The Dead Lands (Toa Fraser, 2014)

de le 18/07/2015
 
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Changement de registre radical pour Toa Fraser qui, après deux comédies dramatiques et un film sur le ballet, se lance dans une fresque barbare. The Dead Lands est un petit miracle qui, d’œuvre sous influences, se transforme en un objet de cinéma singulier et doté d’une identité forte. En plus de se faire le vecteur d’une culture qui tend tout doucement à disparaitre, diluée dans le monde moderne.

The Dead Lands 5Rares sont ceux à s’être intéressés de près au peuple maori, premiers hommes à s’être installés en Nouvelle-Zélande. Et à l’exception d’Utu de Geoff Murphy, sorti en 1984 et qui se penchait sur les maoris affrontant l’envahisseur britannique, la plupart des films prenant se peuple pour sujet se déroulent dans un univers contemporain, à l’image de l’éprouvant L’âme des guerriers. De par son sujet, The Dead Lands s’impose donc déjà comme un must see, mais encore plus de par son contenu et son traitement. A la fois quête spirituelle, parcours du héros campbellien, aventure barbare et film d’arts martiaux, The Dead Lands est une œuvre très riche s’appuyant sur des mythes et une iconographie populaires pour créer sa propre mythologie. Et ce afin de bâtir des icônes héroïques 100% maoris. Toa Fraser a sans aucun doute vu Apocalypto, Rapa Nui, Conan le barbare, Bang Rajan et quelques films de kung fu, et tant mieux car il s’abreuve de ces modèles pour construire quelque chose de solide.

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The Dead Lands est avant toute chose le récit d’un honneur retrouvé. L’histoire de l’héritier d’un clan de guerriers massacrés et qui va devoir accepter son héritage. On est typiquement dans un parcours mythologique campbellien, dans le voyage de l’homme qui va affronter ses convictions pour découvrir sa nature de héros, qui va affronter ses peurs, et sera poussé par des rencontres essentielles à son développement. Il y a quelque chose de très beau à le voir tout d’abord une sorte de héros incompris, celui qui connait la vérité, mais celui qui ne combat pas, puis s’appuyer sur son honneur pour évoluer considérablement. Une véritable révolution spirituelle passant par plusieurs phases. La honte tout d’abord, la colère impossible à canaliser, l’aventure, l’exploration, la rencontre avec les esprits, la relation avec « le monstre » et enfin, un passage à l’acte digne de ce nom. Ce fils de guerrier au destin incertain va apprendre à accepter l’héritage de son peuple et à devenir ce guerrier de légende. Il est évidemment grandement question de transmission du savoir et des valeurs ancestrales, mais également de leur analyse, afin d’ouvrir l’esprit de l’héritier plutôt que de lui faire reproduire bêtement un geste ancré dans son ADN. Toa Fraser, avec son scénariste Glenn Standring (scénariste et réalisateur d’une poignée de films d’horreur peu mémorables), fait le choix d’articuler son film autour du duo formé par le jeune Hongi et l’impressionnant guerrier sans nom. Un choix gagnant tant les trajectoires de ces deux personnages finissent par se compléter et créer une entité guerrière redoutable.

The Dead Lands 3Le monstre, le barbare cannibale, finit par devenir le guide, le mentor, voire carrément le père de substitution. Tandis que le jeune loup en quête de vengeance salvatrice lui permettra également de révéler sa vraie nature. The Dead Lands, malgré ses inclusions provenant d’autres cultures, est tout entier dédié à l’héritage maori. Le film fait le pont entre ces luttes sanglantes entre clans, où le spirituel rejoint le combat physique, et une imagerie plus moderne véhiculée en occident par les démonstrations des joueurs de rugby néo-zélandais. Toa Fraser prend son temps avant chaque affrontement pour capter ces méthodes d’intimidation à base de grimaces et de langue dehors, comme s’il filmait des fauves sur le point de s’entretuer. Il y a quelque chose de très animal, autant dans ce qui habite le cadre que dans la mise en scène de Toa Fraser. Une mise en scène par ailleurs loin d’être figée et qui va évoluer en même temps que s’ouvre le jeune Hongi.

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Ainsi, la séquence d’ouverture tient de la brutalité pure. Montée très cut, pour conserver une part de mystère sur la nature de ce guerrier hors du commun, elle reste lisible. Mais nettement moins que les affrontement qui suivront, toujours plus fluides, plus développés, avec des cadres s’ouvrant et une caméra prenant du recul. The Dead Lands ressemble parfois à un film de kung fu, dans sa façon d’aborder les combats, dans ses décors (on se croirait parfois dans Iron Monkey ou dans The Sword). Mais plus que de la démonstration de Mau rākau, art martial lié à l’utilisation des armes traditionnelles maoris, chaque séquence d’action, au timing serré et à la brutalité grandissante, vient apporter de la matière aux personnages. Chaque lutte à mort est justifiée par les enjeux du récit, et chaque victoire ou défaite s’inscrira dans le cheminement spirituel du personnage. Le plus impressionnant restant cet incroyable guerrier cannibale campé par Lawrence Makoare, dont chaque mouvement, chaque posture, devient de l’iconisation pure et dure. Toa Fraser a bien compris comment forger les mythes du cinéma d’action, et il en crée un magnifique, à la fois barbare et torturé. Le guerrier finit même par devenir touchant dès lors qu’est révélée sa véritable histoire et ce lien qui le rend si proche de Hongi, mais en même temps si éloigné.

The Dead Lands 1Il faut voir cette séquence de combat stupéfiante, au clair de lune et au milieu d’une étendu d’eau, moment de cinéma presque surréaliste, qui n’apporte pas grand chose au récit qui n’aurait pas déjà été traité, mais qui constitue un morceau de mise en scène et de chorégraphie magnifique. Au très beau morceau de bravoure, ce dernier acte sous forme de séquence de siège, où les forces en présence s’inversent et où chacun va lutter pour ses valeurs (vengeance, gloire, honneur, héritage…). Tous les enjeux du film, à la fois très simples et fondamentaux, s’y cristallisent et The Dead Lands devient bien cette grande fresque barbare, quête à la fois intérieure et physique, où les guerriers doivent, par la bravoure de leurs actes, se montrer dignes de se tenir aux côtés de leurs ancêtres dans l’au-delà. Une véritable et très belle odyssée initiatique qui rend un bel hommage à l’héritage maori et trouve dans ces décors incroyables de Nouvelle-Zélande le terrain de jeu idéal pour y laisser éclater toute l’énergie d’un peuple.

FICHE FILM
 
Synopsis

Hongi, fils d'un chef Maori, doit venger son père afin de ramener la paix et d'honorer les âmes des habitants de son village, tous massacrés par une tribu rivale menée par le terrifiant Wirepa.
Le seul espoir de Hongi, afin de pouvoir survivre, est de traverser le territoire interdit des "Dead Lands" et de s'allier au mystérieux guerrier qui règne sur ces terres maudites depuis des années.
Ensemble ils vont traquer les meurtriers de la tribu à travers une nature hostile et sauvage.