Interview : la légende William Friedkin

de le 14/07/2015
 
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William FriedkinA ressortie exceptionnelle, traitement exceptionnel. Ce mercredi 15 juillet, l’immense Sorcerer sort en salles et renait tel un phœnix cinématographique. Pour l’occasion, le non moins immense William Friedkin est venu présenter son film dans le cadre du Champs Elysées Film Festival, et nous avons eu l’immense honneur de pouvoir le rencontrer, loin de la foule, afin qu’il nous parle de son travail. 30 bonnes minutes d’interview passionnantes, et pour les non anglophones, la retranscription complète se trouve ci-dessous.

Nous allons commencer cet entretien avec Sorcerer, avant d’évoquer le reste de votre carrière.

Il y a un an et demi vous présentiez cette version restaurée de Sorcerer à la Cinémathèque Française. Depuis, le film connaît une nouvelle jeunesse. Que tirez-vous de cette expérience ?

On tire toujours les mêmes questionnements : le mystère du destin. Je ne sais pas comment l’intérêt porté à Sorcerer s’est fait. J’en parle toujours comme des peintures de Vincent Van Gogh. Il a réalisé plus de 3 000 peintures, dessins, aquarelles, dont aucune n’a été vendue. Personne ne s’y intéressait de son vivant. Et maintenant, vous devez être milliardaire pour en avoir un, et il y a aujourd’hui des musées à son nom, comme à Amsterdam, sa ville natale, qui exposent son œuvre. Et pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ? Les peintures ? Non. Qu’est-ce que qui a changé dans l’attitude des gens pour que de son vivant elles ne se vendent pas, et qu’aujourd’hui personne ne puisse se les offrir, ou si peu de gens ? Et dans ce sens, je pense que Sorcerer a été à sa sortie un échec total chez le public et les critiques. Et maintenant, 38 ans plus tard, il ressort et les gens viennent le voir, écrivent dessus et en disent de très bonnes choses. Et je suis encore vivant pour voir ça. Malheureusement, Van Gogh ne l’était plus, et j’aurais aimé qu’il soit vivant pour voir ça. C’est très rédempteur de voir un film que vous avez réalisé et qui n’a pas reçu le succès souhaité à sa sortie, revenir bien plus tard dans une nouvelle version restaurée pour être projeté dans le monde entier. Qu’est-ce qui explique cela ? Je ne sais pas. Il a été redécouvert une nouvelle génération de critiques et d’historiens du cinéma.

A propos du scénario de Sorcerer, comment en êtes-vous venu à choisir Walon Green, pour adapter de nouveau le roman de Georges Arnaud ? Aviez-vous été influencé par son travail de scénariste chez Sam Peckinpah ?

C’est aussi parce qu’on avait déjà travaillé ensemble sur des documentaires. Je réalisais des documentaires avant de faire de la fiction. Et Walon Green en écrivait et en réalisait aussi pour David Wolper. Je trouvais à l’époque que c’était l’homme le plus intelligent que je connaissais. Nous discutions beaucoup du cinéma et de l’art moderne en général. Il parlait cinq langues couramment. Et nous discutions des livres que nous lisions et des films que nous avions vus.

Deux ou trois ans après L’Exorciste, je n’avais pas refait de films, j’ai déjeuné avec Waly et je lui parlais des thèmes qui m’intéressaient à l’époque : de l’exploitation de nombreux pays sud-américains par les Etats-Unis, les entreprises de pétrole et United Fruit, qui exploitaient beaucoup de plus petits producteurs, et quand ces derniers protestaient, en demandant plus d’argent, ils étaient tués. Donc je lui parlais de ça, mais aussi de la guerre du Vietnam qui se déroulait alors. Si les pays du monde entier étaient incapables de trouver un moyen de s’unir et de s’entendre, ils allaient tous exploser. Et je lui disais que c’était une idée que j’aimerais bien mettre en image. Il m’a répondu : c’est ce que raconte Le Salaire de la peur. J’ai commencé à y réfléchir et puis je lui ai dit qu’il fallait qu’on fasse une nouvelle interprétation de ce roman.

