The Tiger: An Old Hunter’s Tale (Park Hoon-jeong-I, 2015)

de le 28/10/2016
 
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Scénariste émérite pour Kim Jee-woon et Ryoo Seung-wan, passé à la réalisation depuis quelques années, Park Hoon-jeong-I affirme un talent grandissant film après film. Pour The Tiger: An Old Hunter’s Tale, présenté au 11ème Festival du Film Coréen à Paris, il retrouve l’immense Choi Min-sik et lui offre un très grand rôle dans un film qui aurait pu être tout aussi immense.

the-tiger-1Si The Showdown était assez faiblard comme débuts en tant que metteur en scène, le polar The New World prouvait que Park Hoon-jeong-I n’était pas doué que pour écrire d’excellents scénarios (J’ai rencontré le Diable et The Unjust). Avec The Tiger: An Old Hunter’s Tale, le réalisateur sud-coréen tente de transformer l’essai avec un film « historique » et surtout une forme d’aventure hors du commun. Situé dans une Corée sous occupation japonaise, The Tiger: An Old Hunter’s Tale est bien dans l’air du temps de la production locale. Pas seulement pour le contexte mais également, et malheureusement, dans une approche patriotique qui vire volontiers à l’œuvre propagandiste. De quoi handicaper sérieusement un récit qui souffre déjà de maladresses, et qu’une mise en scène assez somptueuse ne parvient pas à garder complètement sur les rails.

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Premier problème de taille, The Tiger: An Old Hunter’s Tale souffre d’importantes redondances et de digressions inutiles, comme s’il fallait à tout prix remplir le contrat d’un film de 2h20 quand le récit pourrait être facilement dégraissé de 30 bonnes minutes. Minimum. Ensuite, cette volonté de propagande devient vitre très agaçante. Avec d’un côté les gentils coréens – à un près, ils sont tous moralement inattaquables – et de l’autre les méchants japonais, tellement méchants et cruels qu’ils massacrent des tonnes d’animaux pour la gloire et cherchent à effacer une espèce de la surface de la Terre. Tellement méchants qu’un tigre préfèrera attaquer des japonais plutôt que des coréens. C’est assez ennuyeux et c’est la conséquence d’un traitement de l’animal assez flou. En effet, au lieu d’y aller franchement pour en faire une sorte de totem mythologique, Park Hoon-jeong-I hésite et aborde cet animal en faisant l’erreur de l’anthropomorphisme. C’est quand le tigre est traité comme une divinité que sa présence prend pourtant tout son sens, symbole de noblesse, de robustesse et de lutte.

the-tiger-3C’est ennuyeux car The Tiger: An Old Hunter’s Tale est, par ailleurs, un film d’aventure formidable, qui place en son cœur quelques valeurs fondamentales qu’il est plaisant de retrouver. Ainsi, il est franchement dommage de voir un si beau film parasité par des choix douteux au niveau de l’écriture. Car qu’il s’agisse de la relation dévoilée peu à peu entre le tigre et le personnage de Choi Min-sik, le rapport à la famille, le sacrifice pour sauver les siens… le film s’appuie sur de nobles piliers et une symbolique souvent très puissante. Et ce jusqu’à un final s’avérant, sur ce plan, tout simplement magnifique, épuré et débarrassé de toute approche politique et de toute rancune. Les diverses confrontations avec le tigre trouvent d’ailleurs leur efficacité grâce aux effets spéciaux qui, s’ils ne peuvent prétendre atteindre les sommets d’un Livre de la jungle ou de L’odyssée de Pi, sont d’un excellent niveau lors des gros plans sur l’animal. Le rendu est plus malheureux sur certains plans larges ou lorsqu’il s’agit de créer d’autres animaux, des loups aux bébés tigres, gentiment hideux.

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The Tiger: An Old Hunter’s Tale n’est jamais aussi bon que quand il se souvient de la nature de son titre. A savoir l’illustration d’une légende. Celle d’un chasseur de légende face à une créature de légende. Dans ces moments, il véhicule les grandes figures du cinéma d’aventure, de l’homme face à la nature hostile. Dans ces moments, Choi Min-sik est immense d’abnégation et d’intensité et le film prend une portée presque métaphysique, à l’image du Territoire des loups ou de The Revenant. Sauf que ces moments souffrent d’un scénario hasardeux et de ce manichéisme tourné en propagande, des éléments qui affaiblissent considérablement ce qui aurait pu être un film d’aventure immense. En effet, dans ses plus beaux moments, The Tiger: An Old Hunter’s Tale trouve un souffle épique, une énergie folle et même une forme de sauvagerie, porté par une mise en scène qui sait trouver de l’ampleur et en imposer en terme de grand spectacle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Corée, 1925. Man-duk vit sur le Mont Jirisan avec son fils de 16 ans. Il fut un temps où il était le meilleur chasseur du pays, mais depuis la mort de sa femme, ces jours sont derrière lui. Le gouverneur japonais fait systématiquement abattre tous les tigres de la région, animal symbole de la rébellion coréenne, à tel point qu’il n’en reste plus qu’un dans la montagne, craint et respecté de tous. Pour le chasser, les Japonais engagent un groupe de chasseurs coréens, qui aimeraient que Man-duk se joigne à eux…