George Clooney: Un Regard Sur L’Amérique

de le 05/12/2017
 
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George Clooney réalisateur c’est mine de rien déjà cinq films en l’espace de quinze ans. L’homme multi-casquettes a su séduire la critique dès son premier film de metteur en scène, Confessions d’un homme dangereux. Depuis il a développé une œuvre qui ne cesse de s’aventurer dans des genres divers tout en posant un regard sur la société américaine. Bienvenue à Suburbicon, son dernier bébé en date, ne fait pas exception à la règle. Le réalisateur montre un aspect sombre de l’Amérique de la fin des années 50 en adoptant un ton grinçant et cynique. En grattant derrière les apparences, Clooney prend un malin plaisir à faire tomber les masques et casser les images de gens bien sous tous rapports. Avec une distribution magistrale (Damon et Moore en tête), Bienvenue à Suburbicon joue avec sincérité et maladresse la carte du polar, du décalage et de la critique sociale. A trop en faire, le film ne choisit pas franchement son camp et rate en partie sa cible. Mais, pour autant, Clooney et ses acteurs ont du savoir-faire et nous entrainent dans leur histoire. Le film, bien qu’hybride, comporte bel et bien les éléments majeurs de l’univers de Clooney réalisateur.

 

Faire un cinéma engagé

Parce que l’homme est lui-même très engagé politiquement et socialement, George Clooney ne pouvait éviter de faire un cinéma citoyen, qui porte un regard critique et sans concession sur l’aptitude du pouvoir à bafouer l’ordre moral. Good night and good luck revient sur le maccarthisme, place haut la liberté d’expression puis interroge les médias sur leur rôle et leur capacité à prendre position pour des valeurs fondamentales. Des hommes face à la censure. La force du cinéma de George Clooney est justement de ne pas en faire trop et vouloir toucher au plus juste. Les marches du pouvoir pointe les désillusions du réalisateur face à la machine politique (y compris démocrate alors qu’il l’est ouvertement) où pouvoir est signe de compromission. Bienvenue à Suburbicon montre une Amérique en apparence propre sur elle mais qui perd tous ses repères bien-pensants lorsqu’une famille de couleur noire vient s’installer dans le voisinage. Le cinéma de Clooney s’avère plutôt sombre, voir cynique. Au fond, le choix de Confessions d’un homme dangereux en tant que premier film est peut-être significatif. A travers l’histoire vraie d’un producteur de show TV ayant une double vie de tueur pour le gouvernement, entre fait divers et légende, mensonges et vérités, c’est une Amérique schizophrène qui est mise à l’honneur. Et tout le talent d’un cinéaste qui s’exprime.

Regarder le passé

La particularité de presque toutes les réalisations de Clooney est de s’intéresser à une période passée. L’Histoire étant source d’histoires, on plonge dans les années 50 avec Good night and good luck (pour le maccarthysme) puis Bienvenue à Suburbicon (pour pointer le racisme virulent), dans les années 20 avec la comédie Jeux de dupes (une parenthèse purement récréative dans la carrière du réalisateur), les années 40 en pleine seconde guerre mondiale pour Monuments men (où il est question de sauver un patrimoine culturel) ou les années 70 pour Confessions d’un homme dangereux (portrait d’une société paranoïaque). Pour autant, ce n’est pas tant de donner une leçon d’histoire qui mobilise Clooney sur ses sujets mais bien de faire écho au présent parce que les thématiques font encore sens aujourd’hui.

Dépasser ses influences

George Clooney réalisateur ne peut renier ses inspirations, à commencer par les cinéastes qu’il a lui-même côtoyé en tant qu’acteur. Steven Soderbergh laisse planer son ombre sur les deux premières réalisations de Clooney (il est d’ailleurs co-producteur de Confessions d’un homme dangereux). Le goût de l’expérimentation du cinéaste porte Clooney à faire de ses deux premiers films sans doute ses œuvres les plus audacieuses et originales. Le noir et blanc de Good night and good luck (et l’esthétisme général du film) renvoie au cinéma de Soderbergh. Pour Jeux de dupes, l’influence est côté comédie américaine des années 50 (Howard Hawks, Billy Wilder ou Frank Capra). Pour Bienvenue à Suburbicon, le cas est plus particulier. L’inspiration vient clairement du cinéma des frères Coen, et c’est d’autant plus notable qu’ils sont auteurs du scénario original que Clooney a ensuite adapté. On sent la patte décalée des deux frères dans certaines situations et personnages qui renvoient à leur cinéma, mais Clooney a fait un film plus sérieux, plus ancré dans le premier degré. Il y a amené un sujet qu’il souhaitait traiter (le racisme en l’occurrence) et le mélange est surprenant. Pas forcément dans le bon sens puisque le film parait un peu hybride à vouloir traiter deux sujets à la fois, mais les thématiques du réalisateur sont bien présentes. Sur toute sa filmographie, les influences sont là, mais George Clooney réalisateur a, dès son premier film, trouver un chemin bien à lui.

Parcourir les genres

Thriller paranoïaque, drame, comédie romantique, polar politique, aventure historique, film noir tragi-comique… le cinéma de Clooney navigue entre plusieurs genres cinématographiques. Une manière de toujours vouloir se renouveler ? Sans doute. Les histoires vraies sont pour lui de véritables matières premières qu’il utilise abondement. Le genre est un moyen parfait d’explorer ces histoires et de se les approprier et, s’il y a des genres avec lesquels le réalisateur se montre moins à l’aise (Monuments men est sans doute son film le plus faible à ce jour), il affirme néanmoins un goût constant pour l’expérimentation. Mais, si ses premiers films apparaissaient solides, les derniers semblent se chercher un peu. Espérons donc que le cinéaste continue d’explorer mais trouve à nouveau le ton juste, celui qui lui ressemble le plus. En tout cas, réussis ou imparfaits, les films de George Clooney ont au moins un atout indéniable : la sincérité.