Reprenons la même idée, la même histoire, de quatre étrangers qui ne s’apprécient pas mais qui doivent coopérer sinon ils explosent tous, ensemble ou séparément. Ainsi, nous avons commencé à étudier ça. Qui possédait les droits ? H. G. Clouzot ? Non, c’était Georges Arnaud, et il était tout à fait d’accord pour les vendre. Mais j’ai tout de même rencontré H. G. Clouzot, je lui ai dit ce que je voulais faire : un nouveau film avec la même idée, mais avec un début, un milieu et une fin différents, d’autres personnages, d’autres contextes, les évènements seraient différents. Mais tout allait être inspiré par ce qu’il avait déjà réalisé avec le même roman. Et dans un sens c’est comme faire une nouvelle version d’Hamlet : un classique qui a été mis en scène des millions de fois tout autour du monde. Et ce n’est pas un remake quand on le refait, c’est une nouvelle interprétation. Et donc nous avons décidé de faire une nouvelle version de cette histoire, avec comme je l’ai dit, tout qui changerait.

Sorcerer

Sorcerer se déroule dans un univers visuel unique, impliquant un sacré travail de direction artistique. Aviez-vous choisi John Box, le chef décorateur, pour son expérience des tournages homériques de David Lean ?

Oui bien sûr, pour son travail avec David Lean. Je voulais travailler avec lui depuis longtemps et quand on a eu l’idée de Sorcerer, je l’ai contacté, il était libre et donc il s’est occupé de la direction artistique. Il n’a jamais rien dessiné. Il avait une équipe qui faisait tout ça, il arrivait avec une idée de ce à quoi les camions devaient ressembler et il faisait construire les camions à partir pièces détachées. Il décrivait à un des directeurs artistiques l’aspect qu’il souhaitait pour les camions, et c’est ce dernier qui faisait tous les dessins et les rendus. Enfin, John et moi on regardait le final et on disait : oui ça c’est bien, ça rend bien, pas ça, plutôt ça. Pareil pour les ponts. Il avait une équipe formidable, dont tous les membres finalement sont devenus de bons directeurs artistiques. On a vraiment travaillé ensemble. Et ce film n’a ressemblé en rien à ce que John Box avait fait auparavant, et il ne ressemble probablement à rien de ce que j’ai fait.

Hier vous nous avez raconté comment vous avez casté Bruno Cremer, en ayant vu le film de Lelouch, Le Bon et les méchants.

Oui un film de Lelouch, quel était le titre déjà ?

C’est le seul film qu’ils ont fait ensemble je crois, Le Bon et les méchants.

Oui c’est ça.

Par la suite, avez-vous découvert le film de Pierre Schoendoerffer, La 371e section ?

Non je ne l’ai pas vu.

D’accord. Il y a vraiment une connexion avec Sorcerer et le personnage de Bruno Cremer.

Vraiment ?

Oui, en Indochine. Oui il l’a réalisé 12 ans avant Sorcerer et c’est vraiment un grand film.

Les personnages se ressemblent ?

Dans la manière avec laquelle le personnage de Cremer se déplace dans la forêt et dans la nature, je trouve qu’il y a une connexion.

Je ne connais pas du tout ce film.

Avec votre vision de réalisateur, pensez-vous qu’on peut encore produire un film comme Sorcerer de nos jours ?

Non. Et si c’était fait, ça serait complètement numérique. Vous n’auriez pas un vrai camion, ni un vrai pont, rien ne serait faire de cette manière. Tout serait créé par un ordinateur et cela serait sûrement très efficace. On peut maintenant tout faire avec les ordinateurs et les images numériques. On peut placer des personnages de manière crédible dans l’espace alors qu’ils sont dans un studio. On peut mettre des gens à l’intérieur du Vatican, de La Mecque, du Louvre, dans des endroits où personne ne peut tourner. Mais on peut créer ces environnements, un désert avec 50 000 personnes comme Lawrence d’Arabie sans avoir ces gens, ou le désert. Tout est généré par l’ordinateur. Et si quelqu’un devait faire un film comme Sorcerer ça serait fait comme ça. Je ne serais pas intéressé de la faire comme ça.

Lors d’une précédente masterclass, vous avez dit qu’être réalisateur c’est être sur un « rollercoaster », une montagne russe : on va très haut ou très bas en une fraction de secondes. Entre le succès critique de Killer Joe et cette ressortie de Sorcerer, vous sentez-vous de nouveau en haut du rollercoaster ?

