Yakuza Apocalypse (Takashi Miike, 2015)

de le 06/09/2015
 
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Le nouveau film de Takashi Miike contient toutes les tares du cinéma de son auteur et toutes ses qualités. En résulte un film bâtard, très convenu dans sa première moitié avant de verser sans retenue dans la comédie potache façon Sushi Typhoon dans la seconde. Nouvelle folie sans queue ni tête de Miike ou vrai film intègre du début à la fin ?

Yakuza Apocalypse 1Quoi qu’en disent ses détracteurs, Takashi Miike n’a pas seulement prouvé son talent de cinéaste au sein de ses œuvres dites sérieuses comme 13 Assassins ou sa version d’Hara-Kiri, des films comme Ichi the killer ou Sukiyaki Western Django par exemple, versaient pleinement dans l’hystérie si caractéristique de leur auteur sans pour autant se détourner de leur concept et en restant fidèles aux univers qu’ils mettaient en place. Parce qu’au fond, qu’est-ce qui différencie un Sono Sion comme Why don’t you play in hell ?, qu’on pourrait ranger dans la même catégorie de « folie japonaise », d’un Takashi Miike comme Dead or Alive ? Tout simplement la tenue générale de l’entreprise. Même si Sion est clairement un cinéaste impulsif, ne refrénant jamais ses idées et ses envies, aucun de ses films ne fait vriller les thèmes qu’il choisit d’aborder en premier lieu. Du début à la fin, et malgré les nombreux personnages, les multiples intrigues et rebondissements, Why don’t you play in hell ? est et reste un jeu sur la fiction et une déclaration d’amour envers celle-ci et l’acte de filmer (tout est dit dans ce plan du travelling avec la caméra dans une main et la mitraillette dans l’autre). Conserver une logique, une intégrité par rapport à son sujet et l’envie de cinéma qui sous-tend le film, ce que Miike parvenait à faire dans son sublime Big Bang Love, Juvenile A mais manqua à nombre d’autres occasions, détruisant souvent ce qu’il proposait initialement. Si on pouvait apprécier cette démarche dans Dead or Alive, le final en mode DragonBall prenant véritablement à court le spectateur, on est dorénavant plus vraiment surpris par ce genre de retournement dans son cinéma. Yakuza Apocalypse est malheureusement totalement dans cette veine schizophrénique, se scindant de nouveau en deux films distincts. D’un côté un récit intéressant sur la révolte des habitants contre les yakuzas, de l’autre le combat infernal entre un vampire indestructible et un homme grenouille.

Yakuza Apocalypse 2

Difficile de ce fait d’envisager Yakuza Apocalypse comme une seule œuvre tant les deux pans se contredisent. D’un côté, un récit tendu et légèrement déluré, de l’autre une bouffonnerie hilarante que n’aurait pas renié le Yoshihiro Nishimura de Vampire Girl vs Frankenstein Girl (ici c’est Kermit The Frog vs The Yakuza Vampire). Reste de ce film double et à moitié raté, quelques séquences marquantes comme on en trouve dans tous les films de Miike. Ici, on notera tout particulièrement une séquence ou se mêlent absurde et malaise alors que des hommes sont attachés entre eux dans l’arrière-cour d’un bar miteux, occupés à faire de la couture jusqu’à ce que le patron vienne leur écraser les pieds pour tester leurs réactions afin d’en choisir un pour l’égorger dans la pièce voisine. L’hystérie du cinéma de Miike est à prendre ou à laisser, soit elle surprend et impressionne, soit elle lasse et ennuie.

Yakuza Apocalypse 4Tout comme le film qu’il présenta à l’Étrange Festival l’année dernière, Over my dead body, Takashi Miike peine à trouver un rythme aux histoires qu’il veut raconter. C’est d’ailleurs intéressant, et peut être un peu subjectif, d’attester que dans les meilleurs travaux du cinéaste compte deux œuvres au format plus court. En effet, l’épisode qu’il réalisa pour la série des Masters of Horror intitulé Inprint (le seul épisode jugé trop choquant pour être diffusé, excusez du peu) ainsi que le moyen-métrage issu du film à sketches 3 extrêmes profitent au maximum de la durée resserrée du média qu’ils investissent, Miike apprivoisant ce temps réduit avec brio. Forcé à être plus rigoureux dans la tenue de son scénario, ces deux sublimes moyens-métrages confirment l’excellence du réalisateur lorsqu’il doit se refréner et synthétiser ses idées.

Yakuza Apocalypse 3

Yakuza Apocalypse, sur ses deux heures de durée, ne parvient évidemment pas à contrer cette tendance à la dispersion et ennui autant qu’il amuse. Le film devient en effet véritablement plaisant dès lors qu’il abandonne son sérieux malvenu pour verser corps et âme dans le débile profond, moquant la culture américaine (de E.T. à Twilight) et le monde des yakuzas. Un résultat timoré donc et une petite déception venant d’un réalisateur trop prolixe pour viser juste la plupart du temps. Cela ne nous empêchera pas de garder un œil sur chaque nouveau délit du monsieur, qui sait, quelqu’un aura peut être la brillante idée de lui commander un moyen-métrage…

FICHE FILM
 
Synopsis

Kamiura est un chef Yakuza légendaire. On dit qu'il est immortel, en fait c'est un vampire, un chef Yakuza vampire ! Kageyama est le plus fidèle membre de son clan, mais les autres yakuzas se moquent de lui : sa peau est trop sensible pour être tatouée. Un jour, des hommes arrivent de l'étranger et lui délivrent un ultimatum : Kamiura doit retourner à un syndicat du crime international qu'il a quitté ou mourir. Kamiura refuse et son corps est démembré au terme d'une bagarre féroce. Avant de mourrir, Kamiura arrive à mordre Kageyama, lui transmettant ses pouvoirs. A son réveil Kageyama, va se servir de ces pouvoirs pour venger la mort de son chef et combattre ce syndicat international du crime.