Valérian et la Cité des mille planètes (Luc Besson, 2017)

de le 18/07/2017
 
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Exception dans l’exception culturelle française, Luc Besson prouve à nouveau sa différence et sa défiance vis-à-vis de la cinématographie qui l’entoure dans l’hexagone. Face au déclinisme ambiant depuis vingt ans, il est encore l’un des rares auteurs français à s’autoriser quelques folies visuelles et ambitieuses internationalement. Valérian et la Cité des mille planètes suit la logique de ses dernières super productions : celles d’un démiurge généreux et passionné mais sans aucun recul ni garde-fou sur ce qu’il fabrique à l’écran.

Attendu, redouté, espéré, craint, une myriade d’adjectifs et de superlatifs (parfois péjoratifs) s’est appliquée ces dernières années autour du projet-monde qu’est l’adaptation de la bande dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. En même temps, qui d’autre que Luc Besson pouvait se charger de l’impossible ? Grand fan comme de nombreux autres lecteurs de Valérian et Laureline, lui seul pouvait s’offrir les moyens et les talents pour aborder ce type de production, afin que cela reste un produit bien de chez nous. Enfin… Conscient de la réalité du marché, cela faisait longtemps que le réalisateur avait remplacé la langue de Molière par celle de Shakespeare, au grand dam de ses défenseurs francophiles. Ainsi, Besson s’est toujours vu observé comme une bête curieuse chez lui autant qu’à l’étranger, qui découvrait en lui un frenchie à la conquête du box office populaire, complètement déconnecté de la tendance auteuriste que l’on applique désormais au cinéma français.

On ne pourra nier la passion que voue Luc Besson à l’œuvre de Christin et Mézières. C’est pour lui un projet de longue date, évidemment pour les moyens colossaux à dépenser qui, même à l’échelle hollywoodienne, restent impressionnants. Le Cinquième élément nous apparaît rétrospectivement comme une première tentative de science-fiction d’ampleur pour préparer le terrain pour celle en coulisses de Valérian et Laureline. Depuis les studios de la Cité du cinéma qu’il s’est octroyé et sentant le vent en poupe avec le carton mondial de l’improbable Lucy, tous les voyants étaient au vert pour lancer ce projet d’une vie. Record : un peu moins de 200 millions d’euros furent nécessaires pour constituer le budget monstre de Valérian et la Cité des mille planètes. Effectivement, il fallait bien financer les cadors des sociétés ILM, Weta Digital et Rodeo FX pour assurer les effets visuels. Il faut noter qu’annoncés à 2734 au départ, le nombre de plans requérants leur incrustation s’est réduit (raisonnablement) depuis à 2355.

La phrase qui suit en fâchera plus d’un mais non, tout n’est pas à jeter dans le nouveau film de Luc Besson, si imparfait soit il. La scène d’ouverture en est le meilleur exemple où sur fond d’un morceau ultra connu, le réalisateur nous propose la genèse de ce qui deviendra la fameuse cité des mille planètes : Alpha. Sur le papier, l’idée est assez touchante et optimiste sur l’avenir de la Terre et de l’humanité dans l’espace. En revanche, il s’avère plus compliqué de trouver des arguments solides pour défendre sa forme à l’écran. Mise en scène balourde, répétition ou gags pas drôle, à de trop nombreuses reprises, nous sommes dans cette frustration terrible de voir passer des propositions pertinentes ou de géniales envies de cinéma gâchées systématiquement par un élément visuel parasite ou l’abandon pur et simple d’une bonne idée pour trois mauvaises. Car Valérian et la Cité des mille planètes ne s’épargne pas des money shots spectaculaires à faire pâlir les plus visionnaires des réalisateurs hollywoodiens. Pourtant, l’exploration d’un marché virtuel sur plusieurs niveaux, la traversée d’Alpha en cassant les murs ou une bataille spatiale dantesque avaient tout pour nous marquer. Cependant, ces émerveillements ne survivent pas au-delà du plan suivant.

Connaisseur de l’univers de la bande dessinée, Luc Besson nous a donc concocté un casting anglophone associant Dane DeHaan et Cara Delevingne pour interpréter le duo de choc Valérian et Laureline. Ces personnages de super flics de l’espace à la trentaine bien tassée paraissent désormais comme un jeune couple blasé de la génération Y, dont l’essentiel des échanges se résume à une vie privée commune inexistante. Les plaintes amoureuses mièvres d’adolescent Valérian n’ont pour réponse que les rictus et yeux levés au ciel d’une Laureline plus mature censée porter la culotte. Une vision du féminisme qui se télescopera plus tard avec une scène de danse lascive transformiste de Rihanna, qui nous mettra plus mal à l’aise que de faire monter la température dans les bas-fonds d’Alpha. Dans cette galerie de personnages secondaires en roue libre, nous épargnerons de donner un avis sur l’apparition fantomatique de Herbie Hancock ou les performances catastrophiques d’un Ethan Hawke en perdition et d’un Clive Owen cabotinant dans un costume de généralissime en toc, espérant l’annonce du renouvellement de la série The Knick entre chaque prise.

