Transformers : The Last Knight (Michael Bay, 2017)

de le 27/06/2017
 
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Le cheminement contemporain de la carrière de Michael Bay est passionnant : alors qu’il s’est enfin trouvé une forme de maturité dans des projets personnels, il a fait de la saga Transformers à la fois son job alimentaire et son terrain d’expérimentations cinégéniques. Le disciple de la frénésie hollywoodienne est cependant tellement dans une quête du nouveau, de l’exploration des nouvelles formes, qu’une licence qui commence à avoir fait son temps se révèle finalement être une forme de frein. Malgré son savoir-faire tantôt virtuose, Transformers : The Last Knight est le renouvellement d’une formule désormais un peu trop classique, portée par un réalisateur qui ne s’y intéresse désormais qu’à moitié.

Awesome Mike, c’est un peu le lapin Duracell : il ne s’arrête jamais. Son oeuvre est catégorisé comme arriérée, et pourtant c’est un cinéaste dans le sens le plus strict du terme, constamment emporté par une recherche sur la forme, l’évolution de la représentation, l’expérimentation de la sensation au travers de diverses techniques. Dans Transformers 3, il découvrait la stéréoscopie et repensait sa mise en scène en conséquence pour proposer l’un des meilleurs travaux du genre ; dans No Pain, No Gain, il raffinait avec intelligence son style clipesque ; enfin, dans 13 Hours, il collaborait avec Dion Beebe, ancien directeur de la photographie de Michael Mann, pour décaper le filmage du cinéma de guerre post-moderne. L’assimiler à l’ogre hollywoodien est finalement une erreur, car Michael Bay se complaît en fait dans la surprise, et, quoi qu’on en dise, l’originalité.

C’est immédiatement ce qui frappe dans Transformers : The Last Knight, où il trouve un enthousiasme sans commune mesure à filmer des affrontements médiévaux à la lisière du délirant : après tout, c’est nouveau dans son cinéma. Michael Bay n’a jamais été un féru d’Histoire (l’aspect historique de Pearl Harbor le désintéressait), si tant est que la légende arthurienne en soit déjà, mais il y perçoit en revanche l’opportunité d’y trouver de nouvelles formes, de nouveaux terrains filmiques à conquérir. Dès le premier plan (certes à la limite du grotesque, mais d’un autre côté génial tant encore une fois la recherche de cinéma est constante), Bay s’affirme en voulant s’approprier l’incontournable scène de bataille des fresques historiques : ici, il revisite Gladiator et sa bataille dans les forêts germaniques. Toutefois loin de se prendre au sérieux dans sa démarche, uniquement intéressé par les possibilités de représentation, Bay est sciemment iconoclaste. Après tout, il serait malvenu de faire autrement lorsque l’on invoque des dragons mécaniques venus de l’espace dans la légende arthurienne. Son Merlin, campé par l’inénarrable Stanley Tucci, qui parodiait déjà Steve Jobs dans Transformers : l’Âge de l’Extinction, rappelle celui interprété par Nicol Williamson dans Excalibur de John Boorman : excentrique, théâtral, gauche. Michael Bay prend du recul et s’en amuse : c’est bien ce qui rend ce premier acte non seulement généreux, mais plus encore, réellement prenant.

Dès lors qu’il faut renouer avec la recette traditionnelle, impliquant des combats urbains, un monde à sauver et d’autres bidules venus de l’espace, le mojo semble s’évanouir. Il y a peut-être un sursaut lorsque Michael Bay, fort d’un certain héritage spielbergien, façonne une petite bande de gamins à l’esprit Amblin, et dont la jeune héroïne s’avère des plus sympathiques. Hélas, ceci est à nouveau mis de côté, faisant réapparaître les poncifs lourdingues du cinéaste. Pas de surprise, cependant : Bay a déjà fait le tour de ce qu’il filme, et n’aime pas se répéter. Durant une course-poursuite à Londres, il semble incapable (ou peu désireux) de proposer une nouvelle idée de mise en scène, enfermé dans la platitude de l’ensemble. Un comble quand justement 13 Hours comportait une course-poursuite où les idées fusaient comme jamais. La commande semble avoir eu raison de l’enthousiasme pourtant si typique du réalisateur, qui devient blasé et cynique : les transformation se font hors-champ, le moindre élan de générosité est coupé trop rapidement (un segment où Bay revisite Les Douze salopards dans un flashback dure à peine deux minutes), l’ensemble est expédié pour essayer de faire le film le plus “court” de la saga. La “jouissance” pourtant si typique de la saga ne serait-elle pas devenue un brin précoce ?

L’ampleur du récit du film compense ces défauts autant qu’elle les exagère : le jeu de piste imposé autour de la quête arthurienne est un effort scénaristique louable mais résolument gavant car trop peu appliqué, pour surtout le même résultat final que d’habitude : sauver la Terre d’une quelconque super-arme. L’impact de l’histoire est d’ailleurs relatif : la moitié de la planète semble être rasée sans grande conséquence, quand le volet précédent s’appliquait justement à rendre l’expérience de destruction immersive. Il est peut-être regrettable que Michael Bay n’ait pas réalisé le film intégralement sur Cybertron, comme il en avait été question à une époque : ç’aurait été l’occasion d’expérimenter une nouvelle forme, peut-être intégralement en performance capture façon Robert Zemeckis ou James Cameron. Alors que Paramount prépare moult spin-off autour de la saga, il reste à espérer que Transformers : The Last Knight soit le dernier pour Michael Bay, dont le besoin d’émancipation ne correspond plus aux nécessités d’un produit licencié et désormais décliné dans tous les sens.


FICHE FILM
 
Synopsis

The Last Knight fait voler en éclats les mythes essentiels de la franchise Transformers, et redéfinit ce que signifie être un héros. Humains et Transformers sont en guerre. Optimus Prime n’est plus là… La clé de notre salut est enfouie dans les secrets du passé, dans l’histoire cachée des Transformers sur Terre. Sauver notre monde sera la mission d’une alliance inattendue : Cade Yeager, Bumblebee, un Lord anglais et un professeur d’Oxford. Il arrive un moment, dans la vie de chacun, où l’on se doit de faire la différence. Dans Transformers: The Last Knight, les victimes deviendront les héros. Les héros deviendront les méchants. Un seul monde survivra : le leur… ou le nôtre.