White Bird (Gregg Araki, 2014)

de le 17/10/2014
 
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Tout juste dix ans après l’éprouvant Mysterious Skin, Gregg Araki se relance dans l’adaptation d’un roman. Cette fois, il s’agit d’Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke, un roman qui lui permet de renouer avec ses thèmes favoris : l’adolescence, l’absence, l’éveil au monde adulte et la cohabitation entre valeurs familiales et amicales. Tout en douceur, il signe une magnifique fable jouant avec les attentes et certitudes du spectateur, surprenante jusque dans ses dernières minutes.

White Bird 1White Bird est, dans un sens, assez proche de Twin Peaks. Eva Green y interprète une sorte de Laura Palmer dont l’absence sera le vecteur pour tout un faisceau d’informations. Elle n’est que très peu à l’écran alors qu’elle l’envahit dans chaque plan, permettant à Gregg Araki de développer de beaux personnages dans ce microcosme si normal et mystérieux à la fois. S’il est nécessaire de le préciser, l’actrice trouve dans ce personnage troublant un des plus beaux rôles de sa carrière, peut-être même le plus beau, sans qu’elle n’ait besoin de se dénuder, laissant simplement s’exprimer son accent, son regard acéré et son sourire carnassier. Elle est une mère de cinéma comme on n’en croise que très peu, complexe, fantomatique, digne de tous ces grands films s’articulant autour d’un personnage de femme disparue.

White Bird 2

L’autre étoile qui brille enfin à sa juste mesure est Shailene Woodley. L’actrice la plus en vue du moment dévoile enfin l’étendue de son talent, toute en subtilité et en fragilité, inscrivant le personnage de Kat dans la lignée des plus beaux personnages adolescents « arakiens ». Le film possède par ailleurs quelque chose d’assez étrange. Il est à la fois impersonnel pour le réalisateur, qui adapte ici un roman qui n’est pas le sien, tout en situant son action dans une période temporelle qui correspond complètement à celle qui l’a vu naître en temps qu’auteur. Ainsi, White Bird devient un pur film de Gregg Araki, même s’il évite ici l’orgie pop/punk qui peut le caractériser. Dans l’esprit, le film se montre assez proche de son magnifique Mysterious Skin, toutefois mille fois moins sordide. Mais il s’en dégage la même ambiance presque irréelle au moment de filmer le quotidien, les mêmes saillies surréalistes grâce aux séquences de rêve, la même douleur de l’apprentissage ainsi que la fuite permise par l’exploration du corps et du désir.

White Bird 3Film qui prend son temps, cotonneux, White Bird tranche littéralement avec le style des productions précédentes d’Araki. A la fois soap opéra, teen movie et thriller psychologique, le film s’abreuve de tous ces genres extrêmement codifiés pour créer son propre langage. Le récit s’articule autour de l’intrigue liée à la disparition soudaine de la mère, remonte le temps, se focalise sur des instants du quotidien, et s’appuie sur une impressionnante galerie de personnages. Ils ont beau ne pas être extrêmement nombreux, ils bénéficient tous d’une écriture méticuleuse qui en fait de véritables moteurs du récit, et non de simples fonctions automatiques. Le personnage de Shailene Woodley est évidemment au centre des attentions, mais il est finalement celui qui évolue le moins, tandis qu’autour d’elle gravitent des êtres fascinants. La mère disparue bien sur, mais également le père complètement perdu, incarné à merveille par Christopher Meloni, les amoureux/amants Shiloh Fernandez et Thomas Jane, les amis Mark Indelicato et Gabourey Sidibe, qui bouffent l’écran à chaque apparition, ou même Angela Bassett, dont le personnage de psy relance considérablement la narration.

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L’approche du thriller dans White Bird est intelligente, dans la mesure où Gregg Araki s’amuse avec les codes du genre et notamment avec la fameuse révélation finale. Elle bénéficie ici d’un effet d’amorce qui va complètement la démystifier, n’en faisant finalement qu’une étape de plus vers la construction de Kat qui passe de l’état adolescent à celui d’adulte, dans un mélange de douleur et de douceur. Concrètement, le fait de voir son évolution passer à travers l’absence de cette mère qu’elle a aimée puis détestée s’avère tout à fait fascinante. Gregg Araki ne signe pas son meilleur film, il reste plus à l’aise dans un registre plus fou, mais cette fable très ancrée dans les 80’s, portée par le magnifique duo formé par Eva Green et Shailene Woodley, toutes deux épatantes dans la palette d’acting qu’elles développent, est un beau morceau de cinéma. Très doux, très étrange, brisant quelques règles avec une infinie délicatesse et mis en scène avec une vraie élégance, White Bird est un habile mélange des genres et un mélodrame moderne vraiment singulier, derrière son habillage finalement très classique.

FICHE FILM
 
Synopsis

Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité, Kat semble à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…