Quand Spider-man tisse sa toile au cinéma

de le 12/06/2017
 
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Ce lundi 12 juin 2017, nous célébrions jour pour jour les 15 ans de la sortie dans les salles françaises du premier Spider-man de Sam Raimi. Alors que nous verrons dans un mois pile le retour de l’homme-araignée sous la marque globale Marvel Studios, revenons entre temps sur l’évolution des incarnations cinématographiques de l’un des super-héros les plus populaires sur le grand écran.

Comme Superman ou Batman avant lui, le bondissant Spider-man a lui aussi connu plusieurs versions de son mythe sur le au cinéma. Quand son personnage d’encre colorée et de papier prend chair, chacune de ses périodes est bien représentative de ce rapport complexe entre l’offre des détenteurs des droits et la demande du public et des fans du personnage. Il faut avouer cependant que ces quinze dernières années ont vu un boom des films Spider-man. Cette augmentation exponentielle s’est faite en cohésion avec la frénésie ambiante de la mode des super-héros en patrons du box office mondial. Alors qu’il fut une autre époque où ces héros bigarrés n’étaient pas en odeur de sainteté auprès des studios hollywoodiens, inconscients de la manne financière qui était à leur portée. Bien qu’elles vaillent le coup d’œil, nous vous épargnerons ses premières incarnations télévisuelles. Il faut remonter plus en amont de 2002, dans les années où le Nouvel Hollywood s’éteignait pour laisser les jeunes Star Wars et Indiana Jones dominer le monde. À cette époque, la série un peu kitsch d’Alvin Boretz The Amazing Spider-man donna lieu à trois téléfilms qui trouvèrent le chemin des salles à la fin des années 1970. Il en fut de même pour son adaptation plus libre et improbable encore au Japon, où le costume s’éjectait notamment d’une grosse montre ultramoderne au poignet de l’acteur Shinji Todō qu’il enfilait ensuite d’un seul coup de fermeture éclair !

De la Cannon à Cameron

Même si elle fut infructueuse à l’écran, il est tout de même important de s’attarder sur cette période ingrate pour les super-héros. Elle explicite parfaitement ces problèmes inhérents qui vont au-delà des simples désaccords artistiques entre les agents créateurs des films. Des problèmes essentiels qui firent avorter des projets ambitieux avant même qu’un casting soit envisagé.

Superman était alors l’unique baromètre de la bonne santé des comic books au cinéma. Malheureusement pour les autres, la production des aventures du kryptonien, incarné à cette époque par le regretté Christopher Reeves, est la proie des Salkind. Avec le profit comme seule référence, Alexander et Ilya Salkind avait encore eu le flair (ou l’inconscience) d’avoir ouvert les vannes pour le réalisateur Richard Donner au premier épisode. Trouvions-nous à l’époque Marlon Brando et Gene Hackman dans un film de super-héros écrit par Mario Puzzo, l’auteur du Parrain ! Donner avait fait les frais de l’autoritarisme des Salkind sur le deuxième opus au profit de Richard Lester, plus enclin à obéir aux injonctions des producteurs. Il rempilera par la suite sur un désastreux Superman III, dont le score désespérant au box office de 1983 n’encouragea pas la concurrence à investir dans les adaptations de comic book. Roger Corman ne fit rien de son option sur celui de Spider-man et Marvel céda en 1985 ses droits à la Cannon.

Cependant, les opportunistes patrons de cette boîte qui montait vite à Hollywood avaient une toute autre idée en lisant le titre “Spider-man”. En effet, Menahem Golan et Yoram Globus imaginaient l’homme-araignée en résultat d’une mutation abominable entre un être humain et l’une de ces charmantes créatures velues à huit pattes. Mi-homme, mi-araignée ! Ils commandèrent un scénario dans ce sens à Leslie Stevens, créateur de la série Au-delà du réel. Bien évidemment, le clash n’a pas manqué lorsque Stan Lee le consulta. Lee proposa, avec l’aide des scénaristes Ted Newsom et John Brancato employés par la Cannon, que le docteur Octavius soit le professeur d’un Peter Parker encore au lycée et les deux se retrouvent victimes du dysfonctionnement d’un cyclotron : l’un devenant le terrible Doc Ock et l’autre Spider-man. Le projet s’annonçait ambitieux, passant de Tobe Hooper à Joseph Zito à la réalisation, mais fut victime de la gourmandise et (en particulier) de l’échec commercial du quatrième Superman. La réduction drastique de l’investissement imposé par la Cannon, spécialisée dans le film d’exploitation, fut le début de la fin pour ce possible film Spider-man.

