Journal du PIFFF 2012 : entrée en matière

de le 18/11/2012
 
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Tous les jours ou presque, Benoit, festivalier déviant émérite, nous fera un rapide compte-rendu des films vu lors de la seconde édition du PIFFF. Certains films seront chroniqués plus en détails par la suite.

Après la belle réussite que fut la toute première édition du Paris International Fantastic Film Festival (voir résumé de l’année dernière), les organisateurs ont décidé de remettre le couvert cette année avec deux fois plus de films s’étalant sur 9 jours, une nuit spéciale Clive Barker, Bad Taste et Quatre mouches de velours gris en rétrospective mais aussi pas mal d’avant-premières françaises rendant le programme de cette deuxième édition plutôt alléchant.

Et c’est Naila Ma en maîtresse de cérémonie – ceux qui étaient au BIFFF cette année auront reconnu l’actrice de quelques courts-métrages du collectifff – qui lancera les hostilités, où se succéderont sur scène les différents protagonistes de ce festival jusqu’à la présentation du jury international 100% français, paradoxal mais composé de quelques maîtres du cinéma fantastique de l’hexagone.

Mais une cérémonie d’ouverture n’en serait pas une sans film et quoi de mieux que le dernier Don Coscarelli qui 10 ans après Bubba Ho-Tep fera à coup sûr débat. Et autant vous le dire tout de suite avec John dies at the end, le PIFFF commence très fort.

Here Comes the Devil.

Produit par des américains, tourné au Mexique par un réalisateur Argentin ayant déjà sorti pas mal de films dans son pays d’origine, Here comes the devil a vu le jour grâce à une coopération bien atypique. Malheureusement ce dernier film d‘Adrián García Bogliano nous prouve que le mélange n’a pas toujours que du bon.

Here comes the devil est très clairement un film raté de A à Z qui écope des plus grosses tares possibles et imaginables, à savoir une réalisation désastreuse, un scénario insipide, le tout complété par des scènes de sexe gratuites et racoleuses qui n’ont de toute évidence pas leur place dans ce film.

Le réalisateur peine à donner une ligne directrice claire et définitive à son métrage, navigant tout au long entre plusieurs eaux, le résultat est définitivement sans saveur. Ni réellement déviant, ni érotique, ni horrifique Adrián García Bogliano ne tient pas ses promesses et nous offre une sorte de patchwork pauvre mal fagoté.

Un manque d’ambition dans la transgression, de talent dans la réalisation qui nous gratifiera tout de même de quelques tics nanardesques faisant passer les réalisateurs de X-Or pour des virtuoses, et d’originalité de façon générale. Autant d’éléments qui auront raison de ce film qui commença pourtant très bien avec une scène lesbienne d’anthologie, un meurtre sanglant et une atmosphère malsaine. Tout était réuni dans ses 5 premières minutes, tout ce qu’on attendait de ce film, tout ce qu’il fallait faire et pourtant à aucun moment on ne retrouvera ces qualités, à aucun moment le réalisateur ne parviendra à redresser la barre et à nous offrir un spectacle digne de ce nom.

Une purge en somme dont on ne peut clairement retenir que le début. En compétition internationale cette année, il aura du mal à soutenir la comparaison avec les autres films en compétition.

The ABCs of Death.

Ce film ne peut pas être jugé comme un autre, il n’y a pas de cohérence entre les segments, pas de fil conducteur, pas de cahier des charges imposé aux réalisateurs, le seul moyen de juger ce film c’est juger la qualité moyenne de l’ensemble des parties. Et de ce point de vue là, malgré 2 ou 3 magistraux ratages, ABC’s of death remplit amplement son rôle en nous proposant foison de petits bijoux gores, trashs, décadants et souvent très drôle.

Pour illustrer nos propos, prenons 3 exemples:

Tout d’abord le segment de Xavier Gens, qui ayant hérité de la lettre X nous propose XXL. Film outrageusement gore, à l’humour piquant sur les obèses, qui traite par la dérision et le trash de la dictature de la minceur, une véritable réussite à la fois extrêmement caustique et viscérale. XXL est visuellement et sur le propos l’un des plus réussis de tous.

Orgasme, le segment d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (réalisateurs d’Amer) qui ont pris le pari de jouer sur une esthétique terriblement léchée proposant des plans assez fascinants et novateurs avec une véritable vision artistique. Orgasme est assez virtuose dans la manière de filmer faisant passer l’histoire totalement au second plan mais qu’importe. Incontestablement le segment le plus abouti formellement.

Et on va finir par le plus déviant, Libido, réalisé par Timo Tjahjanto qui nous propose de suivre une sorte de concours de masturbation entre 2 prisonniers, le premier arrivant à éjaculer gagne le droit de rejouer tandis que l’autre va joyeusement trouver la mort embroché par un pieu se trouvant sous sa chaise. Véritable performance transgressive où les hommes devront se masturber devant des scènes de plus en plus déviantes sexuellement, Libido est de loin le plus couillu et amoral de tous les segments qui donnerait bien envie de voir les futurs films de ce joyeux luron.

Bref, un ensemble assez réussi qui ne souffre pas des quelques parties moins marquantes ou tout simplement ratées.

Stitches.

Il est toujours délicat pour un réalisateur de se lancer dans le slasher, genre hyper codifié aux thèmes bien éculés depuis la sortie des tous premiers films de ce genre et les relectures de Wes Craven. Il est terriblement facile de tomber dans les écueils de base et de perdre toute originalité.

Et c’est là que Stitches tire son épingle du jeu. En plus d’intégrer un clown tueur, ce qui fait toujours effet, il utilise tous les codes du slasher mais sans aller jusqu’à l’outrance, la dérision ou le cynisme. On a toujours notre bande de jeunes, on a toujours notre mort qui veux se venger, on a toujours quelques bombasses qui trainent dans les parages mais le tour de force de Conor McMahon a été de transcender tous ces codes pour en faire une comédie horrifique jubilatoire.

Stitches est à tous points vue un produit original qui n’a jamais succombé aux sirènes de la facilité. Les meurtres sont tous des bijoux d’inventivité trash avec des effet spéciaux à l’ancienne, ici peu d’effets numériques, on baigne dans le latex et les hectolitres d’hémoglobine ce qui donne un côté plus authentique et qui rappellera à certain les grandes heures du Peter Jackson des débuts.

Très belle réussite donc que ce slasher dont l’humour très efficace et omniprésent ainsi que les scènes de meurtre particulièrement jouissives et originales comblent parfaitement les petits problèmes de rythme inhérents au genre.

En compétition internationale, Stitches figure à coup sûr en bonne position dans cette compétition.