Je ne réfléchis pas comme ça. Si on me pose la question, j’y réfléchirai mais je suis dans une position où je peux faire presque tout ce que je veux. Je ne veux pas travailler sur les films populaires qui sortent aujourd’hui et je ne pense pas qu’on me le demanderait. Superman, Batman, Iron Man, Avengers, je ne m’y intéresse pas du tout. Mais ils intéressent beaucoup les gens. C’est le nouveau genre populaire, mais ça ne m’intéresse pas. Sorcerer et Star Wars sont sortis en même temps, à une ou deux semaines d’intervalle. Et la production cinématographique mondiale et le goût du public se sont dirigés vers Star Wars et le sont toujours. Et non vers Sorcerer. Sorcerer sera toujours projeté dans peu de salles. Je crois qu’en France il sortira vers le 15 juillet dans une vingtaine de salles, dont quatre à Paris. Et Star Wars sortira sur 10 000 écrans en même temps dans le monde.

C’est incompatible pour vous d’aimer Star Wars, j’imagine… ?

Je ne comprends pas l’intérêt ! D’autres oui. C’est ma faute, mais je ne comprends pas. Je ne voudrais pas le réaliser et je ne veux pas le voir.

Sorcerer

De votre point de vue, pensez-vous que l’échec commercial de Sorcerer a pu être une étape inévitable de votre carrière, comme chez d’autres réalisateurs : Ridley Scott avec Blade Runner, Michael Cimino et La Porte du paradis ou Coppola et Coup de cœur ?

Ce sont des expériences identiques. Si c’est inévitable ou pas, je ne pourrais pas le dire. C’est un film que je voulais faire. Personne ne m’a collé un pistolet sur la tempe en m’obligeant à le faire. Et du coup ça a été un instrument de destruction à l’époque. Et maintenant il est de retour et bien accueilli. Est-ce que c’était inévitable ? Non, je pouvais l’éviter. Je n’y étais pas obligé. Mais j’ai décidé de le faire pour des raisons que je ne comprends toujours pas. Quand j’écrivais mon livre, j’ai réfléchi pour chercher une explication à cela.

Vous êtes désormais très attaché à la restauration de vos films, vous l’avez fait avec Sorcerer, French Connection…

L’Exorciste

Vous avez découvert un nouvel univers avec la restauration numérique.

Oui ils font de merveilleuses copies numériques maintenant. Et je tourne maintenant avec une caméra numérique, parce que contrairement au 35mm, il n’y a pas de saletés sur la copie, pas d’éraflures, pas de fissures quand le film casse dans le projecteur. Et vous pouvez faire davantage de choses en post-production avec une photographie numérique pour vous rapprocher de vos idées d’origine, sur le bleu du ciel ou le vert de la forêt. Vous pouvez maintenant contrôler cela. Avec le 35mm vous ne pouviez pas.

Au niveau de l’étalonnage, vous avez pu rapprocher Sorcerer de ce que vous vouliez faire au départ. Mais voudriez-vous aller plus loin avec d’autres films ? Dans une précédente masterclass, vous parliez du peintre Bonnard qui allait modifier ses peintures à l’Orangerie, êtes-vous aussi toujours d’humeur à modifier vos films jusqu’au bout ?

Eh bien, il y a toujours de nouveaux procédés et sûrement très bientôt, les procédés numériques seront encore améliorés et j’aimerais revisiter tous mes films quand cela arrivera, si je suis toujours en vie. Vous savez, les films ont commencé sur des pellicules de nitrate, et ça s’enflammait souvent dans le projecteur. Ensuite ils ont découvert des pellicules de sécurité, en 35mm à une vitesse de 24 images par secondes. Et pendant plusieurs années, il n’y avait que le film de sécurité. Et c’est la meilleure chose jusqu’à maintenant. Il reste encore de nombreux réalisateurs qui pensent que le 35mm est la manière la plus pure de faire des films. Mais c’est des conneries. Je ne mords pas à ça. Je ne veux pas voir un film plein d’éraflures et de saletés qui ne devaient pas s’y trouver, une pellicule qui pâlit. C’est si dur de développer une copie qui ressemble à la suivante à cause de la différence de fabrication des bains de développement et la fluctuation de l’électricité. Tout ça influe sur le rendu de chaque copie, elles sont toutes différentes. Je n’ai jamais eu une parfaite copie de pellicule 35mm. Elles changeaient toujours à cause des limites du procédé. Mais maintenant, avec le numérique, il est possible de se rapprocher de la perfection.

Après cette nouvelle sortie de Sorcerer, avez-vous maintenant une priorité parmi vos anciennes œuvres, qui n’a pas encore été restaurée ?

