Titanic 3D : la leçon de James Cameron au reste du monde

de le 14/01/2012
 
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James Cameron, le type qui a pris, à raison, son pied à cracher bien fort sur toute une vague de films tournés en 2D et convertis ensuite dans une 3D foireuse – il avait bien démonté le travail dégueulasse effectué sur Le Choc des Titans – pour dénoncer une pratique débile visant à faire débourser quelques euros de plus au spectateur pour assister à un spectacle indigne. Le même James Cameron va ressortir Titanic en 3D, son film pensé en 2D…

On les entend déjà les râleurs. « Salaud de yankee qui veut encore notre pognon ! », « La 3D c’est mort, comme les passagers du Titanic ! », « On ne se fera pas avoir une deuxième fois, on connait la fin du film ! », etc. Et nous sommes presque tentés de les comprendre, un peu. Avec un peu plus de 1.800.000.000$ de recettes à travers le monde, 11 oscars et 20.758.887 entrées en France seulement (un record que Bienvenue chez les ch’tis n’a pas fait tomber, l’honneur est sauf), Titanic reste la machine hollywoodienne la plus folle de tous les temps, avec Avatar. Et aujourd’hui ce monument, car c’est bien de cela qu’il s’agit, se paye un lifting de luxe qui va lui assurer une nouvelle place de premier sur tous les rangs du box-office pour s’attirer les mêmes railleries des gens pré-cités, mais qui va surtout assurer une expérience inédite au spectateur. Et ça, si on en rêvait sans trop oser le dire, c’est une excellente nouvelle.

« Titanic 3D est pensé comme un nouveau film ». C’est en ces termes que c’est exprimé John Landau, ex-vice-président de la Twentieth Century Fox et heureux producteur des films de James Cameron depuis Titanic, à l’occasion de son passage à Paris lors d’une présentation d’extraits du film organisée par la Fox. Et cela résume parfaitement la sensation ressentie devant ces extraits.

Il faut savoir que la conversion de Titanic n’est pas commune. Celle du Choc des Titans par exemple a duré 8 semaines. Ici nous parlons d’un processus de 60 semaines, soit un travail titanesque sur plusieurs étapes. Tout d’abord un master 4k a été tiré de la copie pour ensuite faire l’objet d’une conversion plan par plan en créant une profondeur pour chaque objet du cadre, afin de créer du relief partout. Quand on connait le soucis du détail pour James Cameron, ses cadres regorgeant d’informations, plus la durée du film (194 minutes) on tombe sur quelque chose comme 279.360 images à convertir. cela explique en grande partie le budget pharaonique de ce projet car avec 18.000.000$ il s’agit d’un tarif largement supérieur à une majorité de budgets de production de films complets.

James Cameron est habitué aux chiffres qui font tourner la tête donc il n’y a rien de bien surprenant là-dedans. John Landau nous a d’ailleurs affirmé que l’idée de passer Titanic en 3D date d’il y a une dizaine d’années, soit bien avant la naissance d’Avatar, car selon eux, le procédé permet d’alimenter et améliorer la narration du film. Dans une série de questions/réponses, le producteur s’est exprimé sur plusieurs points, dont le tournage à 60 fps qui devrait être d’actualité sur Avatar 2 et des résultats de tests soit disant bluffants, le refus de toute l’équipe de retoucher aux effets numériques du film (George, elle était pour toi celle-là) aisni que sur les raisons profondes d’une telle entreprise. En effet, il ne faut pas se leurrer, l’idée derrière Titanic 3D n’est pas seulement de ressortir le film et d’engranger de nouvelles recettes sur du vieux. Il s’agit de proposer une démonstration de ce à quoi peut et doit ressembler une conversion en 3D, soit après avoir inventé de nouvelles caméras sur Avatar pour les rendre disponibles aux autres réalisateurs, leur donner cette fois les outils technologiques pour donner du relief à leurs films. Et quand John Landau cite un Jurassic Park ou Le Seigneurs des anneaux, pour illustrer son idée, on a une folle envie de le croire. D’autant plus après la vision de 8 courts extraits du film, minutieusement choisis pour démontrer la puissance du processus.

L’arrivée de Rose sur le port, la danse avec les plus pauvres, la célèbre scène à la poupe du bateau, la panique avant l’impact, le sauvetage de Jack dans les couloirs remplis d’eau, les chutes à la verticale… huit scènes en tout qui ont tout à coup créé un doute. Et si on nous avait menti depuis 15 ans ? Car le résultat est tellement incroyable qu’il semblerait que le film ait été tourné hier avec des caméras 3D. On parle d’une expérience de ce niveau-là. Le résultat est tout simplement bluffant, une évolution technologique sidérante qui donne une nouvelle vie au film. Dans la sensation de relief, de profondeur, de textures, dans les gros plans ou les plans larges, dans les travellings, dans les mouvements de caméra plus heurtés… tout fonctionne. Et presque mieux que sur certains films tournés en 3D. Donc non seulement James Cameron et John Landau ont réussi le pari de nous redonner envie de voir un film interminable et que l’on connait par cœur, mais on sait déjà qu’on va assister à une démonstration technique sans précédent dont l’aperçu qui nous a été donné a purement et simplement pulvérisé nos espérances les plus folles.

Le prophète a encore parlé, et comme à chaque fois le cinéma se prépare à une mutation et les autres suivront.