Very Bad Trip 3 (Todd Phillips, 2013)

de le 28/05/2013
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Après un deuxième épisode qui n’était déjà qu’une pale copie du premier, transposé en Thaïlande, Todd Phillips continue d’essorer sa petite franchise qui n’a plus rien à dire depuis le générique final du premier épisode. Retour aux USA cette fois pour dire adieu à la comédie. En effet Very Bad Trip 3 se prend tellement au sérieux qu’il en oublie régulièrement d’être drôle, à l’exception de la partition une fois de plus formidable de  Zach Galifianakis.

Cette fois c’est fini. La mécanique de Very Bad Trip, à la fois roublarde et très efficace, qui consistait à utiliser le flashback comme moteur narratif ponctué de gags un peu trashs pour arriver à une conclusion tellement drôle qu’elle effaçait toutes les longueurs, est oubliée. Todd Phillips avait tenté de l’appliquer au deuxième épisode qui ne fonctionnait jamais, et il l’oublie complètement pour Very Bad Trip 3. Le réalisateur se montre ainsi intelligent, conscient des limites de son système, mais persiste tout de même à livrer une suite aux aventures du wolfpack qui n’en avait pas vraiment besoin. Ce troisième épisode est caractérisé par un ton voulu extrêmement sérieux, Todd Phillips se rêvant sans doute dans la peau des frères Coen qui se prendraient pour Tony Scott. A l’arrivée cela donne un film totalement artificiel, sorte de parodie ratée d’un film de braquage de fond de tableau, à peine sauvé par une poignée de gags qui font mouche et une véritable application dans la mise en scène.

THE HANGOVER PART III

Il faut voir cette séquence d’introduction dans une prison, avec son image très travaillée, ses mouvements d’appareil, ses ralentis et le choix de sa bande-son, pour bien saisir que Todd Phillips a l’ambition de proposer quelque chose de solide qui s’éloigne encore des codes en vigueur dans la comédie US. L’intention est des plus louables, et il s’en éloigne effectivement. Sauf qu’il se prend violemment les pieds dans le tapis cette fois. Le personnage de Mr. Chow devient moteur principal du récit, perdant pour l’occasion son côté très trash qui ne se limite plus qu’à renifler le postérieur de Stu, manger de la nourriture pour chiens et balancer qu’il adore la cocaïne en survolant Las Vegas en parachute. Il n’est plus vraiment question de gueule de bois, au moins jusqu’à la séquence post-générique, et la structure adoptée ici est beaucoup plus classique en prenant la forme d’une petite aventure qui lorgne énormément du côté des frères Coen. Une bande de losers tirée entre deux gangsters, un fantasque et un plus traditionnel, et devant mettre la main sur le butin d’un braquage pour sauver Doug, rapidement écarté du cadre comme ce fut le cas sur les épisodes précédents. Sauf que chez les Coen, les mésaventures mènent toujours à quelque chose, avec des personnages tellement bien écrits qu’ils en deviennent attachants, tout en proposant une certaine vision du monde. Tout l’inverse de Very Bad Trip 3 qui ne provoque aucune empathie et brille par son absence sidérante de discours, sachant que rien ne vient élever le débat. Si encore l’humour fonctionnait, tout cela ne poserait aucun problème, mais le film est tout sauf drôle. L’unique élément comique se situe du côté de Zach Galifianakis qui tourne lui aussi en sous-régime pour tenter de provoquer une émotion tellement forcée qu’elle devient embarrassante. Au milieu de la débâcle, une séquence magique entre l’acteur et Melissa McCarthy, soit une bien maigre consolation.

THE HANGOVER PART III

C’est dommage car Very Bad Trip 3 possède une identité visuelle très au dessus de la moyenne de la comédie US ainsi qu’une galerie de personnages secondaires, et notamment John Goodman toujours aussi bon, qui ne manque pas de charme. Le film est racé, avec une grammaire cinématographique plutôt aboutie, de son utilisation de la caméra portée à la grandiloquence de ses mouvements en plan large, mais l’enrobage ne sert pas à grand chose tant le cœur du film ne provoque rien. A tel point que malgré sa courte durée Very Bad Trip 3 finit par ennuyer, même si quelques scènes viennent relever le niveau à l’image du retour au Caesar’s Palace de Vegas qui donne lieu à une séquence de cascade bien sentie. Mais les promesses de l’introduction spectaculaire ne sont jamais vraiment tenues et le film peine à trouver sa place. La comédie s’évapore tandis que le film de braquage est bien trop faible pour se faire sa place. En résulte un film hybride qui manque de rythme et de souffle, dans lequel l’humour et l’émotion de prennent pas, où les personnages n’évoluent pas d’un pouce, où la volonté d’un regard nostalgique sur une saga trop récente représente très bien la mauvaise idée qu’illustre le film dans son ensemble. En voulant explorer de nouveaux horizons, Todd Phillips fait fausse route et ne trouve pas ses marques, tout en reproduisant des éléments qui sentent trop le réchauffé (le filtre jaune-vert pour illustrer l’ambiance du Mexique devrait être interdit aujourd’hui). Reste qu’une nouvelle fois la bande originale constitue une playlist savoureuse, mais il est bien difficile d’adhérer à cette conclusion si ratée.

FICHE FILM
 
Synopsis

Suite au décès du père d'Alan, la bande décide de le forcer à soigner ses problèmes mentaux. Mais comme d'habitude, rien ne se passe comme prévu. Une fois arrivés à l'hôpital, les hommes se font attaquer et Doug est kidnappé. La rançon? Retrouver Mr. Chow en échange de la vie de Doug ...