The Target (Chang, 2014)

de le 26/05/2014
 
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Remake officiel du second film de Fred Cavayé, The Target avait tout pour se transformer en une petite bombe d’action, en voyageant du côté du pays du matin pas si calme. Malheureusement, le film de Chang, s’il ne manque pas de séquence de haute voltige en terme d’action, passe globalement à côté de ce qui faisait la force de son modèle, et notamment son concept de « film-poursuite » qui en faisait une œuvre en mouvement perpétuel.

The Target 1Si Fred Cavayé se fait allègrement, film après film, assassiner par la critique bobo, ses films si efficaces comblent généralement le public et ce, jusqu’en dehors des frontières de notre pays. Après, Les Trois prochains jours, remake US de Pour elle par Paul Haggis, voilà que déboule The Target, remake sud-coréen de sa bombe A bout portant. Une séance de minuit à priori très recommandable pour le Festival de Cannes, sauf que le film passe à côté de tout son potentiel et se contente d’une relecture peu finaude de l’original tout en se confortant dans le moule étriqué du thriller coréen classique qui récite ses gammes sans grande conviction. Appliqué, sans génie, Chang tue la poule aux œufs d’or.

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Au premier abord, si The Target possède son lot de scènes abrutissantes, il n’est en rien un échec total. Le film souffre simplement d’une approche qui n’a absolument rien d’original par rapport à ce que la Corée du Sud et Hong Kong produisent dans le genre du thriller d’action depuis une dizaine d’années. Il souffre également d’un scénario faussement alambiqué qui joue sur des fausses pistes un peu bêtes et une construction peu maîtrisée. Concrètement, il s’inscrit dans le milieu de tableau du genre, n’apportant rien de neuf et rien de très exaltant, au contraire d’A bout portant dont il reprend les grandes lignes en lui apportant son lot de nouveaux éléments pas toujours bien sentis. La principale différence est avant tout structurelle, avec un premier acte beaucoup trop pantouflard, manquant cruellement d’action là où Fred Cavayé misait tout sur une forme d’accélération qui en faisait un véritable film-poursuite plus qu’un thriller. Ici, tout est plutôt immobile et les choses s’accélèrent bien trop tard, tout en ne maintenant pas la sensation de vitesse. Chang, que nous avions découvert en France grâce à Death Bell, distribué directement en vidéo, a beau s’appuyer sur quelques artifices formels parfois bien sentis, il peine à imprimer une once de rythme à son film qui frôle les deux heures.

The Target 3Ainsi, là où l’approche de Fred Cavayé se rapprochait des meilleurs exercices de style du genre, y compris coréens, celle de Chang se love dans une narration confortablement classique, avec ses flashbacks attendus, ses scènes nocturnes sous la pluie, ses cris et ses scènes d’interrogatoire et de torture musclées et sanglantes, répondant ainsi au cahier des charges presque caricatural de tout polar coréen qui se respecte. The Target ne trouve jamais d’identité propre, ses scènes d’action ne brillent pas particulièrement par leur efficacité, même si des cascades de haut niveau sont au rendez-vous, notamment à cause d’un montage pas toujours bien senti. A l’image de cette séquence à priori géniale qui voit Baek Yeo-hoon partir dans un raid vengeur bien énervé et débarquer dans un lieu rempli d’ennemi à défoncer, qui démarre comme un plan-séquence brutal et virtuose mais se voit anéanti par des choix de montage qui troublent sa lisibilité. Chaque petit tour de force souffre ainsi de choix censés apporter du rythme mais rendant l’ensemble peu lisible. Dommage.

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Dommage également de s’appuyer sur plusieurs scènes essentielles mais un peu embarrassantes censées véhiculer une émotion tellement artificielle qu’elle en devient presque grotesque. Dommage de céder à des facilités d’écriture qui jouent sur divers coups de chance comme détonateurs narratifs. Dommage de sacrifier la rythmique si particulière du film de Cavayé pour ne garder que des jalons précis afin de cadrer l’intrigue. Pourtant, The Target fonctionne quand même parfois, même s’il est parfois absurde. Ceci grâce aux prestations du trio formé par Ryoo Seung-ryong, Lee Jin-wook et Yoo Joon-sang, sans aucune retenue, en faisant des tonnes, mais suffisamment charismatiques et expressifs pour véhiculer quelque chose. Il fonctionne également grâce à la mise en scène de Chang, globalement très propre et conférant au film une certaine force graphique, même si là également, il n’y a rien de bien nouveau. Comme souvent dans ce cas, autant revoir l’original plutôt que cette copie assez fade, bien exécutée mais sans le moindre génie, moins efficace et clairement noyée dans la moyenne de la production de thrillers coréens. Même le sempiternel discours sur la corruption policière commence à sentir le réchauffé, surtout via un traitement aussi sommaire et grossier. The Target est vraiment l’exemple type du thriller lambda, alors qu’il s’inspire d’un film d’une énergie assez folle. Un beau gâchis, tant le côté extrême du cinéma coréen aurait pu transcender le récit original.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien mercenaire d'élite, Yeo-hoon mène désormais une vie normale. Un jour, il tombe nez à nez avec un homme qui vient d'être tué. Les tueurs attaquent alors Yeo-hoon, pendant la poursuite, celui-ci est blessé par balle. La victime se révèle être le dirigeant d'une grande boîte et Yeo-hoon devient le principal suspect. Yeo-hoon est admis à l'hôpital où le docteur Tae-jun travaille. Pendant son service de nuit, Tae-jun sauve Yeo-hoon des mains des tueurs. Le lendemain, Tae-jun reçoit un appel des tueurs : sa femme enceinte à été enlevée. Ils la libéreront en échange de Yeo-hoon. Pour sauver sa femme, Tae-jun aide Yeo-hoon à s'enfuir. Commence alors une course-poursuite de 36 heures pour les deux hommes.