Transformers : l’âge de l’extinction (Michael Bay, 2014)

de le 03/07/2014
 
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Exorcisant ses frustrations vis-à-vis de la concurrence, Michael Bay rappelle qu’il est le patron de l’entertainment avec une surenchère d’action qui n’a d’égale que sa générosité. Loin d’être la révolution annoncée, Transformers : l’Âge de l’extinction prend (presque) les mêmes et recommence pour un quatrième volet toujours plus explosif, n’ayant d’autre prétention que d’être une grosse machine à divertir un public large en recherche de sensations fortes.

Transformers: Age of Extinction (2014)Remember Chicago. Il y a trois ans, Michael Bay achevait sa trilogie Transformers avec une pleine heure de chaos en 3D native dans les rues d’un Chicago en ruines, ce qui lui avait valu quelques remontrances du maire de la ville pendant le tournage. Cette débauche d’effets visuels et pyrotechniques devait sceller à jamais l’aventure de manière à ce qu’aucun autre réalisateur ne puisse se mesurer à la folie destructrice de Michael Bay. Ce dernier s’est ensuite vu naître une âme d’auteur en nous pondant l’an dernier le très bon No Pain No Gain. Puis il y a eu Man of Steel. Puis il y a eu Pacific Rim. Voyant très bien ce qu’il se préparait dans l’écurie Warner Bros. à l’époque, Bay n’a pu résister longtemps aux chants des sirènes qui le rappelaient à l’univers de ces robots venus de l’espace et qui se transforment en n’importe quel véhicule. Connaissant l’animal, ce n’est pas pour un quatrième épisode que le réalisateur s’est relancé dans l’entreprise, mais bien pour une toute nouvelle trilogie, dont on présume fortement qu’il se chargera en personne des cinquième et sixième opus.

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Après avoir passé en ordre les figures géométriques de base avec le cube, les pyramides et la Lune, les Transformers passent en 2014 à une nouvelle ère. Un nouvel âge même, celui de l’extinction que nous annonce le logo titre, orné d’une toute nouvelle typographie effilée marquant sa différence avec la précédente trilogie. Où en sommes-nous alors ? Cinq ans après les événements de Chicago relatés dans La Face cachée de la Lune, les humains (ou le gouvernement américain, c’est tout comme) se sont retournés contre les Transformers pour ce qu’ils ont causé. La traque a été menée tambour battant après les Autobots comme les Decepticons, tous considérés comme responsables de ce nouveau 11 septembre 2001. Oui, Michael Bay est resté ce cinéaste subtil que l’on connaît. Exit donc tout le casting initial. Aucune allusion ne leur sera faite dans L’Âge de l’extinction pour mieux les supplanter par de nouveaux protagonistes. Étrange traitement que ces sorts laissés au néant en faisant table rase de trois long-métrages. Michael Bay dit adieu au soleil de la Californie pour l’Amérique profonde, la « vraie », celle des petites gens victimes de la crise économique. Bienvenue au Texas où vit le bodybuildé Mark Wahlberg de No Pain No Gain, que l’on essaie de nous vendre pour un Géo Trouvetou de la campagne et dont le seul hobby est de créer des robots ou de réparer de vieux projecteurs de cinéma. Même si les personnages remplissent plus ou moins les mêmes fonctions que leurs prédécesseurs (Stanley Tucci en parodie de Steve Jobs joue la même partition que John Turturro), on a plus de facilité à créer un lien avec la famille monoparentale de Wahlberg qu’avec un Shia Labeouf en roue libre.

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTIONÉvidemment, de nombreux spectateurs seront déçus. Ceux qui espéraient trouver dans ce Transformers : l’Âge de l’extinction une vraie révolution avec une qualité d’écriture à la Aaron Sorkin et la précision dans la mise en scène d’un Martin Scorsese. Réveillez-vous ! Nous sommes chez Michael Bay et il n’est pas prêt de changer son style. Mieux (ou pire pour les autres), il en rajoute ! « Toujours plus long, toujours plus fort » semble être sa devise avec ses 2h45 (le plus long des quatre films). Engageant pour la troisième fois consécutive Ehren Kruger au scénario, Bay ouvre sa nouvelle trilogie avec en fil rouge une nouvelle menace venue d’ailleurs. Ces extra-terrestres sont aussi bien liés à l’origine des Transformers que responsables de l’extinction des dinosaures, illustrée dans un prologue qui n’est pas sans rappeler l’idée portée par le Prometheus de Ridley Scott. Cela étant, ces nouveaux adversaires n’auront pas tellement de moment de gloire dans cet épisode et reviendront clairement dans les prochains. Le plus intéressant ici est le premier acte qui change fondamentalement les règles avec des Autobots fugitifs, un Optimus Prime moribond et une force armée gouvernementale secrète prête à tout pour éliminer les Transformers. Cette dernière est d’ailleurs même prête à s’allier, bien que cela n’ait aucun sens, avec une troisième faction robotique anonyme que l’on peut distinguer avec leurs yeux verts.

