Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017)

de le 09/06/2017
 
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Ils revenaient de loin les héros de DC Comics ! Le sympathique Wonder Woman de Patty Jenkins n’effacera pas les précédents errements cinématographiques de l’univers qu’il partage, mais plus impliquée dans ses personnages, la réalisatrice parvient à mieux s’en tirer que ses camarades, malgré son écriture et sa mise en scène plombées par les codes imposés par de plus hautes instances dans un souci de cohésion nivelée par le bas.

Et dire que ce n’est pas fini ! Que l’on en est qu’aux premiers balbutiements d’une série de films qui partageront ce nouveau logo DC Comics bardé par toute sa galerie de super gens en combinaisons moulantes. Tout était à craindre pour ce Wonder Woman. Man of Steel, Batman V Superman, Suicide Squad, l’un après l’autre, ces (trop) long-métrages rivalisaient de lourdeur et/ou de bêtise pour le bien du cool. Censé nous offrir une saine concurrence aux standardisés de chez Marvel, Warner avait prévu de laisser ses auteurs faire en toute indépendance, quitte à donner une tonalité plus sombre à l’ensemble, plus adulte. Finalement, la réalité économique a rattrapé la valeur ajoutée artistique. Tout le monde ne peut prétendre à être Kevin Feige, le nouveau maître à penser d’Hollywood avec des franchises interconnectées qui s’étalent sur vingt ans à grand renfort de centaines de millions de dollars.

Comment alors Patty Jenkins a pu tirer (un peu) son épingle du jeu ? Rien ne semblait simple pour elle au départ. Remportant l’Oscar de la Meilleure actrice pour l’étonnante transformation physique de Charlize Theron dans son Monster en 2003, la réalisatrice s’était détournée du cinéma depuis toutes ces années. Patty Jenkins mit en scène plusieurs épisodes pour des séries télévisées. Ce fut surement le tremplin idéal pour revenir dans l’arène hollywoodienne. Il faut dire que les premiers essais entre des réalisateurs réputés et la machine Marvel ont rarement fait bon ménage. Ce n’est qu’ensuite que les producteurs n’eurent d’yeux que pour la télévision, cette pépinière de yes men en devenir qui accompliraient sans broncher leurs quatre volontés. De plus, à l’instar de la boutique de BD d’en face, Warner/DC Comics pensait bien faire en désirant qu’une réalisatrice se charge de Wonder Woman, comme un réalisateur afro-américain s’occupe de Black Panther… Vous voyez la logique ?

Il ne fut guère évident pour Patty Jenkins de proposer quelque chose d’intéressant dans ce monde de mecs balourds, de préjugés et dont le raisonnement est affolant de bêtise. Un peu comme Wonder Woman lorsqu’elle se retrouve plongée dans un film d’espionnage au milieu du Londres des années 1910. Ah oui, le film se situe plus ou moins pendant Batman V Superman, partant dans un long flashback sur comment la princesse Diana des Amazones est devenue Wonder Woman ! En traditionnel origin story, le scénario d’Allan Heinberg nous replace un bon gros premier acte bien inconséquent pour la suite des événements. Bien entendu, nous n’échapperons pas au poncif du récit ancestral donnant à la mythologie grecque des allures bien bibliques. Arrive alors l’île paradisiaque de Themyscira habité et protégé par un peuple de farouches guerrières anglophones appelées les Amazones. Une chance que Robin Wright soit dans la place, car nous n’aurions pas tenu longtemps avec ce jeu catastrophique du reste du casting ou un rendu aléatoire des effets visuels sur les séquences d’entrainement.

L’arrivée du personnage de Chris Pine amorcera enfin le début de l’aventure pour Diana, incarnée une fois adulte par une inégale Gal Gadot, et servira comme point de référence pour la suite du film : « ma chère, je vous explique ce qu’il se passe et les Allemands sont les méchants ! » Cette simplification ignare à l’extrême pour le spectateur américain qui a oublié l’existence de la Première Guerre mondiale. Retrouvons-nous un affreusement cabotin Danny Huston en très méchant méchant général ennemi qu’il faut abattre. Chris Pine manquant d’assurance et Gal Gadot en candide découvrant le monde moderne forment néanmoins un bon duo. Or, le film insiste parfois trop sur sa critique facile de la position infériorisée des femmes dans la société très machiste de l’Angleterre du siècle dernier. Sur ce décalage, Wonder Woman ne prend aucun risque, même si certaines mentalités masculines d’aujourd’hui semblent avoir encore plus régressé sur le sujet. Plus qu’un film féministe, c’est un film un tant soit peu humain. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas laissé le récit respirer un peu entre deux séquences assourdissantes et laisser les personnages exister en dehors de leur fonction, comme dans ce petit village français tout juste libéré.

Ces quelques séquences bienvenues ne font pas tout, d’autant que la guerre rattrape vite cette partie très inspirée du premier film Captain America. Mais quel dommage de n’avoir laissé plus de liberté à Patty Jenkins qui se doit singer le style Snyder pour les scènes d’action. Aussi agréable qu’une sirène de pompier, la stridente guitare électrique de Hans Zimmer revient même nous chatouiller les tympans au milieu de la fadasse bande originale de Rupert Gregson-Williams. Sans même s’en cacher, le combat final est d’ailleurs un copié-collé de celui de Batman V Superman et Wonder Woman, qui avait le moyen de se distinguer de ses adversaires par sa compassion, ne finit par triompher qu’en tapant plus fort sur eux de colère. Nous n’irons donc pas crier sur les toits que Wonder Woman est l’œuvre populaire la plus féministe de tous les temps, comme il voudrait le faire croire, mais d’avoir une super-héroïne à la tête du moins pire des épisodes cinématocatastrophiques DC Comics, c’est déjà beaucoup ! En attendant fébrilement le prochain Justice League

FICHE FILM
 
Synopsis

C'était avant qu'elle ne devienne Wonder Woman, à l'époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s'écrase sur l'île paradisiaque où elle vit, à l'abri des fracas du monde. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible fait rage à l'autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu'elle doit enrayer la menace. En s'alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l'étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.