The Lure (Agnieszka Smoczynska, 2015)

de le 21/07/2016
 
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Un premier film et de grandes ambitions sont affichées par la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczynka. Sous la forme de comédie musicale baroque, The Lure offre une vision moderne du conte d’Andersen qui ne manque pas de charme, servie par une mise en scène enjouée et des effets visuels de qualité.

The Lure 1Il faut croire que les sirènes sont la tendance à suivre cette année. Tandis que Stephen Chow a battu tous les records en Chine avec son blockbuster The Mermaid, c’est en Pologne qu’il faut aller chercher un autre regard sur ces créatures mythologiques venues depuis le large bouleverser notre monde. The Lure se trouve être le premier long-métrage de la réalisatrice Agnieszka Smoczynka et risque de faire date dans le cinéma polonais, tant ce projet s’avère aussi étrange que particulièrement ambitieux. Il lui aura fallu plusieurs années pour réussir à produire et mener à bien ce film en forme de conte moderne, s’inspirant bien évidemment de la fameuse Petite sirène d’Hans Christian Andersen. Sauf que cette fois, nous sommes loin de la belle image charmante et radieuse que nous avait offert l’adaptation animée des studios Disney.

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Les sirènes de The Lure chantent pour se nourrir, approchant des rives à la recherche de quelques humains faillibles pour les dévorer sans pitié. Épargnant finalement leurs prochaines victimes, les deux sirènes prénommées Or (Michalina Olszanska) et Argent (Marta Mazurek) se prêtent au jeu de devenir le numéro phare de music-hall d’une boîte de nuit de Varsovie. Alors que la scène d’ouverture nous donne un ton très sombre pour la suite des événements, la nature du projet global reprendra ses droits de façon spectaculaire avec un numéro chanté et dansé dans un centre commercial de Varsovie. Effectivement, The Lure est bel et bien une comédie musicale et la première du genre en Pologne. Cette séquence sera d’ailleurs la seule de cette ampleur. Les autres nombreux passages chantés, signés par le groupe Ballady i Romanse, se restreindront le plus souvent à des duos. Mais de trop nombreux passages qui engendreront de sacrés problèmes de rythme à la moitié du film, alors que nous sommes déjà happé par le film et attendons sagement que l’intrigue progresse.

The Lure 3Cette relecture du mythe des sirènes n’ira pas sans ses traditionnels dilemmes. D’un côté, la belle Argent tombera amoureuse d’un jeune beau blond, au risque d’en mourir si jamais il se marie à une autre femme ensuite. De l’autre, la nature sanguinaire d’Or remonte à la surface et ses pulsions de meurtres sont de plus en plus difficiles à contenir. Bien que son aspect comédie musicale donne l’allure d’un film tout public, les scènes d’attaque sont assez gore et le sang coule lorsque les crocs surnaturels des sirènes s’enfoncent profondément dans la gorge de leurs victimes. De la nudité de ces corps magnifiques aux blagues un peu scabreuses qui font aussi leur apparition démontrent une œuvre cinématographique sans concession. Une prouesse lorsqu’il s’agit d’un premier film, qui plus est aussi compliqué techniquement. Effets spéciaux et visuels sont largement à la hauteur de l’enjeu. Agnieszka Smoczynka a su éviter de faire exploser son budget et bien gérer ses dépenses dans ce domaine vital pour la crédibilité de son histoire. C’est aussi grâce à la présence des talentueux studios Platige Image à la co-production qui signent là leur plus belle carte de visite en terme d’effets visuels. Certes, les transformations de femmes à sirènes sont maintenues au hors-champ, mais le prolongement en queue de poisson paraît étonnamment crédible à l’écran.

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Mêlant fantastique, gore, sexy, comédie musicale et imaginaire des contes, The Lure est assurément un film hors du commun et surprenant à plus d’un titre. Sauf, peut-être, son dénouement que l’on voit venir d’assez loin, mais qui nous laisse sur une belle note mélancolique. Malgré les quelques défauts que porte son premier long-métrage, Agnieszka Smoczynka ne manque pas d’audace et a su mettre les moyens à sa disposition pour accomplir sa vision. Pas seulement dans son pays, son film sort de l’ordinaire et par un savant équilibre entre une bonne direction d’acteur et des effets visuels réussis, la prometteuse réalisatrice polonaise aura réussi à nous faire croire, le temps des 92 minutes de The Lure, que les magnifiques et dangereuses sirènes existent bien.

FICHE FILM
 
Synopsis

Silver et Golden, deux sirènes, intègrent une famille de musiciens dont le groupe, The Figs and Dates, assure chaque soir l'animation d'une boîte de nuit à Varsovie. La nouvelle de la véritable identité des deux sœurs ne tarde pas à se répandre dans les ruelles de la capitale polonaise. La fascination qu’exercent les deux sœurs vampirise autant leur public que leurs proches. Tandis que Silver s'amourache d'un jeune musicien, Golden peine à refouler sa nature assassine et à assouvir sa faim de chair humaine...