Le Musée Des Merveilles: Visite guidée du cinéma de Todd Haynes

de le 14/11/2017
 
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Avec une palette de genres extraordinaire, Todd Haynes a su imposer sa patte cinématographique au grand public tout en apparaissant comme un créateur majeur pour les professionnels du septième art. Haynes explore les genres et affirme ses goûts pour la musique, le mélodrame, le mystère, les reconstitutions, le cinéma et la représentation des sentiments. Son nouveau film, Le musée des merveilles, rassemble tout ce que Haynes aiment et se révèle être un petit bijou d’émotion qui, malgré quelques directions attendues, cueille son audience. Une preuve de plus qu’Haynes est un magicien maitrisant parfaitement son art. Une occasion pour nous de revenir sur les principaux films du réalisateur.

1995 : SAFE

Safe est un film audacieux contant l’histoire d’une femme américaine qui a tout pour être heureuse mais… Convaincue que l’air qu’elle respire est nocif et que des microbes en veulent à son organisme, le personnage entre dans une paranoïa, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’une forme de lucidité. Trouble, le film l’est. Une ambiance glaçante qui met mal à l’aise et fascine. Parabole sur les virus qui nous me menacent et mettent à l’écart ceux qui les côtoient de près, le film marque la première collaboration du cinéaste avec l’exceptionnelle Julianne Moore.

1998 : VELVET GOLDMINE

Une plongée dans le Londres des années 70 au cœur du phénomène glam rock, personnifié par David Bowie et son Ziggy Stardust ou Iggy Pop auxquels le film fait référence. Ici, Haynes affirme son amour pour la musique, les folies visuelles et une narration à tiroir. Il pose surtout un regard détaché sur une époque pleine de veines promesses adolescentes et, ne cherchant pas à être faussement psychédélique, il donne émotion et une certaine nostalgie à son histoire.

2002 : LOIN DU PARADIS

Haynes retrouve l’esprit flamboyant du mélo version années 50 et raconte une bouleversante histoire d’amour avec en toile de fond le racisme, l’homosexualité et la condition de la femme dans une société aux apparences bien pensantes. Le travail de reconstitution, l’ambiance, la subtilité des émotions et la magnifique Julianne Moore font de ce film un petit miracle. Sur les pas de Douglas Sirk, Haynes réinvente un genre et se fait maitre dans l’art de nous toucher droit au cœur. Avec brio et intelligence. 

2006 : I’M NOT THERE

Anti-biopic par excellence et pourtant un des films qui sait le mieux représenter l’artiste qu’il évoque, I’m not there est surprenant. D’abord par son approche du personnage. Haynes choisit de faire incarner Bob Dylan par de multiples comédiens (dont une femme), illustrant ainsi les différentes facettes de l’artiste. Ensuite par le traitement de la narration qui selon les personnalités adopte un ton et une imagerie différents. Le film est l’une des propositions cinématographiques les plus intelligentes et excitantes qui soit. Haynes ne parle pas simplement de musique mais proclame son amour et admiration pour un artiste de génie dont il sait d’avance que le cinéma sera bien incapable d’en capter les mystères. Déroutant, sincère et profondément original.

2015 : CAROL

On retrouve ici des éléments chers au cinéaste : l’homosexualité, une reconstitution des années 50 minutieuse pour décrire une société dépassée, les codes cinématographiques de cette époque, le mélodrame, l’amour interdit… Via une narration sophistiquée, Haynes explose le classicisme d’un genre sans pour autant trahir ce dernier. Là encore, il renouvelle avec subtilité et intelligence le mélodrame amoureux sans en ternir les codes. Rooney Mara et Cate Blanchett sont remarquables et le film bouleverse durablement.

2017 : LE MUSÉE DES MERVEILLES

A travers le parcours de deux enfants, tous deux sourds et vivants à deux époques différentes, pour retrouver un de leurs parents, Haynes surprend en parlant de l’enfance, jouant d’émotions plus soulignées qu’à l’accoutumé et de merveilleux (on se croirait presque chez Spielberg par instant) mais reste pourtant bien dans ses thématiques de prédilection. Haynes expérimente et à travers les deux époques qu’il traite, rend un hommage vibrant au cinéma (imagerie années 70 pour le petit garçon et film muet pour la petite fille). Le récit à tiroir se dessine tranquillement sous nos yeux, les dialogues sont économisés au maximum, la bande son magnifie l’émotion du récit. Le musée des merveilles confirme la capacité de son auteur à explorer des choses personnelles en amenant une vraie proposition de cinéma.