À l’inévitable faillite de la Cannon, Menahem Golan persévéra dans le projet avec quelques réécritures et un budget moindre. Il le proposa en 1989 à la Columbia où un contrat était sur le point de se conclure. Un an plus tard, à la fin du tournage de True Lies, son réalisateur James Cameron fut annoncé à la tête d’un scénario similaire pour la société Carolco. Ce scénario était exactement le même que celui proposé à la Columbia, avec l’homme d’Aliens et des Terminator ajouté aux auteurs précédents. Le nom d’Arnold Schwarzenegger fut immédiatement apposé au personnage d’Octopus, même si quelques mois plus tard, Cameron pondu un traitement qui le supprimait et amenait d’autres changements. Electro et l’Homme sable devenaient les nouveaux ennemis de Spider-man, pour un combat final dantesque au sommet des tours du World Trade Center, où Peter Parker révèlerait sa double identité à Mary Jane Watson. Mais la faute impardonnable viendra du cadre légal. Des contrats mal rédigés engendreront des poursuites multiples des différentes parties en présence et enterreront ce succès garanti d’avance.

 

Quand Sam Raimi les choses au sérieux

1999, les studios Sony/Columbia étaient sur le point de déclarer une guerre ouverte à ceux de MGM/United Artists, prévoyant d’adapter un James Bond en dehors de la saga officielle traditionnellement distribuée par le lion rugissant. Toutefois, la guerre n’eut pas lieu et les deux entités se lancèrent dans un échange de bons procédés qui aboutira à la cession des droits cinématographiques de Spider-man au profit de Sony/Columbia.

Enfin ! Il fallut attendre plusieurs décennies pour que le tournage d’un film consacré à l’homme-araignée se lance. Pour en arriver là, il aura nécessité que la plume de David Koepp, l’un des plus talentueux scénariste d’Hollywood, reprenne la composition de Cameron et recomposer une nouvelle histoire. Jan de Bont, Chris Columbus, David Fincher, Roland Emmerich, Ang Lee, Tony Scott et M. Night Shyamalan furent envisagés comme réalisateurs avant que celui de la trilogie Evil Dead ne s’impose. Après Darkman en 1990, Sam Raimi revenait à l’adaptation de comic books sur le grand écran. S’impliquant dans le projet, il préféra garder en méchant le Bouffon vert et la figure paternelle que représentait son double Norman Osborn pour Peter Parker et de reléguer le docteur Octopus à des prochaines aventures. Le développement des effets visuels numériques au début des années 2000 permirent à John Dykstra de donner à Spider-man l’aisance naturelle dans les cascades vertigineuses au-dessus de New York qu’il aurait été impossible de réaliser sur un plateau.

Face à un Willem Dafoe confirmé et habitué aux rôles de bad guys, nous retrouvions au casting James Franco qui n’avait que des comédies ado romantiques derrière lui et la belle Kirsten Dunst qui avait vampirisé The Virgin Suicides de Sofia Coppola. Seul le choix de Tobey Maguire n’avait pas suscité l’enthousiasme des fans originaux, espérant sans doute un acteur plus charismatique physiquement. Pourtant, c’est bien aux geeks discrets et traditionnels clients des comic books que pense Sam Raimi en le choisissant, allant à contre courant de l’archétype du héros au physique d’Apollon. Son Spider-man a marqué sa génération par ses plans iconiques et ses séquences clés de la naissance d’un héros dont le schéma est encore éculé par les faiseurs d’aujourd’hui. Le cinéaste fait de la double identité le moteur principal de son intrigue divisée en trois lignes parallèles : amitié-amour-famille. Car son Peter Parker doit cacher à son meilleur ami qu’il est celui qu’il considère comme le meurtrier de son père, renoncer à celle qu’il aime afin de la protéger d’ennemis futurs et mentir pieusement à sa tante sur sa responsabilité dans la mort de son oncle. Ces pistes seront prolongées dans les deux épisodes suivants en 2004 et 2007.

