Interview : Kim Yun-seok, acteur de Sea Fog

de le 30/03/2015
 
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De passage l’année dernière à Paris pour présenter Sea Fog au Festival du Film Coréen, l’excellent Kim Yun-seok, acteur principal du film mais vu également dans The Chaser, The Murderer ou Hwayi a Monster Boy, nous avait accordé un peu de son temps.

L’an dernier nous avions le réalisateur LEE Joon-ik venu présenter son film Hope et faire une masterclass. Qu’est-ce que l’on ressent quand on apprend que l’on va faire une masterclass à Paris ?

Je ne sais pas vraiment comment va se dérouler ma masterclass, mais c’est grâce au FFCP (qui consacre sa nouvelle section Focus aux films dans lesquels a joué l’acteur) que je me retrouve à Paris. Je suis très content et honoré de pouvoir échanger avec le public français.

Vous avez 20 de carrière au cinéma, mais vous avez commencé avant au théâtre. Qu’est-ce qui vous a poussé vers le cinéma ?

Je ne pense pas avoir une carrière d’avant, en tant que comédien pour le théâtre, et maintenant une autre comme acteur pour le cinéma. Le théâtre est quelque chose que je porte toujours dans mon cœur car c’est là que j’ai commencé à incarner mes premiers rôles. Le théâtre est un terrain sur lequel je peux retourner quand je veux, même si je ne peux plus y porter autant d’attention qu’avant avec ma carrière d’acteur. Il y a bien sûr la question des revenus réguliers et plus importants au cinéma. Néanmoins, le cinéma peut garder une trace de mon travail. Je peux voir comment j’étais avant, comment j’ai joué dans tel ou tel film. C’est ça que je trouve de plus intéressant dans le cinéma.

Votre intervention au Festival sera précédée par une projection de The Chaser de NA Hong-jin. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?

C’est grâce à The Chaser que j’ai pu venir la première fois en France, parce qu’il a été présenté au Festival de Cannes. C’est un film qui représente beaucoup de choses pour moi. Il a été mon premier rôle principal et m’a permis d’accéder à une renommée internationale, je suppose. Il m’a dont permis d’échanger pour la première fois sur mon travail avec les publics autour du monde, au-delà de la barrière de la langue.

Vous incarnez aussi bien des gentils que des ordures, mais toujours des personnages complexes et non figés. Qu’attendez-vous des rôles que l’on vous propose ?

Parmi les films dans lesquels j’ai joué qui ont été présentés à l’étranger, la plupart ont des rôles complexes, entre des méchants mais pas si méchants que ça et des gentils par si gentils que ça. Néanmoins, ce que les réalisateurs souhaitent souvent voir en moi, avec ce côté mitigé d’un personnage très marqué et qui, quoi qu’il arrive ensuite, va jusqu’au bout de ses pensées.

Kim yun seok the chaserQu’est-ce qui vous convainc le plus pour choisir un film ? L’histoire, le réalisateur, le personnage qui vous est destiné ?

Ce qui importe le plus pour moi c’est le scénario. Je veux vraiment voir ce que raconte l’histoire et quel message elle veut faire passer.

Que possède SHIM Sung-bo que les autres réalisateurs avec qui vous avez travaillé n’ont pas ?

Difficile à dire (rires). Je trouve qu’il a ce côté particulier de pouvoir aller très loin dans la violence. Par exemple, dans les scènes de conflit entre les personnages, l’important n’est pas forcément là où ça va exploser, mais SHIM Sung-bo arrive à pousser assez loin dans les sentiments et l’émotion pour que ça en devienne assez pervers en fin de compte. Comme Sea Fog est son premier film, je ne sais pas comment son style va évoluer plus tard. Mais j’aimerais qu’il garde cette particularité comme une marque de fabrique.

C’est cela qui vous fascinait dans Sea Fog, ce personnage pas si mauvais au début qui finit dans une descente aux enfers ?

On pourrait s’imaginer un destin aussi tragique que celui du capitaine de ce bateau ailleurs que sur la mer. Finalement, on a l’impression que l’on vit une vie face à nos propres choix. Mais en réalité, est-ce que c’est vraiment le cas ? On a parfois à faire face à des situations où l’on n’a pas forcément le choix et c’est cela aussi qui m’intéressait dans ce film.

Vous avez joué dans certains des films coréens les plus importants de ces dernières années. Quand vous verra-t-on chez BONG Joon-ho, PARK Chan-wook ou KIM Ji-woon pour plus d’exposition à l’international ?

Les trois réalisateurs que vous citez sont vraiment des réalisateurs de première classe avec qui tous les acteurs coréens souhaiteraient collaborer. Mais je pense aussi qu’en Corée du Sud il y a beaucoup de nouveaux talents, notamment ceux qui sont en train de tourner des court-métrages ou de préparer leur premier long. Il doit y avoir parmi eux des personnalités très intéressantes avec qui je serais autant ravi de travailler.

A la fin de l’année on vous verra dans un biopic titré C’est si bon où vous incarnez avec l’acteur Jung Woo le même personnage mais avec 20 ans d’écart. Comme s’est fait votre travail d’interprétation en duo ?

La partie des 20 ans du personnage a été tournée en premier. J’ai pu ensuite observer les mimiques de Jung Woo, sa façon de parler, dont son corps s’exprimait à l’écran. Cela m’a beaucoup aidé pour tourner ma partie du film. L’idée n’était pas de faire du copier-coller. C’était un peu comme pour Le Parrain 2. Robert De Niro avait beaucoup regardé le jeu de Marlon Brando dans le premier film pour incarner la jeunesse de Vito Corleone dans le deuxième film. Je me suis un peu inspiré de cela.

kim yun seok the murdererVous préférez incarner les gentils ou les méchants ?

Je pense que c’est toujours le rêve pour acteur d’avoir la chance de pouvoir jouer aussi bien les rôles sombres que lumineux. Je ne dirais pas que j’ai une préférence pour l’un ou pour l’autre, mais je pense qu’avec l’âge (rires) je pencherais plutôt du bon côté.

En plus qu’acteur, vous avez été scénariste sur South Bound. Comment s’est faite la transition d’acteur à scénariste ?

Ce n’était pas quelque chose de tout à fait nouveau pour moi. Tout simplement parce que lorsque j’ai fait du théâtre, j’ai fait également de la mise en scène et écrit des scénarios. J’avais déjà travaillé sur l’écriture et la réécriture de scénarios avec d’autres collaborateurs et j’étais donc déjà familier avec cet exercice.

Acteur, scénariste… Devenir réalisateur vous intéresse aussi ?

Je ne peux pas dire que je n’y pense pas, forcément. C’est quelque chose qui est solidement ancré en moi. J’ai plein de projets en tête, mais je crois qu’il est encore trop tôt pour en parler.

Après C’est si bon, dans quels genres de personnages vous verra-t-on prochainement ?

Je viens juste de finir de tourner un film qui s’intitule The Classified File. C’est un film policier basé sur des faits réels où je suis un inspecteur qui travaille sur le kidnapping d’une petite fille.