Police Fédérale Los Angeles. J’aimerais le restaurer numériquement avec un blu-ray. J’ai déjà fait un DVD, mais pas encore le blu-ray, et il serait temps.

J’ai le blu-ray du film, c’est la même chose que le DVD ?

Presque. Ça n’a pas été fait en 4K, mais en 2K. Et je vais faire Police Fédérale Los Angeles en série télé pour TNT. Ça sera à propos des services secrets de L.A., mais c’est tout. Il y aura de nouveaux personnes, une nouvelle histoire et de nos jours et non plus en 85 comme quand je l’ai réalisé. Mais avant tout ça, je vais faire une restauration sur DCP et un nouveau blu-ray.

Pendant les années 80, votre chemin a croisé celui du réalisateur Michael Mann…

[Il me coupe] Je ne connais rien des films de Michael Mann. Je le connais lui et l’apprécie beaucoup. Mais je ne connais pas ces films aussi bien. J’ai vu Le Solitaire, je ne m’en souviens pas. Je me rappelle certains passages. J’ai vu quelques épisodes de la série télé qu’il a produite, Miami Vice, mais pas ceux qu’il a réalisés. J’ai aussi vu Le Dernier des Mohicans que j’ai beaucoup apprécié. Que voulez-vous me demander à son propos ? Je ne suis pas un expert de ses œuvres, même si je l’aime bien.

C’était surtout à propos des thèmes similaires que vous avez tous deux abordés dans les années 80.

Je ne connais pas du tout ses thèmes, je n’en ai aucune idée.

Sorcerer

Vous avez un cinéma qui est très atmosphérique, et vous aimez le numérique. J’aimerais savoir ce que vous pensez de la 3D.

La 3D est complètement inutile pour moi et ça me sort entièrement de l’histoire. Les arts visuels sont fondés sur l’illusion de la 3e dimension dans une image bidimensionnelle. Un grand tableau n’a que deux dimensions, la hauteur et la largeur. Et pourtant il peut créer une illusion de profondeur. C’est pareil au cinéma. Les films merveilleusement photographiés, comme Le Trésor de la Sierra Madre, ou Citizen Kane, L’Etalon noir, ce que vous voulez. Blade Runner ! Blade Runner est un film magnifiquement photographié comme 2001, de Stanley Kubrick. Ils n’ont pas été tournés en 3D, mais ils ont un aspect tridimensionnel et ça c’est tout l’art de la photographie. Elle donne l’illusion de la 3e dimension. Pourquoi voudriez-vous quelque chose de superficiel quand cela joue contre la forme artistique qui vous donne déjà l’illusion de la 3e dimension. Je trouve que la 3D réduit les personnages, transforme tout le monde en nain dans un plan large. Parmi tous les grands films que j’ai vus, aucun n’est en 3D. Je ne tournerai jamais un film en 3D. Si quelqu’un m’offrait 100 millions de dollars pour mettre L’Exorciste en 3D, ou Sorcerer, je refuserais, je ne le ferais pas. Je n’aime pas ça. C’est juste un gadget pour faire oublier aux gens qu’ils regardent une histoire et juste : « Oh regardez ! C’est en 3D ! ». La vraie 3D est une fausse 3D avec les lunettes. Vous devez porter une paire de lunettes débiles et avoir l’illusion d’une 3e dimension. Je préfère avoir la réalité d’une bonne histoire et de bons personnages.

Alors que vous débutiez votre carrière, vous avez rencontré Howard Hawks, je crois ?

Oui je l’ai rencontré une fois, avec sa fille qui était ma fiancée. Il ne l’avait pas vue pendant 17 ans. Il vivait en Californie et sa fille et moi vivions à New York. Un jour elle a reçu un coup de téléphone de sa part. Il ne l’avait pas vue depuis qu’elle était enfant et il l’a invitée à Hollywood pour la rencontrer dans un restaurant appelé Chianti. Elle a dit « Je peux amener mon petit copain, « Daddy » ? » Elle l’a appelé « Daddy », alors qu’elle ne l’avait pas vu depuis 17 ans. « Mon copain est réalisateur aussi ». Il a dit « Bien sûr, amène-le ! ». Donc nous l’avons rencontré dans ce restaurant et j’ai passé peut-être deux heures avec lui et c’est tout.

Vous avez raconté qu’il vous avait conseillé de faire des films d’actions.

