Thor : Le Monde des Ténèbres (Alan Taylor, 2013)

de le 23/10/2013
 
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La phase 2 Marvel, un fantasme qui s’évapore film après film. L’idée de faire appel à de nouveaux auteurs, soit réputés, soit en pleine ascension, ne tient malheureusement pas la route face à la volonté de tout contrôler et de tout cadrer, sans que rien de déborde jamais, de Kevin Feige. Après Iron Man, c’est Thor qui en fait à nouveau les frais. Dommage, car une fois encore, les bonnes idées sont au rendez-vous.

Alan Taylor était attendu comme le messie, un peu naïvement. Comme si le réalisateur issu de la TV, avec un CV plutôt impressionnant (Game of Thrones, mais également Les Soprano, Mad Men, Deadwood, Oz…), avait vraiment son mot à dire face aux pontes de chez Marvel. Sachant que l’ancien roi d’Hollywood, Shane Black, n’a pas eu d’autre choix que de s’écraser avec Iron Man 3, difficile de croire aux miracles. Et de miracle, il ne s’en produit pas avec Thor : Le Monde des Ténèbres, et ce même si par bien des aspects il s’agit du film le plus surprenant produit par le studio Marvel. En effet, pour la première fois, ou peut-être la seconde avec Captain America, il s’agit d’un film qui brandit son appartenance à un genre qui ne soit pas celui du film de superhéros Marvel, même s’il en montre tous les signes de faiblesse. Thor : Le Monde des Ténèbres est parfois fascinant, quand il embrasse totalement l’heroic fantasy, le genre pour lequel le personnage peut justifier toute son existence cinématographique. La présence d’Alan Taylor est alors logique, et ce qu’il parvient à faire s’avère impressionnant. Malheureusement, les réjouissances ne sont qu’épisodiques, car ce second épisode des aventures du héros au marteau s’avère terriblement bancal, plombé une nouvelle fois par des séquences qui tuent dans l’œuf toute réelle ambition.

Thor le monde des ténèbres 1

Étrangement, Thor : Le Monde des Ténèbres s’ouvre sur une séquence de bataille en flashback qui se calque directement sur l’ouverture de La Communauté de l’anneau. Une lutte pour un objet au pouvoir immense, une figure du mal à priori invincible, un ancêtre qui réussit à s’en débarrasser et une astuce pour cacher l’objet en question loin des regards maléfiques. Les enjeux du récit n’ont rien à voir, la mise en scène rejoue la séquence en mode mineur et un brin cheap, mais la construction est assez proche. De quoi lancer la narration sur une voie royale pour qu’enfin l’univers Marvel touche du doigt le mot « épique ». Concrètement, le premier acte du film se concentrant sur Asgaard s’avère être des plus réjouissants tant l’univers qu’il explore prend toute son ampleur, bénéficiant d’une attention toute particulière. Violent, même si toute ombre d’une goutte sang est soigneusement écartée, rythmé, avec tout ce qu’il faut de style, la méthode idéale pour permettre au spectateur de ne pas se focaliser sur des décors désespérément pauvres, en dehors de la cité qui pour sa part se montre foisonnante. Si l’univers du Seigneur des anneaux reste une influence notable, tout au long du film, mais dont l’intrigue aurait été charcutée pour n’en retenir qu’une ligne simpliste, Thor : Le Monde des Ténèbres lorgne méchamment du côté d’une autre immense saga de l’histoire du cinéma, à savoir Star Wars. Des séquences entière sont reprises des deux trilogies, jusqu’à créer une véritable sensation de répétition dans les apparences de Natalie Portman, plus fade que jamais. Se réapproprier un ton et des idées de modèles aussi nobles est plutôt une bonne chose, sauf qu’en parallèle, la horde de scénaristes est bien obligée d’appliquer le cahier des charges Marvel, qui n’a absolument rien en commun avec le petit monument barbare qu’Alan Taylor semblait avoir en ligne de mire. Ainsi, d’un côté se trouvent des séquences d’action plutôt bien fichues et suffisamment nombreuses, des affrontements parfois dantesques, une vraie quête aux relents mythologiques. Et de l’autre un retour brutal au ras des pâquerettes avec des séquences terrestres souvent minables.

Thor le monde des ténèbres 2

La signature Marvel tient en partie dans son humour. Sauf que ce qui fonctionne souvent sur le papier n’est pas nécessairement transposable au cinéma. Donc une fois de plus, un film Marvel se voit plombé par son humour débile, au point que chaque montée en puissance – et il y en a à plusieurs reprises – est avortée. Thor : Le Monde des Ténèbres est un film schizophrène. A chaque instant épique répond une séquence voulue drôle, généralement embarrassante. Au rayon des gros malaises, les apparitions de Stellan Skarsgård en caution comique, tantôt à poil, tantôt en slip, alors que l’acteur vaut tellement mieux que ça. De la même façon, l’humour le plus intéressant du film, s’appuyant sur l’arrogance du personnage de Thor, n’est jamais exploité, au profit de gags là encore crétins au possible et tuant la dynamique de la narration (exemple flagrant : Thor qui entre dans un appartement et accroche son marteau à un porte-manteaux, ou pire, Thor qui prend le métro). Difficile de concilier ces deux approches radicalement opposées, et impossible pour Alan Taylor d’exploiter le potentiel heroic fantasy de son premier long métrage. Handicapé par la nécessité de faire un « film Marvel », à savoir avec une prolifération de running gags (ceux qui veulent tuer Loki s’il fait un pas de travers), une pointe de cynisme (à propos de Captain America), un trop plein de fan service et une résolution à peu près incompréhensible dans son déroulement. C’est d’autant plus rageant que le film possède des moments plus qu’exaltants, d’un duel entre les 9 mondes à une chouette illusion de Loki (qui au passage hérite d’un arc narratif à la portée dramatique assez géniale), en passant par une séquence de funérailles magnifique, une autre de fuite habilement montée, quelques passages iconiques à souhait et un Idris Elba qui en impose toujours autant, dans une composition tragique. Alan Taylor assure côté mise en scène, sans éclair de génie et malgré plusieurs plans dégueulasses (soit flous, soit appauvris par des compositions numériques très laides), Chris Hemsworth montre toujours ses abdos mais cache toujours son charisme, Brian Tyler se fait plaisir avec une bande originale peu marquante mais aux accents épiques appuyés. Le problème est donc à peu près toujours le même chez Marvel, l’ambition des auteurs rameutés est sérieusement bridée et ne restent que des scories de ce qu’aurait pu être ce film avec plus de liberté. A noter qu’il y a deux séquences post-générique, la première annonçant ce qui sera peut-être le meilleur film Marvel, à travers un personnage… surprenant. La seconde est encore plus ridicule que celle d’Avengers.

FICHE FILM
 
Synopsis

Thor : Le Monde des ténèbres nous entraîne dans les nouvelles aventures de Thor, le puissant Avenger, qui lutte pour sauver la Terre et les neuf mondes d’un mystérieux ennemi qui convoite l’univers tout entier… Après les films Marvel Thor et Avengers, Thor se bat pour restaurer l’ordre dans le cosmos, mais une ancienne race, sous la conduite du terrible Malekith, un être assoiffé de vengeance, revient pour répandre les ténèbres. Confronté à un ennemi que même Odin et Asgard ne peuvent contrer, Thor doit s’engager dans son aventure la plus dangereuse et la plus personnelle, au cours de laquelle il va devoir s’allier au traître Loki pour sauver non seulement son peuple et ceux qui lui sont chers, mais aussi l’univers lui-même.