Turbo (David Soren, 2013)

de le 16/10/2013
 
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Étrange politique que celle de Dreamworks Animation, qui alterne chaque année le sublime et le médiocre. Quelques mois après Les Croods, aventure philosophique formidable, Turbo ramène le studio sur le plancher des vaches avec un divertissement techniquement irréprochable mais complètement anodin, dont les quelques belles promesses de départ se retrouvent sacrifiées au profit d’un humour bas du front et d’une action franchement limitée.

Après deux courts métrages dans l’univers de Madagascar, soit ce que Dreamworks peut produire de plus oubliable, David Soren passe au long métrage avec Turbo et son escargot qui se rêve grand pilote de Formule 1. L’idée de base est plutôt originale, et notamment dans les différentes échelles de vitesse que le film met en scène, mais n’aboutit sur rien de bien conséquent. Comme souvent, le simple concept prend le pas sur le projet global qui passe à la trappe, et ne reste qu’une première partie assez folle, bourrée de bonnes idées, avant que Turbo ne sombre dans le schéma classique du divertissement Dreamworks enfantin qui en oublie son public adulte. Ainsi, les premiers pas de Turbo sont pleins de promesses. Un escargot obsédé par la vitesse, en voilà une idée originale. Elle est d’ailleurs bien développée, dépeignant tout un univers miniature peuplé de gastéropodes de toutes sortes, avec une société parfaitement organisée autour de la survie de groupe. Visuellement, le film est un petit enchantement avec ses couleurs chatoyantes et ses personnages attachants, et file sur une voie fascinante à travers le rêve de cet escargot pas comme les autres. Tout à coup, il se prend même des airs de film de super héros, de quoi sortir des sentiers battus. Sauf que le cœur du film est rapidement avorté, préférant se glisser dans le moule confortable du rêve qui devient réalité à grands coups de valeurs bien trop basiques mises en avant.

TURBO

S’il convient de saluer le discours sur l’obstination coûte que coûte et le fait de vivre ses rêves, quitte à se laisser aller à tous les sacrifices, Turbo ne creuse pas vraiment ses belles thématiques et préfère rejouer une version mineure de Cars, film autrement plus enthousiasmant. En gros, Turbo rêve de courses automobiles, hérite de superpouvoirs alors qu’il était sur le point de renoncer puis va vivre son grand rêve. Le schéma est on ne peut plus classique, tandis que le dernier acte va tenter de reproduire le mythe de David contre Goliath, là encore en mode extrêmement mineur. Le manque cruel d’enjeux dramatiques du film et son absence de réel danger pour son héros le font rejoindre la longue liste des récits initiatiques bancals qui n’apportent aucun regard nouveau sur le genre. Rien de franchement déplaisant cependant, Turbo étant un divertissement tout à fait correct, loin des délires sous psychotropes du dernier Madagascar par exemple. Mais il se situe à des années-lumière de la profondeur des Croods ou des Cinq légendes, les dernières franches réussites de Dreamworks. Nul doute que les plus jeunes y trouveront leur compte, même s’ils n’en sortiront pas vraiment grandis, David Soren s’adressant à eux comme s’ils n’étaient « que » des enfants.

TURBO

Le vrai problème de Turbo, outre son ambition franchement limitée, vient de son humour. Le problème est une constante dans les Dreamworks les plus mineurs, l’humour y est d’une bêtise assez affligeante, s’appuyant sur des personnages crétins. Des sidekicks plus que dispensables passant leur temps à la recherche de la bonne vanne qui tombe désespérément à l’eau. Leur présence s’explique autant par la nécessité d’amuser le jeune public, qui mérite tout de même des traits d’esprits d’une autre finesse, que celle de remplir un récit assez simpliste et limité, qui sans digressions donnerait lieu à un court métrage d’une toute autre durée. Il y a bien le running gag de l’oiseau, à la fois cruel et très drôle, ou un humour parfois burlesque et qui fonctionne, mais dans l’ensemble l’aspect comédie de Turbo est plutôt pauvre. Reste l’action, assez délirante même si elle se situe bien loin de références telles que Speed Racer, Cars 2 ou même Rush, dans la sensation de vitesse imprimée à l’écran. Quelques séquences sont formidables, lorsqu’elles exploitent judicieusement les pouvoirs surnaturels de Turbo et transforment le cadre en une toile fluorescente, ou encore un discours sur le statut de freak du héros, même si une fois de plus, il n’est qu’anecdotique car peu creusé. Voilà un Dreamworks très oubliable, aux personnages secondaires agaçants et au propos simpliste, dont l’intérêt n’apparait que sporadiquement, notamment dans les visions fantasmées d’escargot persuadés d’avancer à la vitesse de la lumière. Le décalage créé est alors formidable, mais n’est jamais exploité à sa mesure. Il ne reste plus qu’à attendre la suite du formidable Dragons.