True Lies (James Cameron, 1994)

de le 14/03/2015
 
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A peine deux ans après le succès de Terminator 2 : Le Jugement dernier, James Cameron s’attaque à son nouveau projet qui met une nouvelle fois en scène son ami Arnold Schwarzenegger. Cette fois-ci, le genre est bien plus léger. True Lies est la seule comédie de sa carrière et aussi la seule adaptation. L’idée était de faire un film plus cool, sans gros enjeux.

True Lies 1Le projet est né autour d’un cheeseburger que James Cameron et Arnold Schwarzenegger partageaient un dimanche après-midi lors d’une balade en moto. L’acteur parle de La Totale à Cameron et lui dit qu’il aimerait travailler avec lui une nouvelle fois. Après le gros challenge que représentait Terminator 2 : Le Jugement Dernier, l’adaptation tombait à pic. Mais c’est sans compter sur l’esprit compétiteur de James Cameron. Le tournage s’avère plus difficile que prévu, le réalisateur de Terminator est sur tous les fronts et ne lésine pas sur le temps et les dépenses.

True Lies 2

A première vue et comme n’importe quel long-métrage signé James Cameron, True Lies est une histoire simple. Arnold Schwarzenegger est Harry Tasker, un agent secret en mission. Le concept est assez comique voire ridicule. L’acteur n’a pas le physique pour jouer ce genre de rôle car sa silhouette est loin d’être discrète. Mais sa carrure se révélera être un atout un peu plus tard dans le récit. Il est l’anti-James Bond. Ce n’est pas un séducteur qui sirote des martinis en célibataire. Quand Harry Tasker finit ses journées, il trouve une épouse et sa fille adolescente à la maison. C’est un homme avec de vraies responsabilités. D’ailleurs, le film repose sur le sujet. True Lies est une métaphore du mariage, Cameron voulait même faire un film « anti union » mais il est resté raisonnable. L’affiche devait représenter une main tenant une bombe dont la goupille était une alliance. Mais heureusement, True Lies reste positif grâce à sa conclusion. Le film est d’autant plus intéressant car il aborde un couple qui a un vécu. Il ne s’agit pas d’une rencontre ou de la séduction des débuts. Le duo a un passif et leur histoire doit survivre grâce à leurs efforts et à l’amour qu’il se portent depuis des années. Schwarzenegger et Lee Curtis ne forment pas un couple si improbable que ça. L’alchimie fonctionne grâce à l’écriture des personnage et la direction d’acteurs qui ne met pas de barrage entre le public et eux. Les rôles secondaires trouvent aussi leur place, Bill Paxton en dragueur ringard est hilarant. Son naturel fait presque croire qu’une partie de lui est dans son personnage, surtout qu’il symbolise une nouvelle fois la peur, presque une constante avec ce réalisateur. Quant à Tom Arnold, il est évident qu’il rempli le contrat. Le duo formé avec Arnold Schwarzenegger n’est pas une bromance mais leur équipe fonctionne plutôt bien. Cameron s’est battu pour avoir cet acteur car les studios refusaient de l’engager suite à des histoires de drogue. Tom Arnold n’a posé aucun souci pendant le tournage.

True Lies 3Helen Tasker campée par Jamie Lee Curtis est l’épouse de l’agent secret, son rôle ne cessera d’évoluer tout au long du film. Si elle démarre coincée et figée dans son rôle d’employée de bureau/mère parfaite, elle s’affirme au fil du temps et montre un autre aspect de sa personne. Tout comme son mari au final. Encore un rôle de femme forte dans la filmographie de James Cameron. Jamie Lee Curtis marque aussi les esprits pour le strip-tease qu’elle entreprend dans une chambre d’hôtel. A partir de ce moment là, son mari comme le spectateur changera littéralement de regard sur elle. Bien que l’idée de départ n’était pas de vouloir qu’elle s’émancipe sexuellement pour paraitre forte. La scène devait laisser deviner des ombres chinoises. Son corps ne devait pas se dévoiler. Mais l’actrice avait envie de faire un vrai strip-tease, Cameron avait pourtant refusé. Pour le dissuader, elle s’est introduite dans son bureau pour lui offrir une prestation privée. La scène est aujourd’hui culte et assez réussie.

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L’action est heureusement très présente au sein de True Lies, le film bénéficie d’un bon rythme et certaines scènes sont particulièrement impressionnantes. James Cameron prouve son amour pour John Woo avec la scène où Arnold Schwarzenegger croise des cibles dans les toilettes publiques. Le ton est assez sombre, le ralenti et le ballet avec les armes rappellent le cinéaste chinois.

Même si True Lies reste léger avec un couple qui voyage sur un roller-coaster sur fond d’espionnage, il a cependant fait polémique lors de sa sortie. Le film a été boycotté par une minorité de gens qui affirmaient que le film était islamophobe. James Cameron voulait changer d’ennemi, trop de films ont utilisé les russes dans le rôle des « méchants » selon lui, il a tout bêtement pensé aux terroristes arabes qui faisaient parler d’eux à l’époque. A aucun moment les personnages ne parlent de religion. Aucune référence à Dieu. Il n’y a donc pas d’amalgames. True Lies 5En revanche, True Lies est le genre de film qui n’aurait jamais pu sortir après le 11 septembre 2001. Lorsque le principal antagoniste s’adresse à une caméra pour parler à son ennemi, l’occident, ce passage rappelle vaguement des faits réels. C’est un peu ce qui fait l’authenticité du film. Ce genre de scène serait censurée aujourd’hui car trop en rapport avec les faits divers passés. Une suite était envisageable mais le réalisateur a vite abandonné l’idée après les attentats.

James Cameron ne livre pas son meilleur film, True Lies est loin d’être honteux mais il restera le film le moins passionnant de sa filmographie. Tous les codes cameronniens sont pourtant là, mais il est clair que ce projet n’est pas à 100% le sien. Le ton comique fera passer l’ensemble ainsi que l’écriture des personnages. James Cameron reste définitivement meilleur quand il raconte ses propres histoires, surtout lorsque celles-ci ont un vrai fond. True Lies reste une petite parenthèse ou « le film à réaliser sans contraintes pour se détendre » juste après Terminator 2 et avant Titanic. On ne va pas lui en vouloir.

FICHE FILM
 
Synopsis

Depuis 15 ans, Harry Tasker mène une double vie. Pour sa femme, Helen, c’est un banal représentant en informatique. Pour le gouvernement américain, c’est un espion d’élite spécialiste de la lutte anti-terroriste. Et quand ces deux vies finissent par se rencontrer, Helen et Harry se retrouvent plongés au cœur d’un gigantesque complot international...