La Cinémathèque célèbre David Lynch

de le 22/10/2010
 
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Programmation chargée cette année à la Cinémathèque Française. En effet dans les mois à venir seront à l’honneur de très grands noms du cinéma, de Stanley Kubrick à Jean-Pierre Melville, des rétrospectives et expositions qui s’annoncent majeures. Mais pour l’heure c’est un artiste hors normes qui est au coeur de l’actualité, l’immense David Lynch. En parallèle de l’exposition Brune Blonde qui se tient en ce moment même jusqu’au 16 janvier 2011, une rétrospective de ce génie sans équivalent a lieu à la cinémathèque jusqu’au 31 octobre. Il s’agit bien entendu d’un évènement à ne pas manquer pour quiconque porte un réel intérêt au cinéma américain moderne ou tout simplement à cet homme artiste touche à tout qui n’aura eu de cesse de révolutionner son art et qu’on attend impatiemment sur un nouveau projet pour le cinéma.

À l’occasion de l’ouverture de la rétrospective le 13 octobre, et grâce à Studio Canal qui vient d’éditer Mulholland Drive en blu-ray (nous en reparlerons très prochainement) j’ai eu l’honneur d’assister à la masterclass de David Lynch, une bonne heure d’entretien mené par Serge Toubiana (directeur de la cinémathèque, sous la présidence de Costa-Gavras). Masterclass précédée de la diffusion de quelques courts métrages de Lynch: Six Men Getting Sick (1966, 4’), The Alphabet (1968, 4’), The Grandmother (1970, 34’), The Amputee (1974, 5’), The Cowboy and the Frenchman (1988, 25’), Premonitions Following an Evil Deed (1995, 1’)

Ces 6 courts, pour la plupart précédant Eraserhead, laissent déjà voir plusieurs obsessions chez l’artiste. Un goût immodéré pour le bizarre et l’étrange, les mutations, le cauchemar, l’enfance, la nature, la famille, les représentations picturales. Assez inégaux, parfois incompréhensibles, drôles ou effrayants, ces travaux contiennent tout ce qui fera la singularité de son cinéma. Souvent très sombres et mystérieux, ce sont des petits trésors qui rendent l’expérience de vision sur grand écran assez exceptionnelle.

Mais le gros morceau était bien sur la « leçon de cinéma » de David Lynch himself, un moment rare et magique pendant lequel le réalisateur est resté fidèle à lui-même.

On apprend ainsi que David Lynch est souvent présent dans la capitale où il se consacre à sa passion première, la peinture, ou plus précisément la lithographie en ce moment. Il a investi un atelier autrefois fréquenté par Picasso et Matisse, une vieille imprimerie dont il est tombé amoureux et où il a déjà produit près de 120 oeuvres.

Il est bien entendu revenu sur son processus de création qui le pose à mille lieues des autres réalisateurs américains (avec lesquels il n’entretient pas forcément de rapports chaleureux. Souvent ses idées, pour ses courts ou ses longs, trouvent une inspiration dans le réel mais ses personnages jamais. Pour lui ils n’existent que mentalement. Il les traduit ensuite en mots puis en images.

Il a confirmé que le rêve occupait un place majoritaire dans son cerveau et qu’il était persuadé que plusieurs mondes cohabitaient. Pour l’illustrer il a pris un exemple bien précis: quand on est enfant le monde n’est que joie, quand on grandit on découvre que ce monde si joyeux recèle des recoins bien tristes. Malgré la noirceur de ses films il dit avoir eu une enfance très heureuse, il était à l’époque passionné par les armes à feu et les avions, plus pour leur forme que pour leur utilité.

Etant attiré avant tout par la peinture, il a tout de même eu un coup de foudre pour une caméra, une Bolex, et n’a jamais vraiment étudié le cinéma, il l’a abordé comme un nouveau médium pour transposer ses idées. Il est ensuite revenu sur la fabrication d’Eraserhead, un projet qu’il a porté pendant 5 ans par manque de moyens matériels et financiers. Il a pu le monter grâce à une bourse pour les cinéastes indépendant qu’il a obtenu très jeune par rapport aux autres boursiers. Il a réalisé ses premiers courts métrages à 19 ans.

Question influences, il dit lire très peu même s’il adore Kafka. Il n’a pas été influencé par le surréalisme, un mouvement qui ne l’intéresse pas (à part la sonorité du mot surréalisme) et dont il ne retient que Magritte. Ses influences viennent de son esprit, de choses qu’il a pu voir et des autres mondes qu’il traverse. Il a toujours été amoureux de la nature, comme son père.

Concernant le cinéma, il dit n’avoir aucune idée en ce moment pour ce médium mais que ça viendra sans doute. Il attend cette idée et de voir comment le cinéma va évoluer dans l’avenir. Il dit que pour lui la 3D peut être un outil de cinéma fabuleux si bien utilisé et qu’il aimerait bien le faire si cela colle à son idée. Il est assez impressionné par la toute puissance d’internet qui va devenir selon lui LE support de toute oeuvre. Il est ensuite revenu sur Twin Peaks, qu’il considérait comme un gigantesque film sans fin, sur ses méthodes de casting peu ordinaires, sur l’Interview Project de son fils qu’il supporte. Enfin il est revenu sur sa collaboration avec Angelo Badalamenti, son compositeur attitré avec qui il a une relation fusionnelle au moment de créer du cinéma.

David Lynch est resté David Lynch, une profusion de détails anecdotiques parfois balancés un peu n’importe comment mais jamais il ne se découvre. Il conserve autour de lui un mystère permanent et son aspect lunaire qui le pose définitivement dans une autre sphère. Cet entretien décousu n’en fut pas moins passionnant, si vous avez l’occasion ne loupez surtout pas cette rétrospective de celui qui reste un des plus grands réalisateurs de notre temps.

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