X-Men: Days of Future Past (Bryan Singer, 2014)

de le 17/05/2014
 
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Après dix ans de suites, préquelles et autres dérivés à la qualité très variable, Bryan Singer revient à la franchise des mutants qu’il avait lancé en 2000. Un come-back espéré par les fans de la première heure, y voyant le signe d’un retour à ce qui faisait la force des deux premiers films : un univers pris au sérieux produisant du sens.

x men days of future past 1L’enfant prodige est de retour. On peut adorer, détester ou ignorer l’œuvre de Bryan Singer, mais c’est un réalisateur qui possède une qualité si rare dans l’univers des comic-book movie qu’il peut passer aisément pour un surdoué. Cette qualité, c’est le bon sens commun.

Ainsi, bien avant que la vague des films de super-héros ne soit qualifiée d’overdose par les médias français (sic), Singer a construit un univers en partant de zéro. La seule référence qu’il avait en dehors des centaines de milliers de comics X-Men, c’était la note d’intention de Richard Donner sur le premier Superman. Celle-ci peut se résumer ainsi : quoi que l’histoire raconte, aussi farfelue et impossible soit-elle, la mettre en scène avec autant de vraisemblance possible. Ce qui implique de ne pas balancer une punchline à chaque dialogue. De ne pas se moquer du caractère fantastique et extraordinaire de l’histoire, mais au contraire les filmer en transmettant un sens du merveilleux tout en préservant l’aspect humain et concret des situations et des personnages. Les films prenant le plus au sérieux les comics sont les meilleurs, et Days of Future Past ne déroge pas à la règle.

Cette vision a impliqué en 2000 de repenser intégralement l’univers des mutants pour mieux le traduire au cinéma. Il a conservé tout ce qui l’arrangeait pour pouvoir parler au plus grand public possible sans jamais perdre de vue le sens intime des comics, leur propos. Car ce que raconte X-Men, ce n’est pas une banale équipe de super-héros qui sauvent le monde, c’est l’histoire de toute personne qui a été jugée marginale par la société et qui a du se battre pour faire valoir ses droits. L’histoire de Charles Xavier et Magneto reflète donc facilement le parcours de Martin Luther King et Malcolm X, des droits civiques, des juifs pendant la seconde guerre mondiale ou encore des musulmans aujourd’hui ou de la communauté LGBT et ainsi de suite.

X-Men : Days of Future Past

Bryan Singer a parfaitement intégré ce propos et ses thèmes adjacents dans ses deux premiers films X-Men, et c’est très exactement ce qui a été abandonné par tous les films qui ont suivi dans la franchise, à l’exception de First Class de Matthew Vaughn, dont le traitement avait été signé par… Bryan Singer.

X-Men Days of the Future Past avait donc plusieurs objectifs : retrouver l’esprit de la franchise, ses thèmes, renouer avec le sens des comics et dans une mesure plus pragmatique et industrielle, démontrer le potentiel attractif de blockbuster de l’univers mutant.

Pour ce faire, il adapte une histoire courte des comics (à l’image de Dieu crée, l’homme détruit qui avait servi de base au traitement de X-Men 2), qui racontait comment un futur post-apocalyptique dominé par des robots géants tueurs de mutants, les sentinelles, avaient asservi l’humanité entière après avoir parqué les mutants dans des camps de concentration, et dont les derniers X-Men encore vivants envoyaient un des leurs voyager dans le passé pour empêcher l’élément initiateur de ce futur de se produire. Si l’histoire vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal puisqu’elle a énormément influencé James Cameron pour écrire le scénario de Terminator. Les points de raccord sont d’ailleurs si évidents que l’ouverture du film, situé dans un futur se déroulant uniquement de nuit, rappelle forcément les introductions du père d’Avatar.

X-Men : Days of Future PastL’esprit de Wolverine est donc renvoyé dans son corps du passé dans les années 70, 10 ans après les événements de First Class, pour empêcher le meurtre d’un raciste illuminé, Bolivar Trask (joué par un Peter Dinklage fabuleux), dont le martyr amena a créer les sentinelles du futur. Pour retrouver la meurtrière présumée de Trask, Mystique, Logan va devoir recruter les jeunes Charles Xavier et Erik Lensherr en tentant de les réunir à une époque où tout les séparent. Mais Xavier est devenu un junkie en perte totale de foi à l’image de son époque et Magneto est détenu au Pentagone dans une forteresse imprenable. Parallèlement, Mystique mène sa propre croisade pour libérer les mutants, torturés et massacrés par Stryker, commandité par Bolivar Trask. Une course contre la montre se met en place et comme si ça ne suffisait pas, des milliers de sentinelles invincibles attaquent dans le futur les derniers X-Men, où le corps de Wolverine est protégé coûte que coûte.

