terrible que le raisonnement hypocrite de la rentabilité de ces films en VOD puisse en arriver à une telle extrémité qui impose au public une certaine bien pensance puritaine. Espérons que cette nouvelle engendre une levée de bouclier de la part des auteurs qui pèsent à Hollywood pour protéger le peu de droit qui leur reste sur leurs œuvres et que ce projet soit enterré pour dissuader la concurrence de tentatives futures similaires.