The Ryan Initiative (Kenneth Branagh, 2014)

de le 30/01/2014
 
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Il y a des héros qu’il faut laisser tranquilles, car ils ont bien mérité leur retraite. C’est le cas de Jack Ryan, création de Tom Clancy qui a vu la qualité de ses adaptations décroitre film après film et qui, après une vilaine estocade portée par Phil Alden Robinson et Ben Affleck, était dans un sommeil qu’il n’avait pas volé. Las, des têtes pensantes d’Hollywood ont décidé de transformer un bon script en un reboot de la franchise. Une erreur terrible qui fait de The Ryan Initiative un des thrillers d’espionnage les plus tristes de ces dernières années.

JACK RYAN: SHADOW RECRUITLes signes avant-coureurs étaient nombreux. Un réalisateur n’ayant plus rien fait de potable depuis bientôt 20 ans (le coup d’éclat Hamlet), un acteur principal très hype mais sans la moindre présence à l’écran, un script soit-disant excellent mais qui n’avait rien à voir avec Jack Ryan retravaillé par David Koepp pour tisser tant bien que mal des liens avec le personnage, une intrigue opposant les USA et la Russie ringarde au possible… il ne fallait bien évidemment pas s’attendre à un chef d’œuvre. Et en effet, The Ryan Initiative n’en est pas un, ni même un film potable, mais simplement une grosse tâche dans la filmographie de tous ceux qui y ont participé, le fond de tiroir du film d’espionnage et une négation à peu près totale de l’essence du personnage de Jack Ryan. Mais pire que tout, c’est un film qui ne procure aucune sensation, qui ne dégage aucune énergie et foire à peu près toutes ses tentatives de tours de force, à grands coups de mauvaises idée et d’incompétence chronique.

JACK RYAN

Pourtant, tout ne partait pas si mal. Si l’introduction s’avère extrêmement classique structurellement, elle permet de poser les bases d’un véritable « reboot » du héros. The Ryan Initiative n’est pas adapté d’un roman de Tom Clancy, une première, et se voit donc dans l’obligation de poser de nouvelles bases, dans la mesure où l’objectif n’est pas de développer un personnage existant. Ainsi, l’analyste de la CIA issu d’une vaste paranoïa liée à la guerre froide hérite d’un nouveau trauma, le 11 septembre. Ce sont les restes du script original d’Adam Cozad intitulé « Dubai », retravaillé sous le titre « Moscow » puis transformé en reboot de la franchise Jack Ryan. C’est là que tient tout le paradoxe improbable de ce film : utiliser le trauma du 11 septembre ayant entraîné une nouvelle forme de paranoïa liée au terrorisme envers le peuple arabe, mais le transformer en une menace russe comme cela était le cas dans tout le cinéma américain jusqu’à la fin des années 90. Un lien complètement artificiel, voire carrément grossier, avec ce que représentait le personnage de Jack Ryan. Plus ennuyeux, ce petit génie analyste de la CIA est ici transformé en une sorte de playboy de pacotille, véhiculant des valeurs morales vieillissantes (l’obsession pour le mariage, justifiée de façon bien peu habile), mais surtout en un hybride entre un trader et un analyste purement financier. Tout l’aspect géopolitique, si fascinant chez Tom Clancy, est réduit à des notions vulgaires dans un film qui a la fâcheuse tendance à regarder en arrière avec beaucoup d’insistance.

JACK RYAN: SHADOW RECRUITAutre preuve de son caractère passéiste, le retour d’un motif qui s’était un peu perdu, celui du black comme première victime du film. Ceci dit, il arrive au terme de la seule séquence d’action plutôt bien mise en scène. Fort heureusement, l’action n’est clairement pas l’objectif de Kenneth Branagh, de toute façon à peu près incapable de traiter cela correctement. Il préfère une approche posée, cherchant sans doute à rendre hommage aux thrillers paranoïaques des années 70. L’angle d’attaque est tout à fait louable, le résultat beaucoup moins. The Ryan Initiative est un film incroyablement mou et dont le rythme n’est jamais équilibré par son intrigue. Le suspense de l’ensemble reste nul, tout comme les surprises que voudrait aménager le script, qui ne fait finalement que dérouler une intrigue basique et linéaire sans aucun intérêt. Jack Ryan pirate un ordinateur, fait semblant d’être bourré, court et saute partout, fait de la moto… nul doute que l’objectif véritable, venant sans doute des décisionnaires pour brider l’ambition 70’s du réalisateur, est de pondre un thriller lambda s’inscrivant dans la suite de La saga Bourne, des Mission: impossible et derniers James Bond. Et le résultat fait pâle figure face à ses modèles ou même face aux vrais héritiers de ce cinéma que sont Jack Reacher ou La Taupe.

JACK RYAN: SHADOW RECRUIT

Difficile de trouver une once d’efficacité dans The Ryan Initiative, autant à cause de sa narration asthmatique que de sa mise en scène extrêmement pantouflarde, voire carrément à côté de la plaque. Kenneth Branagh récite ses gammes classiques, tout en jouant au méchant bad guy russe compilant à peu près tous les clichés possibles et imaginables sur ce type de personnage (colérique, inhumain, dragueur et imbibé de vodka), et se vautre au moment de filmer l’action. Et ce dès la séquence imbuvable de l’hélicoptère, jusqu’à l’inusable motif de la poursuite souterraine. D’autant plus que The Ryan Initiative souffre de trous béants au niveau du montage qui laisseraient presque penser que le produit n’est pas totalement terminé. Dans cette débâcle générale, Chris Pine fait du Chris Pine, à savoir qu’il ne véhicule pas la moindre émotion (et pourtant Branagh en fait des tonnes pour donner du sens à cette bluette qui n’a pas sa place), Keira Knightley semble se demander ce qu’elle est venue faire dans cette galère, et Kevin Costner assure en patron malgré un personnage de mentor désespérément inconsistant. Peu emballant, ennuyeux à mourir, très mal écrit (plusieurs lignes de dialogue sont un sommet de bêtise) et shooté sans aucune grâce, The Ryan Initiative représente tout ce qu’il ne fallait pas faire pour faire renaître le personnage de Jack Ryan qui devient un ersatz tout lisse des James Bond et autres Jason Bourne modernes. Pour s’en convaincre, s’il fallait en rajouter une couche, la réplique finale « Je m’appelle Ryan, Jack Ryan » ne laisse aucun doute sur l’ambition de ce triste film qui n’a que le mérite de donner envie de revoir A la poursuite d’octobre rouge.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien Marine, Jack Ryan est un brillant analyste financier. Thomas Harper le recrute au sein de la CIA pour enquêter sur une organisation financière terroriste.
Cachant la nature de cette première mission à sa fiancée, Jack Ryan part à Moscou pour rencontrer l’homme d’affaires qu’il soupçonne d’être à la tête du complot.
Sur place, trahi et livré à lui-même, Ryan réalise qu’il ne peut plus faire confiance à personne. Pas même à ses proches.