Un Amour d’hiver (Akiva Goldsman, 2014)

de le 11/03/2014
 
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Pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste oscarisé et producteur à succès Akiva Goldsman ne s’est pas facilité la tâche. En adaptant le roman Conte d’hiver de Mark Helprin, il vient directement se frotter au conte de fées dans un univers contemporain, soit un exercice extrêmement délicat. Et malgré un premier degré salutaire, il rate complètement le coche avec un film torpillé par des choix narratifs déplacés, une absence totale de magie et un traitement de sa romance qui ne tient pas vraiment la route.

Un Amour d'hiverUn Amour d’hiver possède, sur le papier, tout ce qui peut conduire à un magnifique film de Noël. Une belle histoire d’amour, des valeurs universelles, une bonne dose de fantastique et de féérie ainsi que plusieurs points d’ancrage pour le jeune public. Mais surtout, il s’agit d’un film qui embrasse sans le moindre second degré sa nature de conte de fées. De plus le film bénéficie tout de même de l’écriture d’Akiva Goldsman, qui n’est pas le plus manche des scénaristes lorsqu’il est inspiré (I, Robot, Un Homme d’exception et dans une moindre mesure Je suis une légende effaceraient presque Batman & Robin et Da Vinci Code). Pourtant, tellement peu de choses fonctionne dans Un Amour d’hiver que le projet ressemble à un gigantesque accident industriel, un film qui ne parvient jamais à faire naître la magie qu’il s’évertue à vouloir véhiculer.

Un Amour d'hiver

Autre atout en poche, qui rend l’échec encore plus incompréhensible : son casting. Porté par un Colin Farrell plutôt bon dans la figure du voyou, amoureux transi incapable de faire le deuil de sa relation, véhiculant une large palette d’émotions, le film bénéficie également de la présence imposante de Russell Crowe, William Hurt et Jennifer Connelly, tous excellents. Et même d’apparitions de Will Smith dans un rôle qui ne lui convient pas vraiment mais qui lui permet de tester un nouveau look. Le premier problème vient peut-être de Jessica Brown Findlay, vecteur émotionnel bien trop fade, écrasée par les acteurs qui l’entourent. Elle est censée cristalliser le drame qui se noue, comme le fit Rachel Weisz dans The Fountain il y a quelques années, mais ne véhicule rien de consistant. Un miscast qui annihile une grande partie de la portée émotionnelle d’Un Amour d’hiver. D’autant plus qu’Akiva Goldsman y va tout de même avec de gros et lourds sabots pour construire son récit, sans la moindre finesse dans le trait. Si tout était parfait, si la poésie et le romantisme étaient traités avec justesse, cela ne poserait pas de problème majeur. Sauf que ce n’est pas le cas. Akiva Goldsman souhaite renouer avec un conte de fées à l’ancienne mais ne livre qu’un produit sans saveur destiné à l’oubli quasi immédiat.

Un Amour d'hiverL’objectif n’est jamais caché, il s’agit de marcher dans les traces de Princess Bride ou de Stardust, le mystère de l’étoile, mais sans jamais y parvenir. Un Amour d’hiver ne trouve jamais son identité, qu’elle soit visuelle ou dans le propos, rejoue sans passion des motifs extrêmement classiques et finit par sombrer assez logiquement. Dans le fond, le véritable propos du film, follement romantique, était pourtant un terreau très fertile pour une grande fresque féérique. Il s’agit tout de même d’une histoire d’amour dont la puissance remet en cause les lois éternelles régissant le monde humain entre le paradis et l’enfer. Sauf que cette histoire d’amour ne fonctionne pas, ou trop peu. La faute autant au manque d’alchimie entre Jessica Brown Findlay et Colin Farrell qu’à son traitement manquant cruellement d’ampleur, de romantisme littéraire dans la mise en scène. Tout le paradoxe tient dans une approche pas fine pour un sou mais un traitement graphique de la chose toujours extrêmement fade, sans la moindre volonté d’en mettre plein la vue.

 Un Amour d'hiver

Car pour créer de la magie, il ne suffit pas de faire apparaître des veines numériques sur le visage de Russell Crowe ou de faire voler un cheval, même si les séquences dudit cheval sont plutôt belles mais à la limite du mauvais goût. L’inconsistance du script, qui plus est franchement avare en éléments fantaisistes, donne lieu à un film clairement handicapé par ses fondations. Mais là où le scénario déçoit fortement, c’est dans la grossièreté au niveau du traitement des éléments mythologiques et dans la qualité douteuse des dialogues. Ces derniers donnent naissance à des tirades improbables qui font plus que dépasser la frontière du ridicule. Quant à la mythologie que cherche à développer le film, à base d’étoiles dans le ciel, de miracles, de missions à accomplir pour libérer son enveloppe terrestre et de cycle de réincarnation, Akiva Goldsman n’a ni les épaules ni le talent pour aboutir sur autre chose qu’un méli-mélo indigeste. Sans grande surprise, il n’est pas le duo Wachowski et ses réflexions philosophiques restent très terre-à-terre, traitées de la mauvaise façon.

Un Amour d'hiverQuand la sauce ne prend pas, c’est tout un projet qui s’écroule, entraînant chaque élément dans sa triste chute. Ainsi, avec le peu de matière qui le caractérise, Un Amour d’hiver ne crée rien, lance quelques bonnes idées au gré du vent mais peine à en récolter quoi que ce soit. L’absence d’identification entraîne une absence d’émotion, le peu d’attachement aux personnages met en lumière de terribles problèmes de rythme et les effusions new age finissent d’achever ce projet anachronique dont la volonté intègre de mettre à l’épreuve le pire des cynisme vis-à-vis du conte de fées reste louable. Mais c’est bien trop pauvre face à d’immenses problèmes qui font qu’Un Amour d’hiver n’est finalement rien d’autre qu’une boursouflure ratée mais haut de gamme, notamment grâce à la belle lumière de qui s’est encore trompé de projet.

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FICHE FILM
 
Synopsis

New York, au tout début du XXème siècle. Passé maître dans l'art du cambriolage, Peter Lake n'aurait jamais cru qu'un jour son cœur lui serait ravi par la charmante Beverly Penn. Mais leur idylle est maudite : tandis que Beverly est atteinte de tuberculose, Peter a été condamné à une mort bien plus violente par son ancien mentor, le diabolique Pearly Soames. Peter tente par tous les moyens de sauver la femme qu'il aime, à travers le temps, luttant contre les forces des ténèbres – et surtout contre Pearly qui s'acharne à vouloir l'anéantir. Désormais, Peter ne peut plus compter que sur un miracle...