Journal du BIFFF 2013 : Cult, Found et Spiders 3D

de le 05/04/2013
 
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Le marathon cinématographique se poursuit au BIFFF et une chose est sûre, cette année les places sont chères pour le service presse, il y a du monde et de la demande et tant mieux pour le festival mais si ça continue force est de constater que Nicolas devra me fournir armes et munitions pour dézinguer la concurrence qui aura l’audace et l’imprudence de me prendre les places.

Hier, en événement c’était assez calme à part quelques trolls affamés qui déambulaient dans les couloirs affolants les bourgeoises venues s’encanailler au BIFFF, alors j’en ai profité pour appréhender un peu plus ces nouveaux lieux. Après un petit tour au bar pour boire une petite cuvée des trolls, j’étais fin prêt pour aller jeter mon œil du côté maquillage où l’on peut selon son souhait se faire maquiller en zombie ou se faire mettre un petit papillon sur la joue pour les plus coquets. Cela avant de me rendre au Comics land, un peu isolé cette année, mais qui recèle toujours pas mal de BD et de livres sympathiques, du Marvel en veux-tu en voilà, du Clive Barker pour l’ambiance cuir moustache ou encore les game of thrones pour les médiévaux. Tout ceci au milieu de plein d’autres ouvrages qu’il faut venir découvrir.

Et au programme, en plus de l’immense Blancanieves, il y avait Cult, Spider 3D et Found.

Cult posterCult de Koji Shiraishi.

Depuis pas mal d’années maintenant les ghost movies, qu’ils soient asiatiques ou occidentaux, ou encore les films d’exorcisme, pullulent sur nos écrans et le gros inconvénientsquand on tente de profiter d’un effet de mode c’est qu’on a tendance à copier le modèle sans jamais le transcender.

C’est donc dans un contexte un peu sclérosé et saturé niveau ghost movie que Koji Shiraishi se lance dans l’exercice périlleux de renouveler des genres qui se fatiguent depuis plusieurs années. Car Cult c’est avant tout un mélange des genres, le réalisateur n’hésite pas à piocher allègrement dans les références aussi diverses que lointaines mêlant ainsi influences des ghost movies asiatiques aux films de possession façon Paranormal activity incorporant une dimension supplémentaire : l’exorcisme.

Ersatz intéressant et parfois inventif qui fait courir le spectateur tout au long de la première partie, redonnant à trois genres en même temps une petite touche d’originalité. Mais avec Koji Shiraishi, on le sait, c’est un pastiche sinon rien. Il avait déjà fait le coup avec Grotesque qui avait reçu une volée de bois vert des comités de censure et qui était ouvertement un pied de nez à un genre intrinsèquement limité qui ne peut trouver le salut quand dans une fuite en avant, qui ne serait qu’une performance transgressive visant à aller plus loin dans l’horreur : Le torture porn.

Et bien ici, rebelote. Et cette fois ci il s’attaque à 3 genres en même temps qui ont le vent en poupe. Même si la première partie de Cult reste très sérieuse, la seconde l’est de toute évidence beaucoup moins. Un exorciste dont on dirait qu’il sort tout droit d’un jeu vidéo, affublé du nom de Néo, qui défonce du démon à coup de boule de feu ou de flamme à travers le plafond, un mini twist final presque ridicule comme ultime rebondissement et la promesse d’une suite qui prête à sourire. Ce sont entre autres, autant de preuves qui montrent, certes de manière moins extrême et poussée que dans Grotesque, que Koji Shiraishi a voulu se payer la tête de trois genres à la mode.

Globalement du même niveau que Grotesque, Cult ne dépasse jamais le domaine du rigolo et du sympathique et n’a de toute façon pas d’autres prétention que celle-là. Un autre pastiche à mettre à l’actif du japonnais, espérons pour lui que ça ne devienne pas à la mode de faire des pastiches de films à la mode.

found posterFound de Scott Schirmer.

Premier long métrage de Scott Schirmer – dont l’oeuvre avant ce film se cantonnait essentiellement à l’espace confidentiel du court métrage – Found est adapté du livre éponyme de Todd Rigney et il débarque au BIFFF avec une réputation plus qu’intéressante puisqu’il a semble t-il séduit une large partie de la critique outre atlantique.

