White God (Kornél Mundruczó, 2014)

de le 06/09/2014
 
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Étrange Festival 2014 : compétition internationale.

Suivant les malheurs d’un chien abandonné, White God avait réussi à construire une analyse puissante sur la société hongroise dans ses deux premiers tiers. Mais perdu entre Dressé pour tuer et La Planète des singes, son réalisateur se mélange les pinceaux et achève son sixième long-métrage dans une fausse révolution canine contre l’humanité gâchant le message initial. Un film bête, au propre comme au figuré !

white god 4Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014, White God est le sixième long-métrage du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó et sans doute celui qui aura le meilleur parcours à l’international. Malgré que son précédent Tender Son fut aussi présenté à Cannes mais en compétition officielle, c’est son tout dernier film qui trouvera un plus fort écho car, au départ, White God touche à l’universel. Celui de l’animal de compagnie, du meilleur ami de l’Homme : le chien. En premier lieu, l’angle adopté par le réalisateur est celui du fantastique. On nous parle de révolte, que des chiens errants aient pris le contrôle d’une ville. Difficile de ne pas faire le lien avec les primates de la saga de La Planète des singes. Mais avec White God, nous ne sommes pas dans la science fiction. Le monde est bien réel.

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Kornél Mundruczó ouvre son film sur une séquence hypnotique d’une puissance terrible où une fillette parcourt à vélo une ville désertée, avant d’être rattrapée par une véritable vague de chiens la poursuivant. Une image de cauchemar que l’on comprend comme prémonitoire qui nous marquera au fer rouge et démarrera en trombe White God. Puis, le film change et se transforme vis-à-vis de la promesse initiale. Le récit suit Lili (Zsófia Psotta), la jeune fille du prologue, et son chien Hagen, un croisé labrador. Les deux aiment vivre à leur manière, alors que leur entourage a bien du mal à s’en accommoder. Le premier sera le père divorcé de Lili (Sándor Zsótér) qui aura la garde du duo pendant plusieurs semaines. Or la vie avec Hagen devient de plus en plus compliquée, d’autant qu’en Hongrie, la loi impose une lourde taxe aux possesseurs de chiens sans pédigrée. L’inévitable finit par arriver avec l’abandon d’Hagen au bord d’une autoroute et White God prend enfin le chemin qu’il devait prendre au départ.

white god 1Mundruczó dépeint la vie de chien que va traverser Hagen, errant seul dans la ville. Se basant sur un scénario qui pouvait faire office de drame pour tout public, le long-métrage s’enfonce, au contraire, dans une ambiance oppressante. L’une des séquences les plus cocasses sera une course-poursuite dans les ruelles de Budapest avec les hommes de la fourrière municipale, filmée comme une scène d’action d’un Jason Bourne. Mais suite à cela, le parcours de Hagen continue de basculer et l’animal va tomber entre les mains d’un dresseur pour les combats de chiens. De l’être pataud et aimant, il en ressortira en bête féroce irrécupérable. Déjà que pauvre Hagen n’avait pas sa place avant, cette fois il n’en a plus nulle part. Cette réflexion sur le sort réservé aux chiens qui ne sont pas de race pure est une terrible métaphore de ce qu’il se déroule politiquement en Hongrie. Ce message puissant porté, au départ, par White God tenait une solide résonance sociale, d’autant que les différents humains que croisera Hagen traduiront la même analyse d’une société hongroise raciste et xénophobe.

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Serait-ce le « Dieu blanc » dont parle le titre du film ? Ce rapprochement est plus difficile à percevoir qu’un simple anagramme à un long-métrage de Samuel Fuller, dont le titre français est Dressé pour tuer. Chez Fuller, le chien conditionné pour l’attaque dans le film n’avait aucune chance de rédemption et une seule issue s’offrait à lui. Chez Kornél Mundruczó, Hagen devient leader meurtrier d’une meute qui s’est échappé d’une fourrière et va spécifiquement se venger de ceux qui l’on maltraité. Pourquoi le réalisateur a-t-il opté pour cette révolte vengeresse dans le sang ? On pouvait sentir le vent tourner lorsque son récit revenait sur Lili au début du dernier tiers. Si le parcours de son chien était fort, le sien est d’une banalité confondante. Mais il s’agissait pour Mundruczó de faire revenir son personnage pour une confrontation finale qui ne conclut pas forcément le film. Aurait-il encore fallu déjà ne suivre que le parcours de Hagen, puis de choisir entre Dressé pour tuer et La Planète des singes. Cela aurait évité au réalisateur de brouiller son intention en racontant tout et son contraire dans un troisième acte poussif qui révèle malheureusement la véritable nature faussement politisée du projet.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili, 13 ans, adore son chien Hagen, mais son père l’abandonne dans la rue. Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen, livré à lui-même, découvre la cruauté des hommes. Il rejoint une bande de chiens errants prêts à fomenter une révolte contre les hommes. Leur vengeance sera sans pitié. Lili est peut-être la seule à pouvoir arrêter cette guerre.