Malgré la douloureuse absence des tours du World Trade Center qui avait fait rappelé les premiers posters et teasers suite aux attentats du 11 septembre 2001, le premier Spider-man est un carton au box office mondial. Deux ans plus tard, le chapitre suivant le surpassera en tout. Spider-man 2 est encore considéré comme l’un des meilleurs films de super-héros jamais réalisé. La triple intrigue atteint son paroxysme émotionnel et les enjeux ont rarement été aussi pesants pour le héros. Or, l’histoire ne fut pas aussi idyllique pour Spider-man 3 où l’interventionnisme des cols blancs des studios a trop empiété sur la liberté artistique que Sam Raimi s’était vu accordée. Le cinéaste prévoyait de recentrer ce chapitre sur son trio qui passait à un autre stade avec l’Homme sable comme principal adversaire. Côté antagoniste également, le Vautour est finalement retiré sous la pression du producteur Avi Arad pour le remplacer par Venom afin de plaire aux fans. Si l’ensemble laisse à désirer, la mise en scène de certaines séquences impose encore le respect, à l’instar de la tragique résurrection de l’Homme sable.

 

The not so Amazing Spider-man

Longtemps la rumeur d’un Spider-man 4 par Sam Raimi aura perduré, entretenue à chaque interview de Maguire, Dunst ou du cinéaste, mais aussi par la date de sortie avancée par les studios au 5 mai 2011. Toutefois, la reprise en main par les exécutifs de chez Sony/Columbia et l’échéance contractuelle de mettre en scène un nouveau film avant la date fatidique les auront conduit à la seule alternative qui s’offrait à eux : le reboot de la franchise.

Encore en 2008, Sam Raimi travaillait de concert avec James Vanderbilt au scénario, espérant mettre en avant le professeur Connors, vu dans la première trilogie, et sa transformation en Lézard. L’évincé Vantour ferait son retour sous les traits de Ben Kingsley et Anne Hathaway en Felicia Hardy, nouvel antagoniste et love interest pour Peter Parker. L’idée de filmer les épisodes 4 et 5 d’un seul tournage fut envisagé et le scénariste a même été engagé par les studios pour préparer les Spider-man 5 et Spider-man 6. En parallèle de tout ceci et pour répondre à sa politique de fan service, le producteur Avi Arad désirait aussi un spinoff exclusivement orienté Venom. Vous vous en doutez : l’alliance n’aura pas duré du fait que le cinéaste et ses équipes n’arriveraient pas à s’accorder sur l’histoire dans le temps qui leur était imparti. Lorsque l’officialisation du départ de Sam Raimi fut faite, l’engagement de Marc Webb comme réalisateur du prochain Spider-man fut annoncé dans la foulée.

Avec le prometteur Andrew Garfield, cette version pensée plus sombre qu’était The Amazing Spider-man proposait l’antithèse de ce qu’avait été Tobey Maguire. Le Peter Parker devint un jeune beau gosse derrière ses grosses lunettes de hipster et grand amateur de skateboard. Fini l’ado bigleux, timide et maladroit ! Néanmoins, l’humilité du réalisateur de 500 jours ensemble envers le travail de son prédécesseur ne suffit pas à l’en démarquer. Obligé de réintroduire les raisons de l’existence de Spider-man avec les mêmes scènes, Marc Webb souffrait d’autant plus de la comparaison impossible avec la trilogie de Raimi, que le laps de temps qui l’en séparait était très mince. À ceci près que ce nouveau Spider-man révélait son identité secrète au tout venant ! En surimpression de Rhys Ifans, les concepts préfabriqués du Lézard furent exploités en l’établissant comme l’adversaire principal de l’homme-araignée. Ce docteur Connors était inclus à une nouvelle histoire pensée pour ce reboot, autour de la disparition des parents de Peter Parker qui se résoudrait au fil des films. Une fois ces nouvelles bases établies, les scénaristes Alex Kurtzman, Roberto Orci (qui avaient fait leurs preuves sur les sagas Transformers et Star Trek) aidés de Jeff Pinkner furent lancés dans l’écriture d’une suite qui ouvrait la construction d’un univers plus large, pouvant notamment concurrencer la solide franchise Marvel de Kevin Feige.