Si le long-métrage de Luc Besson s’inspire de plusieurs tomes de la bande dessinée, l’influence d’autres films du genre se fait bien (trop) ressentir. Le réalisateur avoua avoir bazardé la première version de son scénario après la découverte d’Avatar en 2009. Résulte aujourd’hui de cette réécriture une triste copie balnéaire de Pandora en exposition et dont les enjeux n’interviendront que bien plus tard dans le récit. Avec ses allures de bric-à-brac coloré sans limites, Valérian et la Cité des mille planètes désire rassembler tous ces archétypes rabâchés de la science-fiction que nous aimons tous, mais sans jamais parvenir à se détacher suffisamment de ses sources d’inspiration et faire la part des choses. Besson seul aux commandes, son film flirte d’ailleurs en permanence avec le plagia, tout en témoignant d’une candeur touchante d’avoir inventé l’eau chaude en se présentant comme la nouvelle référence. Or, ce ne seront pas ses flashbacks de résolution nanarèsques ou la typo déjà ringarde des textes flarée à la Transporteur ne seront pas pour défendre le style Luc Besson.

Malgré toutes ses bonnes intentions, on aurait souhaité que le réalisateur s’affranchisse de sa façon bien à lui de penser ses films pour l’adaptation de Valérian et Laureline. Besson ne manque jamais l’occasion de retomber dans ses mauvais travers avec cette société utopique multiraciale et culturelle qu’est Alpha, mais où seuls les êtres humains sont habilités à faire respecter la loi. La “normalité” selon Valérian va même de paire avec la ressemblance à un humain. De plus, à la manière des traditionnels héros bessoniens, nos deux héros viennent subtilement imposer la paix et l’harmonie entre les peuples galactiques par une salve de pistolet laser dans la tête ! En dehors des êtres sages et pacifistes à mi-chemin entre les Na’vis et les Ingénieurs de la saga Alien, les autres créatures qui peuplent la cité des mille planètes sont systématiquement sujets à la caricature qui force bien le trait pour en faire les objets de moquerie grasse. Dommage que cette diversité exotique n’ait pas été mieux exploitée.

Côté technique, la triste photographie de Thierry Arbogast est complètement aux fraises. Le chef opérateur associé depuis longtemps à Luc Besson semble perdu dans l’éclairage de ses fonds verts ou bleu, allant reproduire l’éclairage d’une cabine de photomaton sur les acteurs censés évolués au milieu d’un désert ensoleillé. Au moins, les curseurs de la conversion 3-D sont poussés un peu plus loin que d’habitude et égayera un peu le spectateur en quête de profondeur dans ces décors très inégaux. Alors qu’Eric Serra aurait été parfait pour le job, la partition musicale est laissée à Alexandre Desplat. Le compositeur oscarisé est incapable de nous laisser une seule mélodie en tête, semblant dépassé par la tâche qui lui incombe de venir concurrencer des John Williams, Jerry Goldsmith ou Michael Giacchino sur le space opera au cinéma. Il n’en ressort qu’une bouillie symphonique insipide, lorsque ce n’est pas une musique aux accents électros très maladroits qui vient nous chatouiller les tympans.

Il est difficile à prévoir si Valérian et la Cité des mille planètes trouvera son public (autour du monde). Tandis que les américains semblaient les plus impatients de découvrir le film, leurs critiques se sont scindés en deux groupes irréconciliables après son visionnage. Luc Besson joue gros. Sa société Europacorp n’a pas une santé financière idéale, rachetée en partie par le groupe chinois Fundamental Films qui coproduit le long-métrage. La Chine paraît maintenant le principal objectif du réalisateur. Lucy avait été converti en 3-D en ce sens et son dernier né répond scrupuleusement à tous les critères pour cartonner dans l’empire du milieu. De bonnes entrées impliqueront de nouvelles aventures pour Dane DeHaan et Cara Delevingne, et les mondes inventifs et histoires extraordinaires dépeints par Christin et Mézières dans Valérian et Laureline n’en manquent pas. Mais sommes-nous prêts pour une trilogie Valérian par Luc Besson ?

FICHE FILM
 
Synopsis

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers.