Turbo Kid (RKSS, 2015)

de le 05/09/2015
 
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Après avoir œuvré dans la parodie en court-métrage, le collectif RKSS se lance dans le long avec ce Turbo Kid. Dans la mouvance nostalgique des 80’s à la Kung Fury, il en résulte un film sympathique mais très imparfait, qui perd notamment le spectateur sur son ton volontairement parodique, mais mal jaugé pour raconter son histoire post apocalyptique sur la durée. On en retiendra surtout que l’envie de départ a fini par rouiller un peu dans les finitions.

Turbo Kid 1Vous souvenez-vous de Kung Fury ? Ce fourretout d’une trentaine de minutes censé débarquer des années 1980 qui s’équilibrait avec autant de kitsch lourdingue qu’une nostalgie assez touchante de l’époque des cassettes VHS et de la soupe électronique musicale ? Et bien, Turbo Kid n’en est pas loin. C’est un peu l’étape supérieure. À l’origine de ce projet présenté à cette vingt-et-unième édition de l’Étrange festival, on retrouve un collectif de passionnés de cinéma, certes, mais surtout passionnés par l’époque où ils ont grandi. Il suffit de chercher un peu leurs premières œuvres sur la toile pour constater cela. Ces franco-canadiens sont notamment responsables de la “saga” des Ninja Eliminator. Ces court-métrages assez drôles et funs narrent sous la forme de fausses bande-annonces avec le style des 80’s les aventures de deux agents de police sans cesse confrontés à des ninjas redoutables. Bref. L’amusement se fait autant derrière la caméra que devant, et cette bonne humeur s’en ressent ensuite sur le produit fini. Mais cette fois, la marche est haute. Il s’agit de raconter une histoire d’1h30, avec son lot de contraintes et de rythme à respecter, et sans oublier un budget dérisoire. Le film commence en 1997, plusieurs années après l’Apocalypse…

Turbo Kid 2

Dans ce genre de projet, il y a toujours le risque d’étirer inutilement une très bonne idée de court-métrage et d’en faire un long-métrage raté. Rassurez-vous, Turbo Kid évite cet écueil, mais pas sans de lourds dégâts collatéraux. On ne peut leur retirer leur envie viscérale de recréer ce temps béni de consommation intensive de produits culturels de bas étage devenus objets de cultes et références incontestables pour toute une génération. Dès le prologue, le collectif des trois réalisateurs a baissé le curseur des effets sur le minimum. La mise en scène est claire et posée. Elle est réfléchie sans être brillante et ne s’emballe pas dans des effets kitschouilles à outrance, comme dans leurs précédents court-métrages. L’esthétique numérique lambda choisie par la photographie du film est malheureusement regrettable. Elle aurait dû être bazardée aux oubliettes pour chercher plus la texture du cinéma des années 1980. Pourtant, ces gamins qui ont grandi avec Carpenter et Verhoeven n’ont pas retenu grand chose de l’importance que tient l’image. L’usage flagrant de gopro ou de drone sur certains plans trahit le message initial en reliant plus Turbo Kid à 2015 qu’à 1985. Une étude visuelle plus approfondie aurait sans doute permis au long-métrage de ressembler complètement à un film des années 1980. Ce ne sera pas la musique gentiment ringarde, et parfois hors propos dans l’action, ou les effets visuels et sonores typiques que Turbo Kid parvient à faire complètement illusion.

Turbo Kid 3Néanmoins, la volonté de bien faire est là. Le meilleur exemple est le choix de Munro Chambers pour incarner leur personnage principal. Au début mutique, cet ado fan de comics qui finit par rencontrer une fille de son âge au milieu de nulle part est très touchant. Au milieu d’un ensemble qui cabotine quand il ne surjoue pas, le duo qu’il forme avec l’excentrique Laurence Leboeuf tisse une vraie belle histoire que l’on a plaisir à suivre. L’évolution de leur relation ne sera pas juste gratuite. Certaines révélations au cours du film ajouteront encore à l’émotion authentique qui émane de ce couple étrange. Dommage qu’il faille parasiter cette romance pour instaurer la trame d’un univers Mad Max cheap où un grand méchant nommé Zeus domine la population locale par la violence et l’accès à l’eau potable. Zeus est d’ailleurs la méga star de Turbo Kid, interprété par le grand Michael Ironside, figure même du méchant charismatique dans le cinéma américain des années 1980 (Scanners, Total Recall, Highlander 2). L’acteur canadien s’est un peu empâté, mais on ressent son implication dans le jeune projet et fait les choses bien. Puis l’on créé le protagoniste de l’anti-héros badass croisé avec Indiana Jones avec un acteur jouant juste une fois sur deux. Ensuite, arrivent les course-poursuites sur BMX… pour tout le monde et les morts ultra gores avec des giclées de sang par hectolitres. Ça fait rire doucement au début, après… la surprise est moins intense.

Turbo Kidphotos: Sébastien Raymond. seb©sebray.com

Il y a un vrai problème d’intention avec Turbo Kid. Le film semble vouloir jouer sur deux tableaux en même temps sans pouvoir se concrétiser dans aucun des deux. D’une part, nous avons cette histoire touchante avec le héros et son amie, très bien écrite, sobre et efficace dans sa simplicité. De l’autre, il y a tout le second degré de la farce et la gaudriole nanardesque, bonne à être dévorée en festival fantastique ou entre potes avec des bières et des pizzas. Tandis que dans Kung Fury la pantalonnade parodique était clairement affichée, François Simard, Anouk et Yoann-Karl Whissell on du mal à se mettre d’accord sur le ton à adopter. Il faut peut-être mettre cette hésitation permanente à l’inquiétude de concevoir au premier degré une chorégraphie des combats à la Bioman ou un flashback fondateur de la motivation vengeresse du personnage principal. Il aurait fallu tenter le coup, clairement. Sauter le pas de la blague parodique et faire de l’humour sur le grand écran. Turbo Kid est imparfait. Imparfait dans sa finition, certes, mais présente certaines qualités qu’il faudra exploiter à l’avenir si jamais le collectif RKSS compte récidiver au cinéma. Ce sera alors un plaisir de retrouver leur univers farfelu et gentiment ringard venu tout droit des années 1980.

FICHE FILM
 
Synopsis

The Kid, un orphelin timoré qui tente de survivre dans les ruines d’un monde en déliquescence, va devoir affronter le terrible Zeus et sa horde de barbares, pour sauver la belle Apple.