Multipliant les sous-intrigues et les méchants inutilement, The Amazing Spider-man : le destin d’un héros coupa court au mystère des parents ou de la relation amoureuse tissée avec la belle Emma Stone en Gwen Stacy. Néanmoins, les studios Sony/Columbia retombèrent dans leurs mauvais travers en faisant des plans sur la comète et affichant avec une certaine arrogance un calendrier bien chargé de sorties en salles. Dès 2013, il nous était dit qu’un Amazing Spider-man 3 émergerait en juin 2016, un quatrième deux ans plus tard, mais également qu’un épisode spécial méchants avec les Sinister Six (évoqués à la fin de The Amazing Spider-man 2) était confié à Drew Goddard et le retour de l’arlésienne Venom réservé pour Alex Kurtzman. L’adaptation d’un Spider-man 2099 fut aussi imaginée. C’est vous dire à quel point les studios eurent les yeux plus gros que le ventre quand tout périclita subitement, suite aux chiffres décevants de The Amazing Spider-man : le destin d’un héros qui rentrait tout juste dans ses frais colossaux.

 

Retour dans la toile Marvel Studios

Le 24 novembre 2014, un groupe de hackers s’en était pris au groupe Sony en révélant au grand public des mails confidentiels échangés entre la direction et ses exécutants. Nous découvrîmes par ces fuites le rapprochement entre les studios et l’écurie Marvel pour intégrer Spider-man à la machine à cash de Kevin Feige.

Entre le piratage du scénario du James Bond Spectre et les scandaleuses remarques de certains membres du bureau, quelle ne fut pas la surprise des fans de l’homme-araignée à la lecture du dialogue entamé entre les deux studios. D’habitude, chaque franchise est une chasse jalousement gardée et aucun ne se risquerait à ouvrir la porte à la concurrence et de travailler en commun dans un esprit de partage. C’est ce qui pourtant arriva ! Soucieux de l’avenir de Spider-man après les deux long-métrages de Marc Webb, Sony se laissa tenter de prendre la température d’une collaboration avec Marvel Studios. Ces derniers qui étaient au meilleur de leur forme avait tout à gagner d’incorporer Peter Parker à leur fresque, tandis que Sony, avec toutes ses franchises qui prenaient l’eau, avait tout à perdre. L’info engendra l’explosion des forums des fans et de leurs réseaux sociaux à ce moment là. Ce fut alors le meilleur signe que pouvaient espérer les deux studios pour s’associer. Ce qui n’était qu’informel fut écrit noir sur blanc : Sony/Columbia et Marvel Studios signèrent ensemble un contrat les liant au retour sur grand écran du Spider-man des premiers mais dans le gigantesque univers bâti depuis par les seconds.

Andrew Garfield ne rempila pas pour ces nouvelles aventures et il fallut trouver une autre acteur qui s’intégrerait directement au large tableau qui incluait déjà Iron Man, Captain America, Hulk, Thor… En moins de cinq ans, la franchise Spider-man fut redémarrée par deux fois, suivant les modes et les courants de son temps, alors qu’elle était pionnière et fondamentale à son genre en 2002. C’est donc le jeune Tom Holland qui hérite du costume rouge et bleu. C’est sous la pression des frères Russo que le producteur et maître Kevin Feige céda à son intronisation, non pas pour un opus rien qu’à lui mais dans le troisième Captain America sous-titré Civil War. Le temps d’une séquence dans un appartement new-yorkais, Marisa Tomei en tante May accueille le personnage de Tony Stark venu chercher de l’aide auprès du jeune Peter Parker. Il sera l’atout caché de l’équipe de Tony Stark face à celle de Steve Rogers lors d’une bataille rangée dans un aéroport en Allemagne.

Ça y est, Spider-man revient officiellement chez Marvel avec ce nouveau film dont le titre prend tout son sens : Homecoming. Le long-métrage de Jon Watts fait suite aux événements de Captain America : Civil War et s’épargnerait donc une énième mort du pauvre oncle Ben, la figure du père de substitution devenant celle du milliardaire Tony Stark. En effet, c’est le rôle tenu depuis toujours par Robert Downey Jr. qui apportera les moyens matériels au jeune homme pour devenir le gardien de New York. Passé par les costumes de Batman chez Burton et de son pastiche Birdman chez Iñarritu, Michael Keaton revêtit cette année celui du Vautour qui n’était pas sorti des cartons laissés par Sam Raimi en partant une décennie plus tôt. Il ne nous reste plus qu’à patienter un mois avant de découvrir à quoi ressemblera cette nouvelle version de Spider-man, une autre vision intégrée à l’univers partagé de Marvel Studios qui prévoit déjà (elle aussi, encore) de nombreuses aventures cinématographiques pour l’homme-araignée…

Spider-man : Homecoming de Jon Watts avec Tom Holland sortira en France le 12 juillet 2017.