The Iceman (Ariel Vromen, 2012)

de le 30/05/2013
 
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The Iceman avait tout pour être une bombe. Tiré de l’histoire vraie incroyable d’un tueur de la mafia, avec Michael Shannon qui surplombe un casting génial, une reconstitution remarquable des années 60-70, une mise en scène appliquée. Sauf que la sauce ne prend jamais comme elle le devrait, comme si une équipe de foot composée des meilleurs joueurs de la planète ne pouvait évoluer qu’en milieu de tableau.

Si le nom d’Ariel Vromen n’avait jusque là pas fait grand bruit (Rx et Danika n’avait pas convaincu grand monde et n’étaient pas sortis en France), le réalisateur israélien avait toutes les cartes en main grâce à Millennium Films pour être propulsé dans la lumière. The Iceman est une fiction largement inspirée de la vie de Richard Kuklinski, tueur à gages ayant travaillé pour des familles mafieuses italo-américaines, avec à son actif près de 100 victimes, et qui conservait ses victimes dans une chambre froide pour maquer l’heure de la mort. Un colosse perturbé qui correspond en apparence parfaitement à la stature de Michael Shannon, sans doute l’un des plus grands acteurs américains de notre époque qui méritait un tel premier rôle. En apparence seulement car The Iceman repose totalement sur ses épaules en oubliant légèrement que l’acteur n’a pas le physique passe-partout réclamé par la narration. Car plus qu’un thriller historique, plus qu’un film de gangsters, The Iceman est une étude de caractère focalisée sur ce tueur froid comme la mort, scrutant par tous les moyens sa légère schizophrénie, ou au moins son aspect bipolaire. Côté pile, il est un tueur implacable qui brille par son absence de toute émotion, côté face il est un mari aimant et un père de famille exemplaire. Sa femme et ses filles sont les seules êtres humains dont il ait quelque chose à faire. Ce simple principe est passionnant car il apporte à la bête quelque chose de profondément humain, un code d’honneur qui se traduit par son refus de tuer femmes et enfants par exemple, artifice scénaristique qui aura d’ailleurs du sens.

The Iceman 1

Le problème est que Michael Shannon a beau livrer une prestation magistrale, comme à son habitude, il ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Le souci ne vient pas de lui mais d’une erreur de casting, car c’est son physique qui pose problème. En effet, s’il n’est jamais difficile de voir en lui un être profondément mauvais, impression encore appuyée par la séquence où il rencontre son frère (incarné par Stephen Dorff) en prison, tout aussi dégénéré que lui et qui donne lieu à quelques flashbacks sur son enfance, il est beaucoup moins évident d’y voir un homme bon. De ce fait, la relation avec sa femme, et ce dès leur première rencontre, pose un problème de crédibilité. Son physique est menaçant, et il faut attendre qu’il pète littéralement les plombs le temps d’un accrochage en bagnole pour qu’enfin elle se rende à l’évidence. The Iceman a beau s’ancrer dans le cinéma de genre, ce genre d’invraisemblance pose de sérieux problèmes pour créer une véritable empathie. D’autant plus que si Michael Shannon est entouré d’un casting remarquable, tous ces beaux acteurs ne peuvent insuffler de la vie à des personnages fonctions qui n’évoluent pas d’un pouce, avec en supplément le plus beau miscast de l’année en la personne de David Schwimmer, complètement à côté de ses pompes malgré la transformation physique surréaliste. Ariel Vromen n’a qu’un intérêt, c’est Michael Shannon, comme si la perspective de travailler l’acteur l’empêchait de prêtait un peu d ‘attention aux autres. Malgré tout, ils s’en sortent plutôt bien dans leurs cases bien cadenassées, qu’il s’agisse de Chris Evans en tueur fantasque au camion de glacier, Winona Ryder en femme aimante, Ray Liotta en gangster ou James Franco en pornographe amateur. Ils sont tous bons mais sont plus ou moins enfermés dans des figures qu’ils ont déjà incarnées par le passé chez des cinéastes d’un tout autre calibre. Sans doute qu’Ariel Vromen a bien révisé son manuel de parfait film de gangsters avant de se lancer dans l’aventure.

The Iceman 2

Toutes proportions gardées, il est difficile de ne pas se remémorer Les Affranchis à la vision de The Iceman, même si la grâce de Martin Scorsese semble inaccessible à Ariel Vromen. Il s’en accapare quelques ressorts narratifs pour tenter de donner un peu d’énergie à la linéarité de son récit, ponctué de repères temporels qui font quelque peu doublon avec l’évolution de la situation pileuse de Michael Shannon qui sort un festival de postiches. Peu d’éclats de génie, peu d’éclats tout court d’ailleurs si ce n’est une séquence reposant uniquement sur le montage pour célébrer l’art meurtrier de Richard Kuklinski. Pourtant, The Iceman fonctionne, étrangement. Il n’y a rien de détestable là-dedans, malgré l’impression d’un film qui ne repose sur rien de nouveau et qui peine à cadrer le cœur de son sujet. Il est profondément mauvais, il se rêve une vie posée avec sa famille tout en exécutant des contrats, ça ne peut pas fonctionner. Le film se résume à cela et il n’y a pas pitch plus basique. Cependant, Ariel Vromen traite la chose avec respect pour le genre, adoptant un rythme tantôt très violent, tantôt atmosphérique, bien souligné par la composition de Haim Mazar. Le soin apporté à la reconstitution historique donne également au film un charme inattendu, appuyé par le grain de l’image et la photographie jouant énormément sur le clair-obscur, œuvre de Bobby Bukowski. En résulte un thriller loin d’être brillant mais qui remplit son contrat, porté par la composition vampirique de Michael Shannon, mais qui ne peut tenir la comparaison avec les modèles bien trop imposants que sont Martin Scorsese, Francis Ford Coppola ou encore James Gray. Eux sont capables de transformer quelque chose de simple en une tragédie foisonnante et ample, Ariel Vromen n’en a pas encore la capacité. On regrettera également le polissage effectué autour du personnage de Richard Kuklinski, malgré quelques séquences très violentes, car le bonhomme était également connu pour filmer certaines de ses victimes dévorées vivantes par des rats, un aspect sordide de ce personnage complexe complètement occulté dans le film.

FICHE FILM
 
Synopsis

Tiré de faits réels, voici l’histoire de Richard Kuklinski, surnommé « The Iceman », un tueur à gages qui fut condamné pour une centaine de meurtres commandités par différentes organisations criminelles new-yorkaises. Menant une double vie pendant plus de vingt ans, ce pur modèle du rêve américain vivait auprès de sa superbe femme, Deborah Pellicotti, et de leurs enfants, tout en étant secrètement un redoutable tueur professionnel.

Lorsqu’il fut finalement arrêté par les fédéraux en 1986, ni sa femme, ni ses filles, ni ses proches ne s’étaient douté un seul instant qu’il était un assassin. Pourquoi l’est-il devenu, et comment a-t-il réussi à continuer pendant si longtemps ?