The Hit Girls (Jason Moore, 2012)

de le 28/04/2013
 
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Pour son premier long métrage, Jason Moore évolue en terrain connu avec une comédie musicale adolescente. Variation cinématographique de Glee, The Hit Girls se voudrait une sorte de The Breakfast Club des temps modernes mais n’arrive jamais à la cheville du chef d’œuvre de John Hughes. Engoncé dans son scénario pantouflard et sa mise en scène télévisuelle, le film n’émeut pas et peine même à divertir.

Après la mise en scène de comédies musicales à Broadway et en dehors, et la réalisation de quelques épisodes de séries TV (Dawson, Everwood…), Jason Moore passe donc à la vitesse supérieure avec son premier long métrage pour le cinéma. Prise de risque zéro dans cette entreprise, adaptation pour le grand écran du livre Pitch Perfect de Mickey Rapkin, journaliste de GQ qui a passé une année à suivre des groupes de chant à capella dans des universités américaines. L’adaptation en question est signée Kay Cannon, scénariste pour la série 30 Rock, et joue bien entendu la carte de l’opportunisme. Une bande d’étudiantes, des numéros chantés, la cible naturelle de The Hit Girls est clairement le public de Glee qui ne sera pas dépaysé. Non seulement l’univers est proche, mais le traitement s’en approche également énormément. Pas tant sur le fond, même s’il est pour la énième fois question d’acceptation au sein d’un groupe, à travers une passion, mais plutôt sur la forme. The Hit Girls est un film assez laid au cinéma, le directeur de la photographie de Maman j’ai raté l’avion se montrant incapable d’exploiter le potentiel de la Arri Alexa pour livrer une image excessivement fade et peu travaillée.

The Hit Girls 1

Évidemment, l’idée d’une comédie, qui plus est à tendance chantée et en 2013, n’est pas de produire une démonstration de mise en scène. Sauf qu’à un moment donné, il va falloir que les studios arrêtent de servir ce genre de soupe indigeste et tout juste digne d’une diffusion TV à un public bien content de voir à nouveau des étudiants qui chantent et qui dansent. Un minimum de qualité n’est pas interdit, y compris dans ce genre très à la mode. The Hit Girls est un aveu de faiblesse et de manque de respect vis-à-vis du public qui s’avère tout de même très embarrassant. Car The Hit Girls a tout de même vraiment la gueule d’un épisode de Glee étiré sur deux heures, et qu’il faut avoir envie de se farcir ce genre de chose toute moche au cinéma pour plus de 10€. D’autant plus que sur le fond, c’est un scénario tout ce qu’il y a de plus banal. Car si la volonté de faire un film « de filles » avec une bande d’étudiantes comme personnages principaux est bien là, le traitement bas de gammes le pose à des années lumière de belles réussites telles que Mean Girls ou Mes meilleures amies. La faute à une écriture en pilote automatique qui reproduit des motifs déjà vus des centaines de fois, avec le personnage central, interprété par Anna Kendrick, qui va suivre un parcours sans surprise pour sa première année à l’université. D’abord en marge et pas à sa place, elle va finir par se fondre dans le moule, se faire accepter et d’épanouir, tandis qu’autour d’elle toutes vont suivre un cheminement manichéen au possible. On pourrait y voir une belle fable sur l’acceptation de l’autre mais il n’en est rien, The Hit Girls tombant dans une collection de lieux communs qui devient de plus en plus insupportable.

The Hit Girls 2

C’est dommage car la première séquence donne de beaux espoirs. Même si les numéros chantés sont d’un niveau franchement faible, que ce soit en ce qui concerne les performances musicales ou la mise en scène peu inspirée, un humour un brin crade et trash s’invite à la fête. Malheureusement ces petites touches sont bien trop éparpillées dans un ensemble trop politiquement correct pour créer autre chose qu’un ennui poli devant ce triste spectacle. La partie romance transpire le déjà vu pour s’inscrire dans une banale bluette adolescente sans intérêt, il n’y a aucun véritable enjeu dramatique, et le film ne décolle pas. Pourtant, on y trouve par exemple un personnage secondaire fascinant en la personne de Lilly, incarnée par Hana Mae Lee, sorte d’électron libre au discours dépressif et noir, dont chaque réplique est un délice et qui finit par faire le papillon au sol dans une flaque de vomi. C’est à la fois drôle et cracra, mais c’est une toute petite note de rien du tout, à peine exploitée. The Hit Girls déroule son scénario désincarné, enchaîne des numéros de chorale comme autant d’agressions sonores, et peine à nous faire croire à ces actrices trentenaires dans la peau d’étudiante en première ou deuxième année de fac. L’humour reste relativement au ras des pâquerettes (des gags sur le physique des personnages, sur leur sexualité ou leurs tendances psychorigides…) et on finit même par s’ennuyer en attendant patiemment la conclusion que l’on devine dès le générique d’introduction. Il ne faut pas se leurrer, si The Hit Girls a été un carton au box office américain, talonnant le succès du formidable Rock Academy dans le même « genre », ce n’est pas pour d’éventuelles qualités mais simplement car il s’agit d’un produit prédigéré d’un opportunisme affligeant. Reste le plaisir d’entendre à plusieurs reprises The Sign d’Ace of Base…

FICHE FILM
 
Synopsis

Beca est le genre de fille qui préfère écouter son lecteur MP3 que la personne assise en face d'elle. Fraîchement arrivée à la fac, elle a du mal à y trouver sa place. Elle intègre alors, plus ou moins contre son gré, une clique de filles qu'elle n'aurait jamais considérées abordables ou fréquentables : un mélange de pestes, de bonnes pâtes et d'originales dont le seul point commun est la perfection avec laquelle elles chantent a cappella. Et quand la nouvelle venue les initie, au-delà des arrangements traditionnels et des harmonies classiques, à des interprétations et des combinaisons musicales novatrices, toutes se rallient à son ambition d'accéder au sommet du podium dans cet univers impitoyable qu'est celui du chant a cappella à l'université, ce qui pourrait bien s'avérer la chose la plus cool qu'elles aient jamais faite, ou la plus folle.