The Nice Guys (Shane Black, 2016)

de le 19/05/2016
 
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Scénariste fondamental sans qui les années 90 n’auraient pas eu la même saveur, et réalisateur qui s’est affirmé comme très solide dès son premier essai, Shane Black est de retour, plus en forme que jamais, pour affirmer haut et fort qu’il est le roi de la comédie d’action malgré une concurrence plus que sérieuse. The Nice Guys est une bénédiction au sein d’une production hollywoodienne de moins en moins exigeante.

The Nice GuysDe la fin des années 80 jusqu’au milieu des années 90, Shane Black régnait en maître sur la comédie d’action. L’arme fatale 1 à 3, Le Dernier samaritain, Last Action Hero, Au revoir à jamais… soit des scripts en béton armé qui ont forgé le genre du buddy movie hérité des années 70-80, du Canardeur de Michael Cimino aux 48 heures de Walter Hill, en passant par Les Anges gardiens de Richard Rush. Il a imposé son post-modernisme, un style inimitable et un véritable univers, qu’il a fini par lui-même exploiter après une traversée du désert d’une dizaine d’années avec l’explosif Kiss Kiss Bang Bang. Il aura pourtant fallu qu’il signe un pacte faustien en réalisant l’insipide Iron Man 3 afin de pouvoir réellement revenir sur le devant de la scène avec The Nice Guys, qui a tout du « film-somme » et même plus, et adoptant logiquement une esthétique très 70’s.

The Nice Guys

C’est bien simple, hormis Paul Feig, personne d’autre que Shane Black n’est capable aujourd’hui, à Hollywood, de proposer un cinéma aussi drôle et bourré d’action sur une telle durée et sans aucune baisse de régime. Il s’agit de réussir à proposer un cinéma réjouissant, aussi explosif dans l’humour que dans l’action, tout en oubliant d’être débile et s’appuyant sur des personnages suffisamment forts pour créer de l’empathie, voire carrément de l’émotion. Tout ce que réussit The Nice Guys, qui avec son allure de comédie kitschouille avec sa direction artistique d’années 70 sans doute plus fantasmées que vécues, vient faire la leçon à tous les Austin Powers ou Starsky et Hutch. Cet univers n’est finalement qu’un décor, permettant notamment d’aborder de véritables questionnements politiques par des chemins détournés (ici une histoire de corruption organisée par le lobby des constructeurs automobiles de Detroit pour masquer un scandale sanitaire, évoquant autant le scandale Wolkswagen que les diverses affaires liées à l’industrie du tabac). L’année 1977 n’est d’ailleurs pas choisie au hasard, symbolisant le début du déclin de la Motor City en même temps que la démocratisation du cinéma pornographique, dont l’industrie sert également de décor à une partie de l’intrigue. Une époque charnière donc, pour un film qui va s’amuser à tisser des liens entre ce temps des débuts du disco et notre société contemporaine. Le caractère universel des créations de Shane Black reste ainsi le moteur principal de son œuvre, dégommant ici autant l’absurdité d’une certaine forme de protestation, le caractère exhibitionniste d’une jeunesse débridée, ou la disparition du symbole de paternité virile. Mais le tout sans donner l’air de faire la leçon, en proposant 2 heures d’un spectacle dont le rythme de faiblit jamais.

The Nice GuysToujours aussi impressionnant dans la précision d’écriture de son intrigue, tortueuse mais finalement limpide, abordant d’innombrables sujets tout en ayant l’air d’une simplicité absolue, Shane Black s’appuie sur des figures pourtant bien connues de son œuvre, mais qu’il parvient encore à réinventer en quelque sorte. Dans The Nice Guys, on retrouve ainsi un duo que tout oppose, avec d’un côté la grosse brute et de l’autre l’idiot freluquet. A nouveau deux personnages à vif, séparés ou veufs, alcooliques ou anciens alcooliques, en colère contre le monde qui les entoure et ayant une vision de l’avenir à très court terme. Ils sont des personnages en marge de la société et vont tous deux suivre le chemin de la rédemption. Pour l’un, il s’agira d’apprendre à réfréner ses excès de violence et à enfin accéder à une profession légale. Pour l’autre, il s’agira d’apprendre à faire son deuil et à devenir le père qu’il refuse d’être seul. Typique de Shane Black, derrière la grosse action qui dépote et la déconnade, des personnages très humains avec un parcours créant une empathie immédiate.

The Nice Guys

Au rayon des nouveautés tout de même, la rédemption n’est ici pas illustrée par un parallèle avec la période de Noël, dans la mesure où elle n’est au final pas complète. Ce qui peut ouvrir sur une éventuelle suite afin d’aller jusqu’au bout de ce parcours, ou montrer une nouvelle forme de pessimisme chez l’auteur. Il est par ailleurs impossible de ne pas penser à son expérience face au géant Marvel dans le combat de ces deux types face à un complot atteignant les plus hautes sphères de la société. Chez Shane Black, l’espoir – et donc l’avenir – s’illustre via le personnage de l’enfant. Seul personnage sensé à 100%, la fille du détective March, incarnée par l’excellente Angourie Rice, s’inscrit dans la tradition de l’auteur. Elle est un des moteurs principaux de l’intrigue mais également du parcours de chaque personnage adulte qui l’entoure. Un personnage extrêmement touchant de par ses propres fêlures, en particulier l’absence de figure maternelle, et qui va se comporter en adulte tout en conservant sa nature d’enfant à travers une forme de naïveté salvatrice. Au centre du film, logiquement, sa relation avec son père allant du mépris pur et simple à une relative admiration, avec ce moment de grâce lorsqu’elle esquisse enfin un sourire à son égard après qu’il fasse enfin preuve d’efficacité. Toute relative ceci dit à la vue des évènements qui suivent.

The Nice GuysMû par des personnages imposants de par leur qualité d’écriture, et cette intrigue parfaite d’un bout à l’autre, The Nice Guys bénéficie également d’un cocktail d’action assez redoutable dans son dosage et le spectacle qu’il permet lorsque le film passe à la vitesse supérieure. L’autre grande force du film est évidemment son humour dévastateur. Un humour parfois très noir, souvent très insolent, parfois loufoque quand il fait appel à Hitler, Nixon ou des abeilles géantes. Un humour dont le vecteur est un Ryan Gosling qui livre sans aucun doute la meilleure performance de sa carrière, avec un tempo comique en adéquation parfaite avec les ruptures rythmiques que tente Shane Black (la séquence de l’ascenseur, la découverte du cadavre contre l’arbre, toute la séquence de la fête…) et le jeu de contrastes proposé par son opposition avec un Russell Crowe impérial dans une sorte de variation de son rôle dans L.A. Confidential. Pas de doute, Shane Black est de retour en très grande forme et signe un film de patron, surprenant tout en restant fidèle à ses obsessions.

FICHE FILM
 
Synopsis

Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…