The Green Inferno (Eli Roth, 2013)

de le 17/10/2015
 
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Adoubé nouveau maître de l’horreur par des figures aussi importantes que Quentin Tarantino ou Peter Jackson après son nanar Cabin Fever, Eli Roth remet le couvert après quelques années passées à produire, écrire, jouer pour les autres et prendre des selfies avec des célébrités. Avec The Green Inferno, il promet beaucoup, et pour ne rien changer, il ne tient pas vraiment ses promesses.

The Green Inferno 1La promesse d’Eli Roth était ici très belle. Proposer dans les années 2010 un film de cannibales, propriété du cinéma décadent italien des années 70-80, à une époque où le found footage n’en finit plus de torpiller le cinéma d’horreur. Avec en plus un titre, The Green Inferno, qui renvoie directement au titre de travail du toujours impressionnant Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato. Sauf qu’entre les mains de celui qui lança la vague de torture porn avec Hostel (en réalité une américanisation d’un certain cinéma bis japonais), il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Eli Roth, souvent généreux voire intéressant sur le format court, est incapable d’imprimer le rythme nécessaire à la narration d’un film d’1h40, de concevoir un tout cohérent, ou tout simplement de tenir un propos qui ne tombe pas dans le discours puéril d’un adolescent redneck en pleine crise hormonale.

The Green Inferno 2

Car avant toute chose, avant même d’être un film dans lequel la première moitié est un océan de vide, The Green Inferno est un film bête. Bête comme une série Z qui ne sait pas trop où se situer entre les débordements bien gores et une sorte de discours sociétal qui se contredit en permanence, entre un propos qui se voudrait ancré dans le réel et le recours systématique à l’argument cinéma pour excuser un amoncellement de stéréotypes crasses. A en croire les propos du réalisateur, il aurait presque réalisé un film « militant » pour se moquer des activistes de pacotille qui préfèrent s’indigner depuis leur compte Twitter plutôt que de se bouger le cul sur le terrain. Il n’a visiblement pas bien vu son film, dans lequel il va opposer une bande de jeunes tous plus idiots les uns que les autres, prêts à risquer leur vie dans un combat auquel ils ne semblent pas comprendre grand chose, à une tribu indigène dont la seule activité est d’attendre la venue de l’homme blanc pour en faire son dîner. Soit un ramassis de clichés racistes (l’étranger est bête et cruel, sauf le petit garçon qui va tomber sous le charme de la dame à la flûte) qui pouvait passer il y a 30 ans mais qui mérite un brin de subtilité aujourd’hui. D’autant plus que le film n’apporte rien de bien nouveau, si ce n’est son cynisme assez troublant tant Eli Roth se dit amoureux du genre.

The Green Inferno 3Ce manque flagrant de maturité est d’autant plus décevant qu’Eli Roth avait presque réussi à marier un propos pertinent à une effusion d’images chocs dans un Hostel – chapitre II plutôt réussi. Il retombe ici dans ses plus gros travers, à savoir une incapacité chronique à raconter quelque chose de la bonne façon, et un humour au ras des pâquerettes qui désamorce toute tension. On pourra reprocher tout ce qu’on voudra à Cannibal Holocaust, et notamment ses insupportables séquences de torture animale, mais le film-matrice du found footage avait au moins pour lui la mise en place d’une sensation de malaise qui allait crescendo, sans jamais faiblir, doublée d’un réalisme plus que troublant. Dans The Green Inferno, après s’être tapé 45 minutes d’une exposition portée par des personnages inexistants et inintéressants incarnés par des acteurs tous plus nuls les uns que les autres, le festin gore se retrouve gâché par un humour systématique à base de gags pipi-caca aussi peu drôles que gênants.

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Ainsi, à titre d’exemple, alors que les jeunes militants se retrouvent plongés dans l’horreur, une des protagonistes se retrouve victime d’une diarrhée aiguë dans la cage des prisonniers, donnant lieu à une séquence surréaliste à grands coups de gaz foireux. Ou encore le leader des militants qui, tout à coup, pour « libérer la pression », alors que tous sont enfermés et vont vraisemblablement mourir, se masturbe vigoureusement. Des exemples puérils comme ceux-ci, il y en a 1000 dans The Green Inferno, film qui n’assume jamais son statut de défouloir gorasse. Cette bêtise se retrouve bien évidemment dans les différentes actions du groupe de rescapés qui redoublent d’inventivité au jeu de qui aura l’idée la plus débile pour éviter de se faire dévorer tout de suite. Soit un manque de cohérence total dans un groupe luttant pour la survie et une succession de moments absurdes (mention spéciale à l’empoisonnement à la weed pour tenter de s’évader). Et la caractérisation des indigènes ne vaut pas mieux, avec des rituels qui changent d’une victime à l’autre sans raison valable, simplement par la volonté d’Eli Roth de livrer son petit catalogue de tortures tribales. Le summum étant atteint lors d’une cérémonie d’excision, plutôt réussie en elle-même, mais jamais justifiée si ce n’est par le combat intellectuel de la victime. Pourquoi faire « devenir femme » un être qui n’appartient pas à la tribu, qui représente l’ennemi et qui va finir dans ton estomac ? On ne le saura jamais, à moins qu’Eli Roth n’ait ressenti le besoin sadique de filmer une scène de torture avec sa compagne dénudée.

The Green Inferno 5Et le gore dans tout ça ? Il est bien présent, généreux, frontal, même si le réalisateur n’est jamais jusqu’au-boutiste et a tendance à détourner le regard. Quelque part, cela fait du bien de voir un réalisateur oser des énucléations et démembrements plein cadre, avec des effets signés Greg Nicotero et Howard Berger d’une efficacité redoutable. Des effets très crades qui jurent finalement avec une image bien propre, malgré les efforts d’Eli Roth d’apporter une sensation de pris sur le vif avec des décadrages et une mise au point hasardeuse. The Green Inferno, malgré ses débordements gores, reste un film très propre sur lui, avec ses couleurs flashys (association improbable des tenues jaune fluo des victime et de la peinture rouge des indigènes) très mal gérées par le directeur de la photographie Antonio Quercia. Tout cela donne à The Green Inferno, parfois, des petits airs de telenovela. Ce qui n’est pas si aberrant que cela.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un groupe d’activistes new-yorkais se rend en Amazonie et tombe entre les mains d’une tribu particulièrement hostile...