Vice-versa (Pete Docter & Ronaldo Del Carmen, 2015)

de le 23/05/2015
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Le studio à la petite lampe de bureau qui sautille traverse depuis désormais quelques années une certaine crise prenant la forme d’une panne créative. Depuis la somptueuse conclusion Toy Story 3 (qui bien évidemment va être gâchée par une suite), Pixar n’est pas parvenu à livrer une production réellement réussie, alternant suites inutiles (Cars 2, Monsters University) ou productions originales peu inspirées (Rebelle). Pourtant, il semblerait que Vice Versa, présenté en hors-compétition au 68ème festival de Cannes, ait su générer un enthousiasme collectif parmi ses spectateurs. L’engouement est tel que l’on s’interroge sincèrement dessus, comme si le public s’était résolu à niveler ses exigences par le bas, portant aux nues une nouvelle production certes pas désagréable, mais tout de même loin de ce qu’a pu offrir le même studio jadis.

Vice Versa

Le concept en lui-même de Vice Versa, donner corps aux petites voix qui résonnent à l’intérieur d’une tête, ne paraît finalement pas forcément original et assez rapidement le film de Pixar s’y heurte, comme si l’on avait étiré le concept d’un court-métrage à un long (pour l’anecdote, la même idée aura d’ailleurs été aperçue rapidement il y a bien des années dans Les Simpson). Et outre le concept, il y a rapidement un problème de créativité : en faire quelque chose dans le traitement, le transcender. Hormis une exposition douce et agréable, franchement bien pensée, jamais l’idée du film ne surprend réellement. C’est un peu comme si le défaut principal de Là-Haut était amplifié, lui qui expédiait un véritable chef-d’œuvre définitif en dix minutes, sans ne plus surprendre par la suite. Vice Versa se construit avec des boulets au pied qui l’empêchent d’exploiter pleinement son esprit, sa réelle intelligence.

Vice VersaCar si l’on peut pester contre bien des aspects de Vice Versa, difficile de rester de glace devant le talent d’écriture de fond du studio Pixar. Le rapport à l’enfance, subtilement dessiné, agit en miroir avec Toy Story et cherche à exploiter l’acte de grandir, de changer, et forcément d’être confronté aux problèmes que cela engendre. Vice Versa travaille d’ailleurs son émotion depuis l’essence de la réalité, avec cette enfant voyant ses parents régresser dans leur situation sociale. L’imaginaire du film a les pieds sur Terre et confronte ses enjeux au vrai, comme le faisait également Wall-E. D’autant plus que Pixar parvient à conserver son talent pour l’émotion naturelle, en offrant encore ici quelques très belles séquences du genre, centrées notamment sur la cellule familiale ou relationnelle, avec un esprit juste, ferme, mais bienveillant, que n’aurait pas renié un certain Spielberg. Il suffit d’ailleurs de voir comment le personnage de Bing Bong, adjuvant grotesque, offre au film l’une de ses meilleures séquences, d’une beauté vraiment pure comme le film d’animation peut en offrir parfois.

Vice Versa

Et parce qu’il y a ces qualités, parce qu’il y a ces gens de talent derrière Vice Versa, on a presque envie de se montrer encore plus sévère face à ce qui vient y jeter une ombre. Plus sévère face aux pénibles personnages des émotions (dont Tristesse, qui épuise son concept jusqu’à la moelle, jusqu’à en devenir d’un rare insupportable), aux péripéties scénaristiques automatisées et sans intérêt (l’inutile passage avec le jeu sur les dimensions) et surtout plus sévère face à la vacuité de la direction artistique. Pour un film sur l’imaginaire, l’ensemble est d’une certaine pauvreté, illustrant exactement ce que le spectateur lambda pourrait inventer sur un monde du subconscient. Et malheureusement, jamais la réalisation du film, trop plate, trop fonctionnelle, ne vient sauver les meubles. Difficile de faire fi de ce point quand on connait la propension du studio à livrer des visuels incroyables qui restent longtemps en mémoire.

Vice VersaDe la sorte c’est ardu de se prononcer sur Vice Versa. On pourrait passer un certain temps à énumérer le nombre de qualités comme de défauts, mais de toute façon, force est de constater que la balance ne penche pas particulièrement dans un sens comme dans l’autre. Vice Versa, bien que pétri de bonnes intentions et de talent, laisse un sentiment mitigé dans l’exploitation qu’il en fait. 2015 sera l’année qui verra la sortie de deux films Pixar, reste maintenant à être patient pour voir comment l’un se situera vis-à-vis de l’autre, et comment le studio parviendra, on l’espère, à sortir une bonne fois pour toute du marasme dans lequel il s’est embourbé dernièrement.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au Quartier Cérébral, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs…
Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Cérébral afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…