On ne ressort pas indemne de Found, ça c’est sur. Il y a des films comme ça qui naviguent entre des eaux troubles et qui confluent vers le même affluant menant vers l’horreur. Des films sur fond de drame social qui plongent inéluctablement les personnages dans la pire des barbaries, des films comme The Great Ecstasy of Robert Carmichael par exemple. Found est de cette race là.

Scott Schirmer nous propose de suivre la vie d’un garçon de 12 ans, amoureux de films d’horreur et connaissant tous les secrets de sa petite famille. Car ce chenapan adore farfouiller dans les affaires des autres, mais il n’a pas d’amis et se fait constamment maltraiter par les brutes de l’école. Et pour ne rien arranger, il vit dans une famille qui bien qu’elle semble normale (on est loin d’une famille de décérébrés façon Mum & Dad) ne lui permet de se confier et de trouver en ses parents un exutoire. Situation pour le moins explosive qui permets au réalisateur d’aborder des sujets comme la violence, la vengeance et surtout la justice. Doit-on se faire justice soi-même ? Doit-on se défendre par la violence ? Y a t-il d’autres voies possibles quand on est seul contre tous ?

C’est avec froideur et sans concession ni morale que Scott Schirmer aborde de manière frontale ces sujets qui peuvent être épineux et qui peuvent voir fondre sur vous toute la bien-pensance.

Found est donc avant tout un drame social sur le fond et parvient à éviter soigneusement les caricatures, même si parfois on les frôle de très près. Les caractères et l’épaisseur des personnages sont toujours délicats, surtout pour un premier film, mais ici le réalisateur s’en sort plutôt bien, sans doute bien aidé par le livre. Nous voici donc en présence d’une galerie de personnages normaux en apparence et qui pourraient être nos voisins mais dont les comportements et la psychologie font que le cocon familiale se transforme en véritable bouilloire. Une mère peu à l’écoute, un père qui a tendance à s’énerver facilement, un frère tueur en série, pas vraiment un contexte favorable au bon épanouissement psychologique d’un gamin de 12 ans en proie aux moqueries et tabassages.

Mais Found n’aurait pas pu trouver sa force et marquer autant de monde juste en faisant un drame social sur une famille moyenne américaine. Il propose aussi, et c’est ce qui fait sa force, quelques scènes sanglantes, violentes et jusqu’au-boutiste. Les quelques scènes proposées dans le film sont tellement marquantes, presque indélébiles, qu’elles ajoutent une dimension comme un supplément d’âme qui parachève efficacement le film.

Film complet et bien pensé, d’un amoureux du cinéma de genre, mélangeant drame social et horreur, terminant le film comme il devait se terminer, en une apothéose de violence froide alliée à une déviance sexuelle qui était jusque là plus ou moins latente. Un film fort et brillant sur le fond comme sur la forme, un gros parpaing dans ta gueule de cinéphile, une claque en somme. Beau, violent, amoral, intelligent, un premier film très prometteur pour la suite de la carrière de Scott Schirmer.

Spiders 3D posterSpiders 3D de Tibor Takacs.

Attention, attention. Tibor Takacs est de retour. Ancien membre du jury du BIFFF et responsable de quelques films de baston à base d’animaux mutants, il revient avec des grosses araignées pas très gentilles.

Alors on pose son cerveau, on chausse ses lunettes 3D, on a l’air d’un con pendant 1H30 et on se lance dans le visionnage de ce qui va être un grand moment de décérébration.

Je passerai sur le côté gadget de la 3D car de toute évidence ici la 3D est surtout utilisée comme telle plus que pour réellement donner une plus-value aux scènes d’actions qui auraient été pensées en conséquence. On aurait pu donc aisément s’en passer car elle n’apporte rien de plus au film.

Qu’attendre alors d’un film d’animaux mutants dont le seul atout que constituait la 3D est inefficace ? Et bien juste un moment de distraction. Mélange d’actioner et de film catastrophe, Spiders 3D ne se prend absolument pas au sérieux, multipliant les absurdités de façon intentionnelle avec un personnage principal incarné par Patrick Muldoon, demi-loser patenté.

Film bourrin et rigolo mais malheureusement trop peu sanglant, aux effets spéciaux pas trop mal torchés, sans être un plaisir coupable, constitue un bon moyen de se reposer l’esprit avant de reprendre les choses sérieuses en main.