Triple 9 (John Hillcoat, 2016)

de le 26/03/2016
 
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De retour quatre ans après Des Hommes sans loi, John Hillcoat nous signe en 2016 un polar vénère et efficace. S’il ne renouvelle pas le genre, l’honnête Triple 9 a quelques belles propositions avec un postulat de départ simple et droit au but. Il s’assure également des scènes d’action pêchues et la performance d’un casting solide porté par de très bons Chiwetel Ejiofor et Anthony Mackie.

Triple 9 1Avec plus ou moins de réussite, John Hillcoat est un cinéaste assurément éclectique. Le western dans le bush australien (The Proposition), le survival post-apo (La Route), le film de gangster sous la Prohibition (Des hommes sans loi) et même important sa mise en scène dans un autre médium (son court-métrage réalisé avec le jeu-vidéo Red Dead Redemption), Hillcoat varie ses gammes et ses contextes pour nous conter ses histoires de bonhommes, gardant cette obsession de la solitude des héros dans un monde violent, propre au genre du western qu’il affectionne tant. En 2015, il signe son long-métrage le plus contemporain avec Triple 9 qui nous plonge dans l’Atlanta d’une police gangrénée par la pègre qui s’accorde des casses commandités pour se payer une retraite au soleil.

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Et c’est avec un premier braquage vénère que s’ouvre le film, avec quatre hommes cagoulés investissant une banque pour n’en braquer qu’un coffre précis. Marmonnant quelques mots d’Espagnol pour mieux brouiller les pistes, la scène quasi muette se fait au rythme nerveux imposé par la bande originale électro cliquetant telle un chronomètre. De l’intérieur de la banque au milieu de la circulation, une violence brute explose à l’écran sans pour autant que les braqueurs cherchent à faire des victimes. Assurément car une fois au calme, au détour d’un plan rapide, leur badge doré se met soudain à briller à leur ceinture. La première idée intéressante que propose Triple 9 est d’établir le jeu du gendarme et du voleur du film braquage en interne, bien que l’influence de la mafia sur certains des personnages est bien réelle. Les flics cherchent (sans le savoir) des flics. C’est alors que le titre du long-métrage prend toute sa substance avec ces ripoux prêts à commettre l’irréparable pour s’assurer la réussite d’un ultime coup qui leur est imposé.

Triple 9 3Triple 9 sait prendre ses distances du grandiose Heat de Michael Mann, avec lequel il est un peu trop lié ou comparé par ailleurs. Le scénario de Mann dessinait avec ses protagonistes des trajectoires individuelles et solitaires en lignes droites et en courbes qui se frôlaient pour mieux se croiser ensuite. Principe sur lequel le cinéma de John Hillcoat se prêtait à merveille. Au contraire, le scénario de Matt Cook (dont c’est le premier boulot de scénariste) organise dans son exposition une véritable toile d’araignée où tous les personnages se connaissent et se tiennent les uns les autres. Cette architecture assez prenante d’autant que le casting est très solide. Chiwetel Ejiofor est impressionnant dans ses parties et Casey Affleck, Aaron Paul ou la sublime Gal Gadot font très bien le job. Bien que cela ne soit pas forcément nécessaire, les motivations des personnages incarnés par Anthony Mackie et Clifton Collins Jr. auraient pu être mieux définies. On craint également au départ un cabotinage traditionnel de la part de Woody Harrelson ou l’accent russkof de Kate Winslet, néanmoins la pilule finit par passer.

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Au-delà d’une traque entre flics, Triple 9 nous présente un Atlanta divisé en communautés. Les gangs mexicains d’un côté, les prostituées des bas fonds de l’autre et les mafieux russes Juifs au-dessus, chaque quartier est tenu par une loi différente que les vétérans ont apprise sur le tas. Image pessimiste et fragmentée qui n’est pas sans rappeler celle du Contre-enquête de Sydney Pollack. Étrangement, le groupe démontrant un semblant d’unité est cette police de la ville. Toutes les origines y sont représentées de manière égalitaire, homme comme femme, si l’on omet bien sûr les quelques pommes pourries dans le panier. Or leur véritable différence vis-à-vis de leur collègue est leur passé. Celui d’agents dans une milice privée durant la dernière guerre d’Irak qui hante encore l’Amérique, dont la remémoration de son souvenir est dépeinte comme aussi malsaine que de lorgner du porno en cachette.

Triple 9 6Triple 9 n’est pas un monument du genre. Bon. Mais cela n’empêche pas le film de John Hillcoat d’être pour le moins efficace, notamment lors de ses assauts ultra prenants. À l’instar de la photographie réaliste de Nicolas Karakatsanis, la caméra reste toujours à hauteur d’homme. Le cinéaste ne nous maintient sur le crasseux plancher des vaches que pour mieux s’envoler lorsque la chasse est ouverte dans toute la mégalopole au déclenchement du seul code 999. On notera aussi cette incroyable montée en tension finale pour un dénouement anti-spectaculaire, à l’opposé de son ouverture. Compte tenu de sa mise en scène, il est clair que les principaux défauts de Triple 9 sont à imputer à son scénario. Un premier scénario plein de bonnes idées, mais dont les retournements auraient gagné en s’éloignant encore plus d’une inspiration/influence (conscientes ou non) par rapport au scénario de William Monaghan pour Les Infiltrés de Martin Scorsese.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ex-agent des Forces Spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu'il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l'inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l'un des malfrats. À la tête de la mafia russo-israélienne, la redoutable Irina Vlaslov ordonne à l'équipe d'effectuer un dernier braquage extrêmement risqué. Michael ne voit qu'une seule issue : détourner l'attention de l'ensemble des forces de police en déclenchant un code "999" – signifiant "Un policier est à terre". Mais rien ne se passe comme prévu…