The World of Us (Yoon Ga-eun, 2016)

de le 02/11/2016
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Yoon Ga-eun signe une jolie histoire d’une douceur et d’une pudeur extrême. Avec un très jeune casting d’un talent infini, The World of Us est autant une belle parenthèse pleine de lumière qu’une réflexion universelle et impliquée sur l’enfance et les drames que l’on y traverse. 

the-world-of-us-12016 marque l’année pour la réalisatrice Yoon Ga-eun de ses débuts dans le long-métrage. Après trois courts signés depuis 2009, son passage dans la cour des grands s’effectue dans le monde de l’école primaire coréenne, avec une petite histoire d’amitié qui cache en elle de grandes ambitions. C’est ainsi que l’on pourrait résumer The World of Us, présenté lors de la dernière Berlinale et programmé dans la section portrait consacrée à la réalisatrice lors du Festival du Film Coréen à Paris en 2016. En contre-point de ces grosses productions sorties cette année en Corée du Sud avec ses castings composés d’acteurs méga stars, le film de Yoon Ga-eun prouve qu’en resserrant son aventure autour d’une simple amitié entre deux petites filles, il peut en résulter une pure cascade d’émotions fortes qui saura toucher le plus grand nombre.

the-world-of-us-2

The World of Us a cela d’émouvant car il sait toucher à l’universel. Yoon Ga-eun n’a pas cherché à signer une critique particulière sur le système d’éducation de son pays. Non. Le film commence tout bonnement dans une cour de récréation, comme il en existe de millions dans le monde, où la mignonne petite Sun (Choi Soo-in) vient à être la dernière a être choisie par ses camarades pour jouer à la balle au prisonnier… et la première à être visée. Discrète, sans doute trop, elle est aussi la cible des filles les plus populaires de sa classe de CP et souhaite, qu’après les vacances d’été, les choses tournent en sa faveur. C’est alors que survient Jia (Seol Hye-in) qui vient d’emménager au début de l’été et les deux filles vont immédiatement tisser un lien d’amitié fort et sincère. Dans le monde du cinéma, il est assez rare de faire appel aux jeunes enfants pour tenir des rôles principaux. Ils font partie de ces facteurs imprévisibles sur le plateau, mais dont la spontanéité et la sincérité crèvent souvent l’écran. La réalisatrice Yoon Ga-eun semble ne pas avoir été effrayée une seule seconde par la tâche de créer les hauts et les bas de cette amitié naissant un été.

the-world-of-us-3Au sortir du film, il faut saluer l’étonnant travail de direction de Yoon Ga-eun auprès de ses jeunes actrices et acteurs. On peut ainsi assister à de longs plans de dialogue entre les deux héroïnes où nos deux actrices en herbe tiennent leur texte et le ton jusqu’au bout. La participation du frère cadet de Sun est encore plus surprenante de fraicheur, elle qui doit le couver en l’absence de sa mère. Avec ce genre d’histoire, on était en droit de craindre de voir apparaître des scènes avec des crises de larmes ou du pathos à la pelle. Or, il n’en est rien. Yoon Ga-eun instille avec pudeur les émotions de ses personnages, les cachant derrière un regard fuyant. Les silences comme les accusations sonneront double lorsque la relation entre Sun et Jia paraissait fusionnelle avant leur rentrée en CE1. The World of Us porte bien son titre. La réalisatrice ne traitera jamais avec condescendance ses personnages. Elle nous fait pleinement intégrer leur monde à elles avec une camera se plaçant à leur hauteur. Les adultes semblent lointains, leurs têtes débordant souvent au-dessus de l’écran.

the-world-of-us-4

Cependant, plusieurs thèmes qui traversent le film les impliquent directement. D’abord, par leur absence, les enfants souffrent intérieurement. Leur épanouissement s’en ressent. Ils agissent en adultes quand ils doivent s’occuper de plus jeunes qu’eux, parfois en jouent quand ils sont seuls, mais ont du mal à dissimuler cette trop grande distance avec leurs parents occupés à travailler dans leur monde à eux. Ensuite, par leur présence regrettable, où les enfants se renvoient la seule situation sociale que leurs parents peuvent leur offrir et paient cash les fautes de ces derniers. Or, Yoon Ga-eun nous démontre avec une infinie sagesse que, riche ou pauvre, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Ce sera avec la même pudeur que la réalisatrice conclura The World of Us. Un jeu innocent, un mot, un regard et on recommence.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sun rencontre Jia le dernier jour d’école avant les vacances estivales. Elle qui est toujours laissée à l’écart par ses camarades va se lier d’amitié avec cette nouvelle au cours de l’été, jusqu’à devenir inséparables. Mais la rentrée des classes approche, et Sun craint qu’à l’école, leur amitié ne change…