Ainsi les personnages se croisent, les thématiques jouent sur les symétries passé/futur ou leurs contraires et les enjeux se multiplient au fil de l’intrigue. D’un scénario extrêmement casse-gueule aux très nombreux personnages et ramifications, Bryan Singer réussit le miracle de l’équilibre en collant à un groupe réduit de personnages principaux et en ne perdant jamais de vue son propos. Logiquement, le futur n’est développé qu’en cas d’utilité narrative et le film se concentre sur le passé avec quatre axes autour de ses stars : Xavier cherchant l’espoir, Magneto devenant un radical, Mystique face à son libre-arbitre et Wolverine au milieu d’eux en servant d’accroche au regard du spectateur, qui sait ce qu’ils vont devenir et tente de les guider avec son expérience.

X-Men Days of Future Past

Loin de tirer dans tous les sens à l’aveugle, Singer harmonise les trajectoires des arcs narratifs en alternant entre dialogues intimistes, pure exploitation du genre et macro-télescopage avec le cours de l’Histoire, en pleine période Nixon, avec sa culture, sa musique, ses couleurs et son esthétique.

Tout paraît évident dans Days of Future Past. Aucune cassure de rythme, aucune scène inutile, aucun plan qui ne soit pas justifié. Tout a un sens, et le film glisse comme du velours, en optant une direction généreuse dans l’action et le propos. Si on retient avec émotion l’ouverture de X-Men 2 avec Diablo, Singer l’égale et la dépasse même ici en livrant plusieurs morceaux de bravoure tout au long du film. L’introduction montre à elle seule ce quoi nous sommes en droit d’attendre d’un film de super-héros en terme de réalisation inventive (n’est-ce pas, Joss Whedon) en exploitant à merveille les pouvoirs de Blink, puis plus tard donne une séquence d’anthologie avec quicksilver qui se pose comme le mètre-étalon filmique de ce qu’on peut tirer d’un personnage pouvant se déplacer à super-vitesse (n’est-ce pas, Joss Whedon) et achève le film avec un double-final véritablement épique, l’un dans le passé, l’autre dans le futur. Et ce qui n’aurait pu être que divertissement pyrotechnique gratuit, est toujours rattaché aux thématiques : le racisme, la guerre, la peur de l’autre, la confrontation de l’idéal aux réalités et le combat permanent pour l’émancipation. Et cela, toujours en développant ses personnages, en faisant réfléchir le spectateur sans jamais l’ennuyer.

X-Men Days of Future PastLa technique du film est redoutable. Les effets spéciaux géniaux sont superbement mis en valeur par une direction de la photo irréprochable et le montage vise l’efficacité en laissant respirer l’émotion juste ce qu’il faut pour ne pas faire piétiner le rythme. Il faut aussi évoquer le casting de rêve, plein de surprises et dirigé à merveille pour que chaque apparition ne soit pas un clin d’œil facile mais un réel ajout à l’histoire. C’est un véritable plaisir de retrouver Patrick Stewart et Ian McKellen, les revenants de First Class s’améliorent (surtout McAvoy et Lawrence) et les nouveaux venus fonctionnent très bien, même Omar Sy, c’est dire.

La qualité primordiale de ce film, c’est donc sa réalisation. Son défaut, c’est de ne pas parvenir à éviter des incohérences. Singer tient à rectifier les erreurs des films qui lui ont succédé en enterrant leur continuité mais, il manque manifestement une poignée de lignes de dialogues pour expliquer certains raccourcis dans le futur : comment Xavier a reconstitué son corps après sa désintégration dans l’opus de Ratner ? Comment Logan a retrouvé ses griffes d’adamantium ? Comment Kitty Pryde (Ellen Page) a pu acquérir le pouvoir de faire voyager les esprits dans le temps ? Des détails, peut-être, mais qui auraient gagné à se justifier.

X-Men Days of Future Past

Il faudrait des heures pour décortiquer l’inventivité du film, se servant d’images tournées en 16 mm pour montrer des scènes tournées d’époque, retrouve la plastique d’un film d’espionnage des 70’s à la manière d’un Munich, référence Star Trek et ses nombreux voyages temporels (Singer est un trekkie accompli), insiste sur les justifications des personnages, distille des money-shots d’une beauté inouïe et termine son œuvre en donnant tout ce dont les fans des deux premiers films ont rêvé de voir depuis dix ans. Cerise sur le gâteau : une scène post-générique ouvrant l’univers mutant, non pas dans une logique de franchise à la Avengers, mais par les thèmes et enjeux agrandis d’un coup et dévoilés via un moment totalement hermétique pour le commun des mortels et vertigineuse pour les connaisseurs.

X-Men Days of Future Past s’impose comme un très grand film, le meilleur de la saga, généreux en forme comme en fond et démontre accessoirement une fois de plus la légitimité de Bryan Singer d’adapter les comics sans les copier-coller ou trahir leur sens. La seule pertinence est de conserver le propos en livrant le meilleur film possible. Il n’y à donc plus qu’à espérer que la Fox ne gâche pas tout une nouvelle fois en réduisant à néant les efforts extraordinaires pour remettre sur des rails solides une des sagas les plus intéressantes en salles aujourd’hui. D’une manière ou d’une autre, nous n’avons plus qu’à attendre l’Apocalypse promise.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un événement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.
La plus grosse production X-Men, par Bryan Singer. Un casting vertigineux qui réunit pour la première fois les acteurs des premiers X-Men et ceux de la nouvelle génération.