Journal du BIFFF 2013 : Trap for Cinderella, Chained et Rat King

de le 11/04/2013
 
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Les yeux commencent à être fatigués, les organismes sont en souffrance et le taux de cuvée des trolls dans le sang commence à approcher la zone dangereuse.

Toutefois pas le temps de faiblir, il reste quelques jours à tenir, d’autant plus qu’hier c’était deux avant-premières internationales qui nous attendaient.

Oblivion et Trap for Cinderella de Iain Softley, membre du jury international et venu sur scène nous présenter son film et qui finit par nous chanter «always look on the bright side of life» célèbre chanson de la fin de Life of Brian des Monty Python et qui me restera dans la tête au moins jusqu’à la fin du festival… Merci Iain.

En plus d’Oblivion, il y avait donc Trap for Cinderella et la veille, Chained, le dernier de la fille Lynch. Ainsi que Rat King.

Trap for Cinderella posterTrap for Cinderella de Iain Softley.

Trap for Cinderella est le 7ème film de Iain Softley qui a commis notamment Hackers et K-PAX et qui se lance cette fois-ci dans l’adaptation du roman éponyme de Sébastien Japrisot. Roman qui avait déjà connu une adaptation en 1965, Piège pour cendrillon réalisé par André Cayatte. Mais c’est une version librement interprétée et vierge de toute vision de la précédente version cinématographique que nous promet l’auteur britannique.

Visiblement inspiré par son séjour dans le sud de la France, Iain Sofley préfère quitter le Paris bohème du roman pour nous faire voyager entre Londres et une région du sud de la France pour suivre cette relation entre Micky, exubérante jolie jeune fille et Domenica plus discrète.

Cette relation est au centre de l’histoire, l’énigme mais aussi la clé. Une relation ambigüe, fusionnelle et passionnelle qui se révèlera, assez tôt, totalement asymétrique puisque l’amour et l’admiration que Domenica ressent pour Micky allant jusqu’au mimétisme n’est pas vraiment réciproque. A partir de là, on comprend la suite, ce qu’il va se passer est inéluctable. Mais qu’importe. Malgré l’évidence du scénario, Iain Softley arrive tout de même à nous tenir en haleine dans un polar à l’ancienne fait de petits rebondissements et de petites révélations semés à intervalle presque régulier et qui maintiennent la curiosité du spectateur en éveil.

Trap for Cinderella, en plus d’être un polar et aussi une quête identitaire. A travers le personnage de Domenica, jeune fille timide et de toute évidence amoureuse de Micky, qui va jusqu’à singer la coiffure et l’apparence de celle qu’elle admire.

Film haletant au thème intéressant et subtil qui malgré une trame sans surprise arrive à nous accrocher à une histoire plus complexe qu’elle n’y parait, Trap for Cinderella est un bon outsider pour remporter le prix cette année dans la compétition thriller.

Chained PosterChained de Jennifer Chambers Lynch.

Cette année au BIFFF, c’est l’année des filles et fils de. Après fiston Cronenberg, fifille Cassavetes, c’est au tour de la fille de David Lynch de nous présenter son dernier bébé et de nous confirmer tout son talent avec Chained.

Dans le style, Jennifer Lynch a toujours été éloignée de celui de son père, beaucoup moins torturé et mettant plus l’accent sur une réalité crue, plus psychologique et empreinte d’une violence latente qui parcourt le film. Chained ne déroge pas à la règle et se situe dans la continuité de son cinéma, ni une évolution, ni un changement de cap, Jennifer Lynch continue ce qu’elle sait faire tout en changeant d’histoire.

Il y a assurément 2 types de spectateurs qui verront Chained. Les amateurs de films de genre dont l’œil est perverti par des années de visionnage de films plus ou moins recommandables et le profane plus habitué aux films édulcorés.

Je fais partie de la première catégorie et force est de constater que Chained est loin de ce qu’on pouvait attendre de ce genre de film. Une enlèvement, une séquestration, des meurtres, un huis clos, il y avait pourtant tout sous la main pour faire quelque chose de dantesque, de dérangeant, de psychologiquement intenable mais le résultat est plus vain, mou et sans grande saveur.

On retrouve un petit garçon enlevé avec sa mère puis séquestré par le kidnappeur qui est condamné à vivre et grandir auprès de celui qui lui a tout retiré, de suivre ses règles et de lui obéir. Pourtant Jennifer Lynch rate complétement ce qui aurait pu faire le sel du film et évite d’aborder des sujets comme l’endoctrinement du gamin, la violence psychologique qu’il pourrait exercer sur lui, jusqu’à la violence physique totalement occultée et remplacée par rien d’autre qui pourrait compenser ce manque qui se fait cruellement ressentir. Pire encore, Jennifer Lynch nous gratifie de flash back sur l’enfance du kidnappeur qui trouveront écho à la fin du film mais qui n’apporte aucune plus-value.

Mais Chained c’est avant tout un film sur la paternité, l’éducation ou comment un handicapé sentimental incarné à merveille par Vincent D’onofrio qui tient là un rôle sur mesure, peut éduquer un enfant et lui transmettre ses valeurs assurément peu conventionnelles et inadaptées à la vie en société tout en gérant ses propres démons et obsessions. Personnage complexe et torturé qui porte à bout de bras un film qui manque tout de même d’ambition.

Film à 2 niveaux donc dont le premier ne saura pas contenter les amoureux du genre et le second trop peu exploité pour pouvoir remonter le niveau du film.

Résultat assez décevant qui accumule les manques et les petites erreurs jusque dans le final qui n’apporte rien de plus à l’histoire. Vain et mou, malgré une thématique engageante et un D’Onofrio des grands soirs, Chained, en compétition internationale risque fort de tout de même remporter un prix.

rat king posterRat King de Petri Kotwica.

4ème film pour Petri Kotwica qui après avoir gagné 6 récompenses aux Jussi Awards avec Black Ice, revient avec son nouveau long métrage. Cette fois ci on change de décor. Finis le triangle amoureux et les faux semblants sur fond de tromperie.

Le réalisateur s’attarde ici sur un mal qui touche toute une partie de la jeunesse, les jeux vidéo. Sans tomber dans un moralisme primaire pouvant laisser penser que les jeux vidéo sont le mal car ils désocialisent les joueurs, Petri Kotwica préfère s’appuyer sur cette addiction pour mieux développer son récit.

Un récit qui se propose de nous faire suivre le destin de Jury, jeune homme accroc aux jeux en ligne, qui verra son monde jusqu’ici essentiellement virtuel se voir basculer dans une réalité des plus concrète à travers un mystérieux jeu qui lance d’énigmatiques défis et qu’on ne peut pas quitter d’un seul clic.

Scénario malin dans l’écriture mais malheureusement cousu de fil blanc. On devine aisément ce qu’il va se passer et ce déroulement du film totalement téléphoné viendra plomber toute une partie qui trainera en longueur par manque de rythme et de rebondissements.

Malgré une réalisation impeccable qui retranscrit à merveille un univers confiné et obscur qui colle à la peau du personnage de joueur addict, Rat King n’arrive jamais à dépasser le cadre du classique et du conventionnel en proposant quelque chose de plus ambitieux ou décadent. En se complaisant ainsi dans une sorte de confort scénaristique déjà vu, Rat King n’arrive pas à captiver outre mesure le spectateur.

Une déception en somme tant le sujet comme le début du film semblait prometteur.