Il a effectivement dit ça. Il ne m’a pas dit de faire The French Connection, il connaissait tout de la French Connection. Mais il m’a dit : « Tu es donc réalisateur aussi, c’est ça fiston ? ».

J’ai dit « Oui, Monsieur ».

« Quel était ton dernier film ? »

C’était Les Garçons de la bande.

Il m’a demandé « C’est une comédie musicale ? ».

J’ai dit « Ça ressemble à ça mais ça n’en est pas une ».

Il m’a demandé « Qu’est-ce que ça raconte ? ».

« C’est à propos d’une fête d’anniversaire qu’un groupe d’homosexuels organise pour un de leurs amis. Il y a 9 hommes dans le film et au moins 8 d’entre eux sont homosexuels et le neuvième l’est peut-être. »

Il m’a fixé pendant longtemps, parce que les droits des homosexuels n’étaient pas à l’époque ce qu’ils sont maintenant. Je pense qu’il se demandait si je n’étais pas gay. Je ne sais pas à quoi ils pensaient. Et il m’a dit « Mon garçon, t’as pas envie de faire des films comme ça ! Tu veux faire des films d’action. C’est ce que les gens veulent voir. Une bonne comédie, ou un bon film d’action, c’est ce que tu dois faire. » Et j’ai répondu « Merci Monsieur ». Et je n’avais aucune idée de ce que serait mon prochain film. Il s’est avéré que ça allait être French Connection. Et dans de nombreux entretiens qui ont suivi, il a dit à tout le monde que c’était lui qui m’avait suggéré de faire French Connection. Mais ni lui ni moi ne savions ça à l’époque. Et je n’ai pas pris son conseil tout de suite. Je savais que les gens préféraient les comédies ou les films d’action, mais pour moi, Les Garçons de la bande était un grand scénario, et certains passages étaient très drôles et le reste ne l’était pas. C’était la seule rencontre qu’on ait eue. Et puis des livres sont sortis à son propos, à propos de cette rencontre. On s’est vus pendant deux heures, et quand on est rentrés dans le restaurant il n’avait pas vu sa fille Kitty, c’était son nom, pendant toutes ces années, il s’est levé, il était très grand, mais il ressemblait à un grand bébé, il avait peu de cheveux, pas du tout de rides sur le visage, il était tout rougeâtre, car il avait été beaucoup au soleil. Il avait un paquet dans les mains, c’était un sac, et la première chose qu’il a dite à sa fille depuis si longtemps était « Je t’ai apporté un cadeau », elle a dit « Oh merci Daddy ! ». C’était deux chemises d’homme qu’elle m’a données et que j’ai toujours. Ce qui lui était passé par la tête en lui offrant ça, je n’en ai aucune idée. Mais il a fait plein de bons films d’action et de comédies. C’était un grand réalisateur.

Du coup, vous auriez un conseil à donner à la nouvelle génération de réalisateurs ?

Oui ! Faites beaucoup de films gays ! Ou faites des films dans lesquels vous croyez, si vous le pouvez. Et si vous ne pouvez pas, faites les films que les autres veulent et qui seront produits. Pour être réalisateur, vous devez pratiquer l’art de réaliser. Vous n’êtes pas un réalisateur si vous ne tournez pas de films. C’est aussi simple. Mais essayez de faire les films que vous voulez faire. Et aujourd’hui vous avez l’opportunité en tant que jeune réalisateur que je n’ai jamais eue. Vous pouvez aller vous acheter une caméra aussi petite que ça [il montre le petit enregistreur de son], et tourner des vidéos numériques. Et vous pouvez prendre ce que vous avez tourné et le connecter à votre ordinateur, même IPad, et vous pouvez le monter. Il n’y a plus de chambre noire, il n’y a presque plus de laboratoires, seulement quelques-uns développent encore le 35mm. Vous pouvez maintenant acheter une caméra, ce que je n’ai jamais pu. Vous pouvez avoir un ordinateur, ce que je n’ai jamais eu, tourner et monter votre propre film, ajouter une musique, le poster sur Youtube ou autre site internet et les gens le verront. Et si c’est bon, vous pourriez trouver plus de travail. C’est ce que je ferais aujourd’hui si je commençais maintenant. J’achèterais une petite caméra, le monterais sur mon ordinateur domestique, et le mettrais sur Youtube.

Interview réalisée par Marc Moquin.

Remerciements à The Jokers et La Rabbia.