White House Down (Roland Emmerich, 2013)

de le 02/09/2013
 
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Après un interlude vaguement auteuriste et franchement maladroit, Roland Emmerich revient au film d’action bourrin et bas du front. Si les moyens ne sont pas ceux de ses gros films de destruction massive, on retrouve les mêmes tares que sur ses films précédents. Pas très beau, brouillon, franchement bête, White House Down ne possède que quelques moments assez amusants sans jamais dépasser le statut de série B débile et un peu molle.

Hasard des calendriers, White House Down arrive quelques mois après La Chute de la Maison Blanche, actioner médiocre signé Antoine Fuqua. Les deux films partagent plus que leur titre (tout aussi proche en VO, Olympus has fallen signifiant littéralement que la Maison Blanche est attaquée) dans la mesure où leurs récits sont également très proches, avec un loser mis au placard qui deviendra le héros de la nation. Un schéma très orienté 80’s qui se traduit dans les deux cas par une approche peu inspirée. Là où le film d’Antoine Fuqua jouait sur la démesure et l’outrance, celui de Roland Emmerich semble viser une approche plus noble. Casting à la mode, terreur exacerbée de l’ennemi intérieur, budget colossal (autour des 150 millions de dollars, soit près du double de son film jumeau), de quoi assurer un spectacle pyrotechnique de haute volée. Sauf qu’avec Roland Emmerich, roi des bonnes idées devenues des films improbables, cela ne fonctionne pas. Et ce qui devait être une belle et bonne série B décomplexée n’est qu’une baudruche rigolote mais rapidement insupportable, sorte de nanar de luxe assez mal fichu.

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La volonté de rendre hommage, ou de reproduire, un schéma qui aura fait les beaux jours du cinéma d’action dans les années 80, jusqu’à remplir les étagères des vidéoclubs à ras la gueule, est tout à fait louable. Et d’ailleurs, dans un sens, le pari est totalement réussi. En effet, White House Down ressemble à tous ces actioners minables tentant vainement de copier les modèles de l’époque. Totalement anachronique, White House Down reproduit une formule faisandée et la reproduit assez mal. Difficile en effet pour Roland Emmerich de se prendre pour John McTiernan, les deux réalisateurs se situant à des années-lumière. Son dernier film n’est ni plus ni moins qu’un remake vaguement maquillé de Piège de cristal, et la comparaison fait d’évidents dégâts. Disparu le sens de l’espace de McT, évaporée sa science du montage, dans le caniveau son énergie pour filmer l’action et construire une ambiance. A tous les étages, White House Down est une pale copie sans intérêt qui ne parvient même pas à singer l’efficacité des punchlines. Mais le problème principal de la chose, outre son manque d’originalité flagrant, vient de sa piètre gestion de la rythmique. Trop long, trop mal découpé, White House Down est plus ennuyeux qu’amusant, ne bénéficiant que d’une poignée de séquences d’action pas si impressionnantes. Il y aura bien quelques fusillades sympathiques mais le gros de l’action, entre scène de poursuite en limousine (vieille obsession de Roland Emmerich, avec la destruction du Capitole) et destruction programmée d’hélicoptères ou de tanks, manque cruellement d’ampleur. Une sensation malheureusement appuyée par des effets numériques assez dégueulasses, là encore une constante chez le réalisateur incapable d’obtenir des équipes d’effets spéciaux un résultat convenable. White House Down, malgré ses moyens, est un film incroyablement approximatif. Un je-m’en-foutisme général qui pollue le film à tous les niveaux, de sa mise en scène à sa narration.

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Aucun effort sur le montage, désespérément plat et peu inspiré. Une réalisation tout juste passable et flemmarde, reproduisant des figures bien connues (et dans plans entiers de Piège de cristal), entrainant logiquement une absence totale de rythme. Autre problème, un manque d’enjeux dramatiques qui pose de vrais problème en terme d’identification. D’autant plus que Channing Tatum a beau rester éminemment sympathique et se glisser sans trop de problème dans la peau de l’action hero, il ne possède pas le quart du charisme de Bruce Willis et peine à composer avec un personnage lisse au possible. A ses côtés, Jamie Foxx livre une prestation étonnement sobre, jusqu’à devenir presque transparent. Ils font pourtant ce qu’ils peuvent dans ce film de glandeur qui s’amuse à se citer directement (Independance Day, sa plus belle destruction de la Maison Blanche) ou à jongler avec une imagerie devenue culte. A ce titre, son bad guy reproduisant le look du Bennett de Commando fait légèrement peine à voir. Il en va de même pour la succession de retournements de situation complètement téléphonés ou simplement du plan mis en place pour attaquer la Maison Blanche. Concrètement, un des lieux les plus sécurisés de la planète se voit mis en danger de façon absolument débile. Roland Emmerich multiplie ici les fautes, sort un étalage de clichés mal fichus pour ancrer son film dans notre époque, sans jamais penser à la cohérence de son propos. On retiendra quelques séquences vraiment amusantes, une poignée de scènes d’action qui impressionnent, mais globalement ce White House Down est un sommet de n’importe quoi, bien trop mollasson, et pas le film qui aurait pu participer à anoblir un peu plus la série B d’action.

FICHE FILM
 
Synopsis

Membre de la police du Capitole, John Cale vient de se voir refuser le job dont il rêvait : assurer la protection du président des États-Unis. Espérant éviter à sa fille une déception lorsqu’il lui apprendra la nouvelle, il l’emmène visiter la Maison-Blanche. C’est à ce moment qu’un groupe paramilitaire lourdement armé attaque le bâtiment. Alors que le gouvernement américain sombre dans le chaos, Cale va tenter de sauver sa fille, le président, et le pays tout entier…