The November Man (Roger Donaldson, 2014)

de le 07/11/2014
 
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Voilà plus de trente ans que Roger Donaldson excelle dans son rôle de yes man à Hollywood, avec quelques petits éclairs au milieu d’une tripotée de navets. Dans une vague de thrillers d’action depuis quelques années, après avoir mis en scène Jason Statham et Nicolas Cage, il se paye cette fois Pierce Brosnan dans une sorte de film d’espionnage gonzo con comme la Lune mais parfois très efficace.

The November Man 1James Bond pour la vie, Pierce Brosnan a vraiment du mal à se sortir de cette image, et ce malgré quelques tentatives pourtant excellentes. The November Man ressemble au film de la résignation, dans lequel il enfile le costume de l’espion à la retraite. Le film de Roger Donaldson utilise un schéma vu des millions de fois, celui du super-agent qui se la coulait douce dans sa retraite dorée, dans un paradis fiscal, et qui va devoir reprendre son flingue pour une ultime mission pendant laquelle, ô surprise, il retrouvera son ancien élève. Absolument rien d’original là-dedans, The November Man reproduisant paisiblement toutes les figures de style inhérentes au genre. Un vrai travail de yes man appliqué mais sans véritable point de vue, avec une poignée d’idées amusantes noyées dans un ensemble gentiment balourd.

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The November Man a ceci d’agaçant qu’il reproduit à peu près tous les passages obligés du thriller façon Liam Neeson, à savoir le old-badass au ras des pâquerettes. Tout y passe, des répliques cinglantes du vieux singe qui ne quitte jamais son costume de kéké grisonnant, aux séquences d’action expéditives. Grosso modo, Pierce Brosnan défouraille à tout va quiconque vient à croiser sa route, toujours impeccable sur lui et tout fier d’avoir en permanence un coup d’avance sur ses poursuivants. Tellement fier qu’il ne rate pas une occasion de les humilier au téléphone façon « Tu vois, je t’ai bien eu petit joueur ». C’est amusant cinq minutes, mais sur 1h30, tout cela finit par devenir un brin répétitif. D’autant plus qu’il ne faut pas s’attendre à la moindre surprise, aussi bien au niveau du déroulement des péripéties que de la conclusion. Là où The November Man fonctionne malgré tout, c’est dans son aspect purement gonzo. Bête et assumé comme tel, le film déroule son récit avec un sérieux imperturbable qui finit par devenir hilarant. Involontairement comique, car tournant finalement à la caricature du genre, mais mille fois plus digeste qu’un Taken 2 par exemple, le film de Roger Donaldson avance en roue libre sur un scénario prétexte à enchaîner les scènes d’action improbables, mais toujours propres. On n’enlèvera pas au réalisateur une grammaire cinématographique certes pauvre, mais globalement très efficace. Pas un plan qui fasse crier au génie, mais un découpage précis et logique, ce qui est plutôt appréciable par les temps qui courent.

The November Man 3Néanmoins, l’ensemble n’est vraiment pas mémorable. Que ce petit raid sur fond de nouvelle guerre froide reste sympathique, soit, mais c’est tout de même assez pénible sur la longueur. Roger Donaldson est à la peine pour conserver un semblant de rythme du début à la fin, et l’accumulation de poncifs du genre finit par ennuyer. A vrai dire, The November Man n’est qu’un thriller ringard de plus. Suffisamment débile et expéditif pour trouver sa place sur les étagères d’un vidéo-club pour une soirée pizza-bières, sauf que cette époque est révolue et que le film n’a finalement sa place nulle part, si ce n’est dans les limbes d’une production hollywoodienne de bas étage. Des méchants russes très très méchants, un espion toujours classe, un rookie qui fait des erreurs de rookie, une femme obligée de se sexualiser à outrance pour exister à l’écran et satisfaire le mâle un peu crétin parmi les spectateurs, et une administration américaine spécialiste dans la manipulation, la trahison et la corruption.

November Man

Des motifs éculés pour une série B qui n’a pas grand chose de plus à apporter. Olga Kurylenko y est transparente, tout comme l’insipide Luke Bracey. Ne reste pour les réjouissances qu’un Pierce Brosnan qui s’est visiblement beaucoup amusé. Une pose cool-badass à travers laquelle il en fait des tonnes dans l’étalage de testostérone, mais qui sonne extrêmement faux dès qu’il s’agit de chercher une petite émotion. La conséquence est que les divers enjeux, très simplets, n’ont aucun intérêt et que le seul petit plaisir est de voir l’ex James Bond poser ses cojones sur la table et faire le malin pendant 1h30, flinguant à tout va et se mettant parfois très en colère. Dommage que l’ensemble soit si faible, car certaines séquences assez brutales et inattendues auraient pu alimenter un thriller un brin plus énervé. Mais non, Roger Donaldson livre une petite série B pépère bien que parfois jouissive et involontairement drôle, mais sans aucune espèce d’ambition.

FICHE FILM
 
Synopsis

Il n'y a pas pire ennemi que celui que l'on a formé. Peter Deveraux est un ex-agent de la CIA réputé pour sa redoutable efficacité et un passé trouble. Contacté pour assurer la protection d’Alice Fournier, responsable d'un centre d'accueil pour réfugiés, dont le témoignage pourrait compromettre l'un des favoris à l'élection présidentielle russe, Devereaux comprend rapidement qu’il a été manipulé et qu’il est devenu la cible de son ancien élève, David Mason…