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTION

En dehors de cette mise en place, on retombe très vite dans les travers des précédents films. Tout se mélange. Les intrigues se multiplient plus que de raison, les résolutions sont faciles, les raccourcis nombreux, les enjeux sont souvent flous (à part celui du sempiternel risque d’annihilation totale), les personnages caricaturaux enchaînent les répliques douteuses et les one-liners ridicules. Alors que la série est censée s’adresser en partie aux plus jeunes, le scénario cherche à faire compliqué et s’emmêle tout seul les pinceaux. Le tout ne tient que par la puissance des scènes d’action. Malgré sa durée, Transformers : l’Âge de l’extinction semble mieux rythmé et évite les creux trop longs. Des digressions inutiles offrent systématiquement à Michael Bay la possibilité de s’amuser à la bagarre entre robots. Le film pourrait même être plus long encore compte tenu de plusieurs micro-ellipses, pouvant facilement nous en faire perdre le cours de l’action. En dehors d’effets grossiers qui collent à son style plutôt outrancier, le réalisateur parvient pourtant à démontrer encore son savoir-faire dans la mise en scène des séquences plus détonantes. Les poursuites sont haletantes et les dégâts nombreux. Comme pour La Face cachée de la Lune, le travail de la stéréoscopie est naturel, déployant tout son potentiel, et longs plans sont nombreux. Une 3D qui ravira sans nul doute les spectateurs chinois. En effet, ce quatrième Transformers se place sous le signe d’une coopération économique sino-américaine, dont la dernière heure explosive se déroule à Hong-Kong.

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTIONLa récente officialisation d’un Pacific Rim 2 (alors que le premier n’avait pas marché aux États-Unis) et le maintien d’une conversion stéréoscopique pour tous les blockbusters sont autant de preuves qu’Hollywood ne fait plus de long-métrages uniquement pour le public américain, mais se concentre de plus en plus sur le marché chinois. À sa sortie, Transformers : l’Âge de l’extinction a récolté plus de millions de dollars en Chine qu’aux États-Unis. La logique économique est implacable et le réalisateur a bien su se prêter à ce jeu en établissant sûrement un record du nombre de placements de produits dans un film. On ne s’attardera pas sur la substitution musicale de Linkin Park par Imagine Dragons. Cependant, les marques et les chansons pop ne seront pas les seules intruses. La frustration de Bay par rapport à Pacific Rim et Man of Steel saute aux yeux avec ces clins d’œil appuyés aux deux long-métrages sortis l’été dernier. C’est dans un déluge d’obus et de feu qu’il s’attaque avec virulence à l’ancienne enclave britannique. Sans limites et jusqu’à l’overdose, l’action et les explosions déferlent sans discontinuer pendant la dernière partie. Le point culminant restera l’intervention des Transformers dinosaures, largement mis en valeur dans la promotion du film. Une intervention intense et certainement trop brève comparée à l’attente suscitée. Mais comme pour un bon manège à sensations, c’est beaucoup de patience pour un tour rapide, plus efficace que subtil. N’est-ce pas pour cela que nous allons voir les Transformers ?

FICHE FILM
 
Synopsis

Quatre ans après les événements mouvementés de "Transformers : La Face cachée de la Lune", un groupe de puissants scientifiques cherchent à repousser, via des Transformers, les limites de la technologie.
Au même moment, un père de famille texan, Cade Yeager, découvre un vieux camion qui n’est autre qu’Optimus Prime. Cette découverte va lui de attirer les foudres d’un certain Savoy, dont le but est d’éliminer les Transformers. Pendant ce temps, le combat entre les Autobots et les Décepticons refait surface…