Vaiana : Un voyage culturel au bout du monde

de le 30/11/2016
 
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La sortie de Vaiana, la légende du bout du monde nous offre l’opportunité de revenir sur l’expression des cultures ancestrales de l’Océan Pacifique dans le cinéma.

Bien souvent, celles-ci n’ont été abordées que depuis le prisme occidental, avec des personnages principaux représentants l’explorateur, voire même le colonisateur avanceront certains. Des films comme La Taverne de l’Irlandais de John Ford ou les différentes adaptations des Révoltés du Bounty font partie de ces nombreux exemples.

À l’instar de la dernière production animée des studios Walt Disney, des films se centrant sur le point de vue des descendants de ces peuples ayant conquit le Pacifique se font plus rares.

Nous vous proposons de voyager à travers une sélection de sept long-métrages, plus ou moins légers et issus de genre assez divers, dont le rapport à la transmission des traditions d’une culture millénaire aux nouvelles générations se trouve menacée de disparaître avec le métissage et une confrontation, souvent violente, avec la société contemporaine de la mondialisation.

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MERCENAIRE de Sacha Wolff (2016)

Le film suit le parcours compliqué d’un jeune venu illégalement de l’île de Wallis, espérant un meilleur avenir comme joueur dans un petit club de rugby français, que celui qui lui est réservé chez lui, avec un père colérique qui noie son aigreur dans l’alcool.

Traitant aussi bien de l’opposition des cultures que de leur mélange, Sacha Wolff dépeint un récit poignant et sans fard sur la culture wallisienne, en misant sur la sincérité de son acteur Toki Pilioko qui interprète son personnage principal au physique imposant.

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THE DEAD LANDS, LA TERRE DES GUERRIERS de Toa Fraser (2014)

Le réalisateur Toa Fraser remonte avec son film à des temps plus anciens, en y inscrivant une farouche histoire de vengeance. Le jeune Hongi va traquer les responsables de la mort de son père et du massacre de sa tribu, afin que les âmes de ces derniers puissent reposer en paix.

Entièrement tourné en langue maorie, The Dead Lands est l’une des rares tentatives par le genre de reconstruire à l’écran cette culture du Pacifique, avant sa transformation par l’arrivée des européens en Nouvelle-Zélande. Il ne sera pas étonnant de retrouver dans la parenté de The Dead Lands le puissant Apocalypto de Mel Gibson sorti en 2004.

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L’ORDRE ET LA MORALE de Mathieu Kassovitz (2011)

Au mois d’avril 1988, 30 gendarmes français étaient pris en otage par un groupe d’indépendantistes Kanak sur l’île d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie. Les atermoiements dans les négociations se résoudront malheureusement dans la violence.

À la fois réalisateur, producteur, scénariste et acteur principal, Mathieu Kassovitz aura porté à bout de bras ce projet sans concession, afin de mettre en avant les revendications des Kanak et d’y dénoncer l’hypocrisie politicienne, autour de ce drame qui s’est noué à l’époque dans l’ombre de la campagne présidentielle qui voyait s’affronter Jacques Chirac et François Mitterrand.

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MATARIKI de Michael Bennett (2010)

Signifiant les “yeux de Dieu” en Maori, Matariki symbolise également le passage à la nouvelle année de cette culture, marquée par l’émergence de la constellation des Pléiades dans le ciel de l’hémisphère Sud.

Dans ce film choral, le réalisateur néozélandais Michael Bennett entrecroise plusieurs destins, liés les uns aux autres sans le savoir. Un beau film indépendant qui parvient à trouver l’équilibre en oscillant entre des moments assez sombres de cette nuit où tout peut basculer et des instants plus légers et vraiment lumineux.

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PAÏ, L’ÉLUE D’UN PEUPLE NOUVEAU (Whale Rider) de Niki Caro (2002)

Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice néozélandaise Niki Caro chamboule les traditions patriarcales de la culture maorie avec Paï, son héroïne âgée de 12 ans et seule prétendante de sa génération à devenir chef de sa communauté, alors que son grand-père s’y oppose fermement, en faveur d’un héritier mâle.

Avec sa vision féministe relativement unique sur son sujet, Niki Caro travaille aussi l’évolution des mœurs et la question de la transmission des valeurs et des symboles contre l’entêtement des représentants d’une tradition ancestrale. Un film fort qui bénéficie surtout de la fraicheur de sa jeune actrice Keisha Castle-Hughes.

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L’ÂME DES GUERRIERS (Once Were Warriors) de Lee Tamahori (1994)

Premier long-métrage de Lee Tamahori (À Couteaux tirés, Meurs un autre jour), L’Âme des guerriers se déroule dans la banlieue pauvre de la ville d’Auckland, en Nouvelle-Zélande et se trouve centré sur l’histoire d’une famille au bord de l’implosion avec un père se faisant le représentant de  la culture maorie en utilisant la violence.

Par sa mise en scène brute de décoffrage et sa photographie aux filtres sépia, le réalisateur nous plonge au milieu de cette torpeur étouffante de la nécessité absolue de préserver une culture qui se délite dans la misère du monde moderne. La perte de repères risque aussi de dévoyer ce précieux héritage dans la violence aveugle, comme l’incarne à l’écran le troublant personnage de Temuera Morrison.

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RAPA NUI de Kevin Reynolds

Tout juste auréolé du succès international de son Robin des bois, prince des voleurs, le réalisateur Kevin Reynolds se lança dans l’ambitieux projet d’une fresque consacrée au peuple de l’Île de Pacques, lieu rendu mythique pour ses gigantesques Moaï.

Même s’il est produit par les studios américains de la Warner Bros et tourné en langue anglaise, Rapa Nui met clairement en avant l’histoire et la culture locales, avec cette guerre entre deux tribus, l’une plus modeste luttant pour s’émanciper de l’autre dirigeante qui lui impose la construction de Moaï de plus en plus colossaux.