The Wave (Roar Uthaug, 2015)

de le 12/07/2016
 
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Le carton norvégien de 2015 The Wave débarque dans les salles françaises sans craindre de la concurrence américaine. Oui, la Norvège n’a rien à prouver à Hollywood et le réalisateur Roar Uthaug en fait la preuve avec un blockbuster honnête et vraiment spectaculaire. Un film catastrophe dans la plus pure tradition des années 1990, autant dans ses qualités plastiques et techniques que dans ses faiblesses d’écritures.

The Wave 1Tandis que les salles françaises se noyaient fin août 2015 sous les superproductions américaines dans les derniers relents des Profs 2, les salles norvégiennes accueillaient, elles, un blockbuster tout ce qu’il y a de plus local. Et pourtant, ce The Wave a de quoi rivaliser avec Hollywood. Avec à la barre Roar Uthaug à qui l’on doit Cold Prey en 2006 et Dagmar: L’âme des vikings en 2012, ce film catastrophe est un sacré coup de bluff de la part du cinéma norvégien. Les clichés nous font encore croire que l’Europe ne peut proposer autant voire mieux que ce dont nous abreuve la machine à cash de l’Oncle Sam en période estivale et à Noël. Pourtant, le Pioneer d’Erik Skjoldbjærg nous annonçait déjà en 2013 la couleur de l’ambition de la Norvège en terme de cinéma. Deux ans plus tard, c’est donc à Roar Uthaug qu’incombe la mission (impossible) de sortir du très grand spectacle à l’échelle norvégienne, sans non plus renier la culture de ce long pays qui surplombe la Scandinavie.

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Bien que l’évocation du Pic de Dante de Roger Donaldson vous donnerait envie de vous enfuir en courant, prenez tout de même le temps de lire les prochaines lignes. À la découverte de The Wave, correspond parfaitement le schéma de ce film catastrophe avec Pierce Brosnan et Linda Hamilton. Son scénario reprend le cheminement qu’empruntait l’explosion du volcan de 1997. Nous aurons en personnage principal Kristian, le lanceur d’alerte interprété par Kristoffer Joner et que tous, notamment ses collègues, jugent alarmiste sur la situation. Une famille à protéger, des habitants inconscients du danger qui les guette et l’histoire qui rappelle en introduction par l’archive que le risque est bien réel. Cependant, aussi humble soit il, un film norvégien ne peut rivaliser en terme de budget avec un blockbuster d’Outre-Atlantique. Ainsi, le travail des scénaristes Harald Rosenløw-Eeg et John Kåre Raake s’en ressentira en taillant massivement dans le gras pour en arriver à l’essentiel et l’efficace. Les sous-intrigues et soubresauts qui précédent le cataclysme sont éjectés pour nous concentrer exclusivement sur ce qui importe vraiment. The Wave prend comme référence scientifique et historique un puissant glissement de terrain ayant provoqué une vague dévastatrice qui détruisit le village de Tafjord en 1934, provoquant la mort de quarante personnes. Cette fois, la fiction menace les protagonistes d’un tsunami ravageur de 80 mètres.

The Wave 3Ce ne serait pas vous gâcher le film en vous révélant que la vague a bel et bien lieu ! Réglé comme une horloge, le long-métrage qui fleure bon cette mode des films catastrophe de la fin des années 1990 ne nous déçoit pas côté spectaculaire. Les effets visuels sont très impressionnants (pour un film norvégien, scandinave, européen, rayez la mention superflue). Roar Uthaug sait quand et comment filmer afin que la sensation de destruction soit encore plus violente à l’image. Le réalisateur affiche une constance dans sa mise en scène des plans larges. Qu’un hélicoptère survole la vallée ou qu’un mur d’eau s’abatte sur une petite route à flanc de montagne, The Wave est visuellement irréprochable. Cette performance, reposant en partie sur la technique, est plus incroyable encore avec un budget d’à peine 6 millions d’euros. Une goutte d’eau vis-à-vis de la concurrence. Mais le réalisme scandinave aura finalement eu raison de cette restriction financière. Uthaug gère aussi aisément son suspense le temps que cette vague se forme et arrive jusque là où elle posera problème pour les pauvres mortels impuissants face à la nature impitoyable. Collés à la famille de Kristian et de leurs mésaventures post-tsunami. Calqué sur le long-métrage de Roger Donaldson, celui-ci explore le désastre en deux temps. C’est ainsi que, suivant le « pendant », The Wave entamera sa partie la moins réussie avec « l’après ».

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Car la force de la séquence clé du film de Roar Uthaug tient aussi du fait que la durée de la vague est limitée dans le temps. Après cette poussée extrême d’adrénaline, le rythme s’apaise mais ne s’arrête pas. La petite famille de Kristian sera séparée par les éléments et il faudra bien qu’ils se retrouvent, chacun pris au piège de son côté. L’apport du chef opérateur John Christian Rosenlund, de Gina Calin aux décors et de de Lina Nordqvist à la direction artistique en impose avec ces paysages de destruction en Cinemascope. Malgré la générosité de tous ces talents, The Wave ratera avec trop d’enthousiasme la dernière marche. Le seul point noir est ce dernier quart d’heure trop “américain” diraient certains. Le réalisateur norvégien n’aura pas su bien calculer les distances à prendre avec ses oncles d’Amérique. Un difficile jeu d’équilibriste qui lui aurait évité d’amasser autant leurs qualités que leurs défauts dans son film. Toutefois, Roar Uthaug nous aura montré à voir avec cet impressionnant The Wave. Une sacrée carte de visite qui le propulse désormais à Hollywood avec le reboot de la saga Tomb Raider, laissée à l’abandon depuis treize ans. Il n’aura seulement signé au passage que le numéro un du box office de l’année 2015 dans son pays et le premier film catastrophe de l’histoire du cinéma norvégien.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après plusieurs années à surveiller la montagne qui surplombe le fjord où il habite, Kristian, scientifique, s’apprête à quitter la région avec sa famille. Quand un pan de montagne se détache et provoque un Tsunami, il doit retrouver les membres de sa famille et échapper à la vague dévastatrice. Le compte à rebours est lancé...