[Preview] Savages d’Oliver Stone

de le 06/04/2012
 
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Depuis bientôt 10 ans, et son très sous-estimé Alexandre qui dévoilait toute son ampleur dans sa version baptisée « Revisited », Oliver Stone évolue en eaux troubles. En attendant Savages, en trois films au mieux moyens, au pire médiocres, difficile de retrouver le metteur en scène énervé qui avait réussi à allier deux éléments à priori antinomiques : faire du cinéma engagé et du cinéma mainstream. Entre 1986 et 1999, en 12 films de Salvador à L’enfer du dimanche, Oliver Stone a construit une œuvre complexe et cathartique à travers des films qui n’hésitaient jamais à écorcher l’Amérique tout en déployant un amour et un respect véritable pour ses valeurs fondamentales, des films dont une majorité sont encore des modèles aujourd’hui et qui ont fait du réalisateur une figure majeure du cinéma américain des années 80/90.

Il suffit de prendre deux exemples situés aux extrémités de sa filmographie, JFK et Tueurs nés, pour saisir à la fois la complexité plastique de cette œuvre mais également la richesse de ses thématiques et leur influence sur le cinéma actuel. Tous les thrillers fleuves et longues enquêtes minutieuses ne seraient rien sans le premier, et le polar d’action moderne aux relents clippesques façon Tony Scott n’existerait pas sans les excès formels du second. Pourtant, Oliver Stone reste incompris, dénigré. Trop violent, trop démonstratif, il est surtout trop sincère dans sa démarche et a développé un second degré qui nécessite un minimum d’effort d’interprétation de la part du spectateur pour s’exprimer. Son cinéma n’est pas nécessairement vendu clefs en main, et c’est tant mieux.

Avec Savages, on tient peut-être sa renaissance cinématographique. C’est en tout cas ce que laissent penser les premières images du film dévoilées dans ce trailer ci-dessous. Le montage sous speed, les transparences, surexpositions et filtres extrêmes, rappellent surtout qu’Oliver Stone a imposé ce style avec Tueurs nés et L’enfer du dimanche. Il semblerait donc que d’un point de vue strictement formel, même si le montage d’une bande annonce ne peut pas vraiment donner d’indice sur le montage du film, Savages marque un retour au cinéma de la rage. Autre grosse surprise avec le casting qui mêle toute la nouvelle garde hollywoodienne accompagnée de quelques pointures. Taylor Kitsch, Blake Lively, Emile Hirsch, John Travolta, Uma Thurman, Salma Hayek, Trevor Donovan, Aaron Johnson, Benicio Del Toro… une affiche qui a franchement de la gueule et qui pourrait bien se retrouver dans quelques semaines sur le tapis rouge du festival de Cannes où le film pourrait bien être présenté.

Mais Savages c’est également, et peut-être même surtout, l’adaptation du roman éponyme de Don Winslow, publié en 2010. En adaptant lui-même son livre en scénario, appuyé par Shane Salerno (et là ça fait peur, il est l’auteur des scripts de Shaft, Armageddon et Aliens vs Predator: Requiem) il peut être certain de respecter son style de narration qui fait la force de ses œuvres. Un style libre et sauvage qui n’a que faire des conventions, où les chapitres peuvent tenir en quelques mots, où l’écriture subit une décontraction d’apparence, et où la violence fait rage. Un style qui semble être penser pour qu’Oliver Stone se charge de le transposer au cinéma.

Et si cela ne suffisait pas, comment ne pas voir dans ce récit, dans ces personnages, des éléments essentiels de son cinéma, dans ce synopsis ? À Laguna Beach, Ben (Aaraon Johnson), paisible et charitable bouddhiste, et son meilleur ami Chon (Taylor Kitsch), ancien Navvy Seal et mercenaire, tiennent un business lucratif et en pleine expansion en produisant une des meilleures marijuana jamais produites. Ils partagent également une histoire d’amour à trois avec la belle Ophelia (Blake Lively). La vie est belle dans leur ville de Californie du Sud… jusqu’à ce que le cartel mexicain Baja décide de s’implanter et d’entrer en affaires avec le trio. Quand la reine du cartel, l’impitoyable Elena (Salma Hayek) et son brutal bras droit, Lado (Benicio Del Toro), sous-estiment le lien entre ces trois-là, Ben et Chon – avec l’assistance trouble d’un agent de la DEA ripou (John Travolta) – déclarent une guerre impossible au cartel. Ainsi commence une série de stratagèmes et manœuvres extrêmement vicieux dans une guerre des nerfs aux enjeux majeurs…

Réponse très bientôt. Savages sortira début juillet aux USA et au mois d’août en France.