[Livre] Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte

de le 17/12/2010
 
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Souffrant d’un oubli cinéphile pendant bien trop longtemps, le réalisateur japonais Koji Wakamatsu, qui a fêté cette année ses 74 ans, semble tout à coup beaucoup intéresser tout le monde. Depuis à peu près 3 ans et l’affaire de Quand l’embryon part braconner (film de 1966 sorti en France fin 2007 avec une interdiction aux moins de 1 ans), il est devenu LE réalisateur subversif dont il faut avoir vu les films, et on voit fleurir des spécialistes du cinéaste un peu partout… on ne va pas se plaindre, c’est une excellente chose que soient déterrées ses oeuvres profondément originales, y compris au sein même d’une production japonaise qui n’a pas pour habitude de suivre les voies classiques.

Aujourd’hui Koji Wakamatsu en France ce sont déjà 3 coffrets DVD regroupant 12 films, plus United Red Army déjà sorti qui avait bénéficié d’une exploitation en salles. Mais c’est également la sortie cette année du Soldat Dieu sur une poignée d’écrans il y a quelques semaines et surtout un évènement majeur à la cinémathèque française, une rétrospective qui lui a été consacrée avec pas moins de 40 films pour la grande majorité inédits, sachant que sa filmographie compte un peu plus d’une centaine d’oeuvres.

En parallèle à cet évènement vraiment exceptionnel a été publié ce livre, Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, un bien bel objet également d’exception car il s’agit semble-t-il du tout premier ouvrage consacré exclusivement à cet artiste hors du commun.

Le livre s’ouvre sur un long texte du critique Jean-Baptiste Thoret qui se focalise sur deux périodes bien précises de la carrières de Koji Wakamatsu, ses débuts dont ses films dans le cinéma pinku et sa période plus contemporaine, les années 2000. En bon analyste féru de mise en scène, il aborde le sujet avec passion et un vrai regard de professionnel, ne manquant pas une occasion de comparer l’artiste à d’autres figures majeures du septième art de façon parfois surprenante. Néanmoins, malgré la qualité indéniable de la prose et les connaissances du cinéaste bien présente, le journaliste à la fâcheuse tendance à poser Wakamatsu sur un piédestal, oubliant que certains de ses films n’étaient vraiment pas des chefs d’oeuvres. S’ensuit un autre texte inédit, datant de 1978, du réalisateur Nagisa Oshima (L’Empire des sens, entres autres merveilles…). Un réalisateur qui parle d’un autre réalisateur, ce n’est si commun. D’autant plus qu’ils se côtoient. Oshima n’est pas avare en anecdotes concernant l’industrie du cinéma japonais à cette époque et pose un regard admiratif sur l’homme plutôt que sur son oeuvre, saluant sa liberté et son engagement. Il est également intéressant de voir comment Oshima ne peut s’empêcher de parler de ses propres travaux, mais c’est surtout une occasion en or de découvrir ses talents d’analyse. Il va en effet très loin dans l’approche thématique de l’oeuvre globale de Wakamatsu, même s’il ne se risque pas vraiment à critiquer quoi que ce soit de façon véritablement négative.

Pour la suite, c’est Wakamatsu qui parle de Wakamatsu dans un recueil de ses textes parus dans divers journaux et où le réalisateur parle non seulement de son cinéma mais du cinéma en général. Au fil des lectures, celui qui parait tout à fait conscient du caractère subversif et enragé de ses films, qui cherche clairement à choquer l’audience, apparaît sous un nouveau jour bien plus humain, même si sa hargne ne s’efface jamais. Des réflexions sur son passé, sur ses voyages, ses engagements divers, tout cela jusqu’à un court texte concernant son dernier film. Le livre se termine sur un long entretien avec le cinéaste qui revient sur l’ensemble de sa carrière. Si certains éléments peuvent paraître légèrement redondants, l’ensemble s’avère être tout simplement passionnant et permet de poser un regard neuf sur un artiste intègre et extrême, autant aimé que détesté, mais dont les oeuvres peuvent secouer durablement.

Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte est un livre important. Qu’on soit familier ou pas avec les travaux du réalisateur, il s’agit d’une mine d’informations à son sujet ainsi qu’au sujet du cinéma japonais au sens plus large. C’est un livre rare qui met en lumière un artiste atypique et donne quelques pistes pour aborder plus sereinement l’ensemble de son oeuvre colossale et contestataire.

À noter que le livre, édité le 26 novembre 2010 par IMHO éditions, est accompagné du DVD de La Femme qui voulait mourir, un film de Koji Wakamatsu inédit et interdit au Japon. La critique du film sera sur le site très prochainement.

Pour commander: Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte