Tunnel (Kim Seong-hun, 2016)

de le 03/05/2017
 
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Après s’être imposé sur la scène internationale avec son étonnant thriller Hard Day, son second long-métrage, Kim Seong-hun confirme tous les espoirs qu’il avait pu susciter avec Tunnel, un film catastrophe follement original qui avait brillamment ouvert la 11ème édition du Festival du Cinéma Coréen à Paris.

tunnel-1Hard Day, au moins dans sa première moitié, imposait Kim Seong-hun comme une sorte d’héritier à Bong Joon-ho, à savoir un auteur capable d’aborder un cinéma de genre populaire en lui insufflant habilement un propos fort engagé. Avec Tunnel, son troisième film, il confirme tout cela et signe une œuvre essentiellement en huis clos qui manie avec une maîtrise assez folle le mélange des genres. Le « cadre » de Tunnel est donc le film catastrophe, genre ultra balisé qui met en scène un drame suivant un accident, avec une phase de sauvetage et tout ce qui va avec. Mais chez Kim Seong-hun, les choses se déroulent d’une façon assez différente. En effet, le premier « choc » vient d’une exposition extrêmement réduite. Quelques minutes à peine avant que le tunnel du titre ne vienne s’écrouler sur le pauvre Lee Jung-soo, sans que rien n’ait véritablement été mis en place concernant la caractérisation du personnage ou les divers enjeux du récit. Une approche plutôt risquée en terme d’identification ou simplement pour créer une forme d’empathie. Pourtant, l’idée est géniale.

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C’est ainsi face à une catastrophe que sera dessiné le portrait de cet homme. Soit dans les pires conditions possibles, débarrassé de tous les oripeaux du rôle de sa vie quotidienne. Kim Seong-hun prend ainsi à revers diverses conventions cinématographiques pour mieux créer sa propre grammaire. Une prise de risques qui s’avère payante dans la mesure où côté spectateur, ce personnage va finir par devenir extrêmement proche, de sorte que son destin aura dans tous les cas un véritable impact émotionnel. Et s’il s’autorise de nombreuses sorties afin d’étoffer son discours pour ne pas rester simplement dans un film de survie, Kim Seong-hun s’impose tout de même d’importantes contraintes avec les 3/4 de son film se déroulant dans l’espace plus que restreint d’une berline à moitié écrasée par une masse de béton. Et dans cet espace, il se paye le luxe d’une mise en scène complexe qui évite la monotonie en se réinventant afin de lui donner une toute autre dimension. Il crée un important contraste entre ce que va vivre cet homme coincé dans la quasi-obscurité et le monde extérieur qui s’agite pour le sortir de là. Cela crée notamment des phases de respiration essentielles car son objectif n’est pas de livrer un film claustrophobique ou trop dramatique. Il est bien plus malin que ça et va asséner un discours très fort, très engagé, par la voir royale de la comédie.

tunnel-3Adepte du mélange des genres comme en attestait déjà Hard Day, Kim Seong-hun va traiter ce drame à priori très hardcore en voguant du destin de l’homme aux différentes phases extérieures. Et il fait de son Tunnel une terrible métaphore sur la gestion dramatique d’une catastrophe, en se parant d’un humour absolument génial. De quoi lui permettre, en les ridiculisant copieusement, une critique acerbe de tout un système allant des services de secours directement, en pointant une sérieuse incompétence, à la récupération politique, en passant par l’inhumanité des grandes entreprises de travaux publics et l’absence de déontologie d’une presse prête à tout et avide de sang. Le portrait qu’il dresse des institutions coréennes n’est pas glorieux, mais il va finalement plus loin que les frontières de son pays comme en témoignent les ponts possibles entre cette fiction et le traitement politico-médiatique de certaines catastrophes bien réelles.

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Il tape ainsi volontiers sur tout ce qui ne met pas l’humain en priorité et son film s’avère ainsi salvateur, rapprochant ainsi un peu plus Kim Seong-hun du maître coréen en la matière : Bong Joon-ho. Mais cet aspect engagé ne prend jamais le pas sur son histoire. Ainsi, il livre un survival extrêmement intense et pousse son personnage principal dans ses derniers retranchement, via quelques éléments assez inattendus. Il joue habilement sur l’ascenseur émotionnel en alternant des phases émotionnellement très lourdes, très puissantes, et d’autres pleines de légèreté et d’humour. L’ensemble s’avère au final aussi impressionnant que touchant, mais sans avoir cette impression d’un trop plein de dramaturgie. Techniquement irréprochable, avec une mise en scène toujours au service de son propos (il faut voir les séquences de pure « catastrophe », de l’effondrement inaugural aux évènements suivants, d’une efficacité redoutable qu’il s’agisse d’impressionner ou de créer une angoisse à travers une mécanique presque horrifique), le film doit également énormément à son trio d’acteurs principaux.

tunnel-5En tête évidemment, Ha Jung-woo, qui après un début de carrière dans un cinéma d’auteur assez exigeant, notamment chez Kim Ki-duk, s’impose année après année comme une valeur sure associée à des films très importants, de The Chaser au magnifique Mademoiselle, en passant par The Murderer ou The Assassination. Il porte Tunnel sur ses épaules, apportant d’importantes nuances à un personnage poussé à bout. Et il est plutôt bien entouré avec la toujours excellente Bae Doona, sans cesse sur la fine ligne entre le rire et les larmes, et Oh Dal-soo, l’éternel et indispensable second rôle également dans une composition pleine de nuances, incarnant sans sourciller la révolte comme une candeur comique très efficace. Il apparait évident qu’avec Tunnel, film qui jongle entre les genres avec une maestria géniale, Kim Seong-hun apporte une pierre majeure à l’édifice d’une carrière qui s’annonce exceptionnelle s’il poursuit en si bonne voie.

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu’il rentre retrouver sa famille, un homme est accidentellement enseveli sous un tunnel, au volant de sa voiture. Pendant qu’une opération de sauvetage d’envergure nationale se met en place pour l’en sortir, scrutée et commentée par les médias, les politiques et les citoyens, l’homme joue sa survie avec les maigres moyens à sa disposition. Combien de temps tiendra-t-il ?