Interview : Sim Seong-bo, réalisateur de Haemoo

de le 30/10/2014
 
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Co-scénariste de Memories of Murder, Sim Seong-bo réalise son premier long métrage avec le très réussi Haemoo, co-écrit par Bong Joon-ho. Nous avons rencontré le réalisateur lors de son passage au Festival du Film Coréen à Paris.

Pourquoi avoir choisi ce fait réel pour votre premier film ?

J’ai choisi cette histoire car j’ai déjà pu travailler sur le même type de film avant. Quand j’étais sur Memories of Murder, l’histoire était basée sur un fait réel mais aussi adaptée avant par le théâtre. Du coup, Haemoo a suivi à peu près le même parcours du théâtre au cinéma. C’est cela qui m’a plu. Je me sentais capable de pouvoir en faire mon premier film, étant donné que j’avais déjà travaillé sur ce type de projet. Ce qui m’a vraiment plu dans l’histoire, c’est qu’autant pour Memories of Murder que Haemoo, il s’agissait de l’histoire de gens normaux qui se retrouvaient, tout d’un coup, mêlés à une scène de crime et où l’on voit comment ces gens ressentent les choses, comment ils se débrouillent pour s’en sortir.

 

Comment avez-vous réparti les rôles à l’écriture avec BONG Joon-ho ? Qu’a apporté chacun de vous à Haemoo ?

C’est difficile à définir tant le travail sur le scénario à été commun. On débattait, ça se transformait progressivement et on ne savait plus qui avait eu en premier telle ou telle idée. C’était au moment où BONG Joon-ho travaillait sur la production de Snowpiercer. On a échangé énormément par mail pour travailler l’écriture du scénario. Peut être que les relations conflictuelles poussées à l’extrême entre les personnages pourraient venir plutôt de BONG Joon-ho et moi, d’avoir essayé de mettre en œuvre les sentiments de tristesse que l’équipage pouvait avoir, et notamment la relation amoureuse entre l’un des matelots et une immigrée clandestine.

 

Les films catastrophes ont perdu de leur propos social en Occident. Est-ce essentiel pour vous d’utiliser le cinéma de genre populaire pour aborder la situation de votre pays et d’éventuellement tirer le signal d’alarme ?

Ce n’était pas forcément dans mon intention de retranscrire quelque chose de la société coréenne dans ce film. Je pense que c’est le genre d’histoire qui pourrait arriver n’importe quand et n’importe où. Je considère Haemoo comme un drame humain. Dans la pièce de théâtre, les pêches infructueuses et les typhons avaient beaucoup d’influence sur le récit et avaient poussé le capitaine à faire passer des clandestins. Dans mon film, cela s’est incarné dans l’homme qui propose ce travail illégal au capitaine. Il représente le danger, la corruption, et il y a de l’autre côté, pour contrebalancer,  cette relation amoureuse, plus humaine et innocente.

 

Pourquoi le choix d’une mise en scène essentiellement caméra à l’épaule dans Haemoo ?

Ce choix de mise en scène n’était pas forcément pensé dès le départ. Cependant, comme l’on se retrouve sur la mer, on voulait parfois accentuer la sensation d’être sur un bateau, où ça tangue et ça bouge partout. Mon objectif était surtout de faire ressentir au public ces sensations et que les spectateurs soient aussi sur le bateau. Comme c’est un film sur un drame humain, je voulais trouver le moyen d’être proche de mes acteurs en permanence et que l’on puisse lire à l’écran toutes les émotions possibles sur leur visage.

 

Quelles sont les influences picturales sur lesquelles vous avez travaillé avec votre directeur de la photo ?

J’ai vu et analysé énormément de films avant de me lancer dans l’aventure. Mais celui qui se rapprocherait le plus de la psychologie de Haemoo et qui m’a beaucoup influencé ce serait Fargo des frères Coen, notamment le jeu entre Steve Buscemi et Peter Stormare. C’est cette confrontation entre ces deux personnages qui m’a le plus inspiré.

 Haemoo 5

Qu’est-ce qui vous intéresse chez KIM Yun-seok ?

Il y a une certaine présence à l’écran avec KIM Yun-seok, dans ce qu’il dégage aussi par rapport au public coréen. Il peut être parfois la force brutale d’un malfrat qui n’a pas de sentiment. Avec Haemoo, j’ai eu envie de montrer ce que l’on n’a pas l’habitude de voir avec lui : la colère, les moments de doute… C’étaient ces choses là chez lui que je voulais mettre en avant via Haemoo.

 

Ce n’est pas forcément un personnage qui est mauvais à la base, mais qui fait des mauvais choix et tombe dans une spirale infernale.

C’est exactement ce que je voulais faire. Le public coréen a tellement l’habitude de voir KIM Yun-seok comme quelqu’un d’horrible en fait. Or, c’était la deuxième facette qui m’intéressait. Celle que l’on peut voir au début du film par exemple, ces expressions sur son visage que le public n’avait pas encore vu dans ses précédents films. C’était à la fois quelque chose de nouveau pour lui et de très important pour mon film.

 

Cela fait penser à Memories of Murder où l’on a des personnages qui subissent les événements plus qui ne maitrisent leur destin.

La différence entre Memories of Murder et Haemoo, c’est que dans le second, le personnage principal est obligé de faire un choix et c’est à cause de ce choix que tous les autres protagonistes se retrouvent liés à ses conséquences. C’est un peu comme dans les romans de Kafka où chaque personnage subit les situations pour arriver à une descente aux enfers, sauf qu’ici c’est surtout lié à ce choix fait le personnage du capitaine.

 

Avec le changement de gouvernement l’an dernier, beaucoup craignaient un impact sur le cinéma coréen à travers une censure conservatrice imposée aux films. Avez-vous ressenti une influence sur la liberté artistique dans le cinéma ?

Je n’ai pas ressenti directement une censure à proprement parler, mais cela est étroitement lié avec l’organisme de classification national qui évolue en fonction des gouvernements. J’ai ressenti des changements dans ma vie de tous les jours, c’est clair, mais pas forcément au niveau artistique. Haemoo n’est pas vraiment le genre de film qui prenait beaucoup risques à ce niveau là.

 

Avez-vous de nouveaux projets en tant que scénariste ou réalisateur ?

Je n’ai pas l’autorisation d’en parler encore, mais oui. Je collabore actuellement avec un autre réalisateur sur un scénario. Je suis également en train de travailler sur un second long-métrage, basé lui aussi sur un fait réel.