The Kingdom of Dreams and Madness (Mami Sunada, 2013)

de le 27/11/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Présenté en ouverture de la 9ème édition du Festival « Kinotayo » du cinéma Japonais contemporain, le nouveau documentaire de Mami Sunada, déjà présente au festival en 2011 pour « Death of Japanese Salesman » consacré à son défunt père, tombe au bon moment. 2014 est une année importante pour le Studio Ghibli. Avec la sortie du Vent se lève, du Conte de la princesse Kaguya, la retraite de Hayao Miyazaki, et l’avenir incertain du studio. « The Kingdom of Dreams and Madness », déjà programmé avec succès au TIFF, propose une passionnante immersion au sein du studio Ghibli tout en laissant la parole à ses figures légendaires ainsi qu’à ceux qui les côtoient.

The Kingdom of Dreams and Madness 1Prenant pour cadre, la production du dernier long métrage de Hayao Miyazaki, bien que celui d’Isao Takahata soit souvent évoqué, le documentaire propose de suivre le quotidien des différents employés de Kaoganei, dont celui de Miyazaki. En dehors des habitudes quotidiennes du cinéaste au tablier : gymnastique quotidienne avec ses employés, trajet à pied pour se rendre au travail… . Ce sont les relations artistiques et humaines qui sont le cœur du sujet. La réalisatrice nous montre l’importance du cofondateur Toshio Suzuki. Le producteur du voyage de Chihiro doit faire face au dépassement budgétaire du Conte de la princesse Kaguya, à la pression de la sortie en salles, aux divergences artistiques entre Goro Miyazaki (cinéaste « malgré lui ») et le producteur de son nouveau film. Mais aussi face à la censure, la chaine NHK ayant des problèmes avec certains thèmes du Vent se lève.

the kingdom of dreams and madness 2

L’une des principales qualités de The Kingdom of Dreams and Madness est d’apporter un éclairage sur un métier souvent mal connu. Bien que chargé du marketing autour de Ghibli, Suzuki est avant tout un « protecteur » pour les artistes, veillant au bon déroulement de la production. Des qualités qui expliquent la relation entretenue depuis plusieurs décennies avec Miyazaki. Sunada nous permet de mieux comprendre le travail et le rapport qu’entretient le cinéaste du château de Cagliostro avec son œuvre. Le réalisateur n’utilise pas de scénario et construit son histoire entièrement sur un story-board peint à la main. Il tient à s’occuper du « design » des personnages et des véhicules. Perfectionniste, Miyazaki se montre très difficile à l’égard de ses dessinateurs (beaucoup ont d’ailleurs quitté le studio), allant jusqu’à mimer une salutation à reproduire à l’identique sur papier. Le cinéaste évoque l’importance de l’enfance et de l’imaginaire qui en découle. Sa relation complexe avec Isao Takahata, faite d’admiration et de compétitivité. Miyazaki se décrit comme maniaco-dépressif sous somnifères, et va jusqu’à sous estimer l’importance de son œuvre, traitant Porco Rosso « d’idiot » car non destiné aux enfants. Une image négative de lui-même, qui trouve un écho dans l’avenir du studio, qui ne lui survivrait pas. Pour autant ces différents points sont évoqués avec beaucoup de pudeur et permettent au long métrage d’éviter le sensationnalisme.

The Kingdom of Dreams and Madness 3Bien que pessimiste, un contre point comique est présent à travers certaines situations décalées. Notamment lorsque le cinéaste critique le fétichisme des otakus, pour en faire de même avec un jouet du Chasseur « Zéro ». Où lorsqu’une blague autour de Hideaki Anno pousse Miyazaki à choisir le créateur d’Evangelion pour le doublage de Jirô Horikoshi. L’aspect le plus émouvant est lorsque les créateurs se remémorent, avec l’aide d’images d’archive, la profession de foi qui animait le studio Ghibli. L’envie de créer un havre de paix pour des artistes souhaitant créer des œuvres ambitieuses et originales à destination d’un large public. On repense beaucoup à d’autres créateurs aux ambitions utopistes similaires, mais ayant du faire face aux pressions économiques et bureaucratiques extérieures : Lucasfilm, Film Workshop, Pixar, WETA…. . Cependant le documentaire se termine sur une lueur d’espoir lorsque Miyazaki décide de changer la fin du Vent se lève. Le « viens » final du story-board deviens « vis ». Un espoir lucide accentué par la lettre d’un ancien voisin, que le père du cinéaste avait sauvé pendant la guerre. Les derniers mots du créateur de Mon voisin Totoro évoquent l’obsession de ses personnages pour des contrées inaccessibles qu’ils finissent par atteindre.

The Kingdom of Dreams and Madness 4

Documentaire passionnant et introspectif The Kingdom of Dreams and Madness est une œuvre qui permet de mieux saisir l’importance des relations humaines dans le processus de création artistique. Une approche humble au sujet d’artistes qui le sont tout autant. Une œuvre qui s’adresse aux fans et aux novices du studio, et qui constitue une des meilleures approches sur l’art de la création.

FICHE FILM
 
Synopsis

The Kingdom of Dreams and Madness est une fascinante plongée au coeur du monde fantastique et fou des créateurs du Studio Ghibli… C’est à ce studio d’animation japonais réputé dans le monde entier que l’on doit quelques-uns des plus beaux bijoux du 7e art, tour à tour réalistes et oniriques, poétiques et puissants. Toutes ces créations ont constitué de véritables événements, comme Le Voyage de Chihiro, le plus gros succès de l’histoire du cinéma au Japon, mais aussi Mon voisin Totoro, Le Tombeau des lucioles, Porco Rosso, Princesse Mononoké, Mes voisins les Yamada, Le Château ambulant, Les Contes de Terremer, Ponyo sur la falaise, La Colline aux coquelicots... ou plus récemment Le Vent se lève et Le Conte de la princesse Kaguya. Remarquables tant par leur qualité technique que par celle de leurs histoires, les créations du Studio Ghibli sont marquées par une identité particulière : chaque nouveau film du Studio Ghibli est une oeuvre à part entière. The Kingdom of Dreams and Madness vous ouvre les portes du fameux studio et vous invite à découvrir sa magie de l’intérieur...